MON ACCÈS


Octobre 2001

Dopage
Ne pas baisser les Bras
Une nouvelle fois, la saison qui s’achève a été marquée du sceau du dopage.
A l’étranger, Olga Yegorova, Ali Saïdi-Sief et Ato Boldon, notamment, ont vu leurs noms gonfler la liste des athlètes convaincus ou suspectés de tricherie.
Plus près de nous, l’affaire Christophe Cheval a semé le trouble dans l’athlétisme français, le sprinter nordiste ayant été contrôlé positif à la nandrolone.
Le dopage serait-il devenu une fatalité ? Athlé magazine a questionné le corps médical, rencontré Christophe Cheval et ouvert le dossier de ces désormais fameux suppléments nutritionnels, au cœur de plusieurs des affaires du dernier été.

Peut-on atteindre le plus haut niveau mondial sans recourir au dopage ?
Oui, mille fois oui. Penser le contraire serait admettre que tous les médaillés olympiques ou mondiaux, présents comme passés, ont connu le succès en trichant. Et qu’il existerait aujourd’hui un athlétisme à deux vitesses, les athlètes « propres » étant condamnés à n’apercevoir le podium que de loin. Le docteur Philippe Deymié, chef du service médical de la FFA, répond sans ambiguïté : « On peut faire du très haut niveau sans se doper. Et sans recourir à un rééquilibrage hormonal. Le dopage est une réalité de l’athlétisme, peut-être plus répandu dans certaines disciplines. On peut même craindre qu’il n’ait pas beaucoup reculé ces derniers temps. Mais il n’est pas une fatalité».
La réussite ne serait donc pas incompatible avec l’honnêteté et l’éthique. A condition, toutefois, de respecter certaines règles. « La première est de soigneusement planifier son entraînement, poursuit Philippe Deymié. A ce titre, le rôle de l’entraîneur est fondamental ». Autre condition : une bonne hygiène de vie. L’affaire Christophe Cheval en a apporté la preuve, trop d’athlètes français semblent négliger les principes les plus élémentaires de la diététique sportive. Et ils en viennent à puiser, parfois avec excès, dans les compléments alimentaires. « Et pourtant, la vitamine C d’un kiwi est beaucoup mieux absorbée que celle d’un comprimé, assure Philippe Deymié. Et ce genre de comparaisons est vraie dans beaucoup d’autres cas ». Cette saison, les athlètes de l’équipe de France seront soumis à deux entretiens diététiques au minimum, comme la loi de protection de la santé du sportif le recommande. Et, autre initiative, le centre national sur les viandes se propose d’intervenir pour des réunions d’information auprès des ligues régionales et pourquoi pas dans les stages.     
Que faut-il penser des compléments diététiques ?
Encore une fois, le corps médical avance une réponse aussi directe que limpide : ils ne sont pas indispensables à la réussite sportive, parfois même néfastes. « Il n’a jamais été prouvé scientifiquement que les suppléments diététiques soient un facteur de progrès de la performance, explique le docteur Philippe Deymié. A forte dose, on peut même considérer qu’ils constituent une conduite dopante ». Difficile, en effet, d’appeler autrement la consommation quotidienne de plusieurs de ces compléments nutritionnels, le dopage étant défini dans le Larousse comme « l’absorption d’un stimulant ou de toute autre substance modifiant ou exaltant considérablement certaines propriétés avant de se présenter à un examen, une épreuve sportive ». Pas étonnant, donc, que la FFA déconseille fortement la prise de ces suppléments. Par contre, une alimentation adaptée à sa pratique sportive, à la quantité et à la qualité de l’entraînement, si elle ne fera pas de miracles, permettra d’éviter les contre-performances et de maintenir un état de bonne santé.

Peut-on réellement être dopé à son insu ?
« Je ne pense pas, répond le docteur Deymié. Aujourd’hui, dit-il, l’excuse me paraît facile, même si cela peut arriver : tout le monde sait qu’en dehors du « circuit sanitaire français » surtout représenté par les pharmacies et les publications officielles (dictionnaire VIDAL), le risque de piège est grand : avec Internet, les salles de musculation... Prendre dix ou quinze compléments alimentaires de provenance douteuse constitue un risque réel en cas de contrôle antidopage. Et les athlètes sont le plus souvent conscients de ce risque ». Au diable, donc, l’idée du dopage décrit comme un « piège », dans lequel tomberaient des âmes trop innocentes ou mal informées. « Se bourrer d’un produit, interdit ou pas, revient à rechercher une solution miracle, assure le médecin de la FFA. Mais cette solution n’existe pas. Ou elle est illégale».
Comment la FFA lutte-t-elle contre le fléau du dopage ?
Massivement. Et dans plusieurs directions à la fois. Sous l’impulsion de Martine Prévost, le médecin responsable de cette question au sein de la FFA, une véritable politique de prévention et de lutte antidopage a été mise en place par la fédération. Elle prévoit notamment un important effort de communication, par la fourniture de la liste des produits interdits aux athlètes internationaux, aux coordinateurs des spécialités, aux médecins des ligues et sur le site internet de la FFA (www.athle.com). Par ailleurs, une formation est proposée aux  différents intervenants de la fédération (cadres techniques, entraîneurs, kinésithérapeutes, dirigeants…). Enfin, la commission médicale aura son mot à dire dans l’élaboration du calendrier fédéral, afin de veiller à ce que les athlètes n’aient pas un programme de compétitions trop chargé. Quant aux contrôles, ils seront renforcés et mis en place dans les principales manifestations nationales.
 
Où en est-on du suivi longitudinal ?
Il est toujours d’actualité. Et devrait concerner, cette saison, une cible nettement élargie. Jusque-là, il touchait une centaine d’athlètes, ceux sélectionnés dans les grandes compétitions internationales. « Nous allons désormais suivre environ 400 personnes, mais en ciblant mieux les différents paramètres, explique Philippe Deymié. Tous les athlètes inscrits sur les listes de haut niveau seront concernés, y compris les juniors ». La fréquence des examens, elle, sera inchangée, à savoir trois prélèvements annuels.Précision importante, le suivi longitudinal ne doit en aucune façon être assimilé à une nouvelle forme de contrôle antidopage. « Il ne s’agit pas d’un dépistage, mais d’un suivi de l’état de santé biologique de l’athlète », poursuit Philippe Deymié. Il est dirigé par le service médical de la FFA, en collaboration avec le docteur Gérard Dine.  
 
Propose recueillis par Alain Mercier

 
Tous les reportages

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS