Octobre 2004


La Reine Assia

En remportant quatre médailles d’or aux Jeux paralympiques d’Athènes (du 100 au 800 m, avec autant de records du monde à la clé), Assia El Hanouni est devenue la nouvelle icône du handisport en France. Ce qui ne l’empêche pas de se classer parmi les meilleures françaises valides sur 400 et 800 m. Portrait d’un phénomène.

« Etre comparée à Marie-José Pérec est très flatteur, car j’admire son style de course et son palmarès, autant ça me gêne d’être la seule athlète mise en avant alors que nous étions quarante en Grèce... » Assia El Hanouni n’oublie pas le chemin qu’elle a parcouru avant de goûter, aujourd’hui, à la célébrité. Propulsée au rang de nouvelle icône du handisport français, la jeune femme, 23 ans, garde la tête sur les épaules. Il n’empêche : tout en elle fait penser à Marie-José Pérec. Sa grande taille (1m78), ses jambes longilignes, ses qualités de résistance… Mais le principal point commun entre Assia et la triple championne olympique, c’est leur tempérament de compétitrices. Sur la piste d’Athènes, à l’occasion des Jeux paralympiques qui se sont achevés la semaine dernière, Assia s’est sublimée comme l’avait fait la Guadeloupéenne lors des Jeux de Barcelone (1992) puis d’Atlanta (1996). Guidée par Guy Mormin et Denis Augé, elle s’est emparée des titres paralympiques du 100, 200, 400 et 800 m dans la catégorie malvoyante, pulvérisant les records du monde sur toutes les distances. « J’avais de sérieux espoirs sur 400 m et 800 m, mais je ne m’attendais vraiment pas à gagner le 100 et le 200 m. La vitesse, ce n’est pas mon truc. Je me suis épatée ! »

Ce n’est pas la première fois que Assia prend la vie à contre-pied. A 16 ans, elle découvre qu’elle est atteinte d’amblyopie profonde, une maladie qui affaiblit progressivement sa vue. Malgré son handicap, l’adolescente décide à 18 ans de participer à une compétition d’athlétisme handisport à Vittel, où elle démontre des qualités évidentes. « J’ai toujours aimé regarder l’athlé à la télévision, alors quand j’ai eu l’occasion d’essayer, je n’ai pas hésité », se souvient-elle. C’est lors d’une de ces compétitions que Patrice Gergès, directeur technique à la Fédération Française Handisport, remarque l’adolescente. « Il m’a repérée et m’a invitée plusieurs fois en stage. Mais à une exception près, je n’y suis jamais y allée. J’avais la flemme. » Malgré une pratique « un peu en dilettante », Assia se qualifie en 2001 pour ses premiers championnats d’Europe handisport. « C’était à Byalistok en Pologne, et je me suis complètement scratchée ! Ça a été le déclic. Après les Europe, je me suis inscrite dans un club d’athlètes valides. » Vexée, la jeune femme prend donc une licence FFA, commence à s’entraîner régulièrement, deux à trois fois par semaine, à l’AC Chenove, près de Dijon. Et court aussi bien en valides qu’en handisport, notamment dans les compétitions où les épreuves handisports sont en démonstration. Les résultats ne tardent pas à venir, puisque l’année suivante, elle prend la deuxième place du 400 m des championnats du monde organisés à Villeneuve d’Asq, en 59’’27. Mais elle est une nouvelle fois déçue. « Je pensais avoir gagné la course quand la concurrente russe, que je n’avais pas vue, m’est subitement passée devant. » Assia décide alors de quitter Dijon, sa ville natale, pour Paris, où elle rejoint le groupe de Patrice Gergès. Le rythme des entraînements s’intensifie encore, mais elle se prend au jeu, grâce, notamment, à la médaille d’argent qu’elle décroche sur le 200 m de démonstration des Mondiaux à Paris en août 2003.

Pour réussir ses premiers Jeux, Assia s’entraîne comme une athlète de haut niveau. Dès janvier, elle s’astreint à cinq séances hebdomadaires, entre l’Insep et le Paris Université Club où elle est licenciée. Côté valides, elle prend part, sous le maillot du PUC, à toutes les compétitions importantes de la saison, des Interclubs aux championnats de France Nationale, sur 800 m puisque c’est là la seule discipline qu’elle peut pratiquer sans guide. « Elle a réellement commencé à s’entraîner cette année », estime Patrice Gergès. Et pour quels résultats : à Athènes, elle a d’abord abaissé le record du monde du 200 m dès les séries (24’’99), avant de s’imposer facilement en finale (25’’12). Jonglant entre courses, séries et finales, elle survole le 800 m en 2’07’’89, bien qu’elle ne courre sur la distance que depuis un an. Sur 100 m, elle s’adjuge également le titre en 12’’32, coiffant de justesse la favorite russe Volha Zinkevich. Avec, à chaque fois, un nouveau record du monde à la clé. Et quand vient l’heure de la finale du 400 m, Assia trouve encore les ressources pour terminer en apothéose sur sa distance de prédilection. Elle boucle le tour de piste dans le chrono époustouflant de 53’’67, pulvérisant une fois de plus le record du monde établi en série (56’’15).

De retour d’Athènes, Assia « est vite redescendue de sa bulle » et s’apprête à débuter une année préparatoire de kinésithérapie. Elle garde toutefois bien en mémoire que ses nouveaux records font d’elle la 6e spécialiste française sur 400 m, la 18e sur 800 m. Alors forcément, l’idée de courir contre des athlètes valides fait son chemin... « Elle peut courir sans guide sur un 800 m, mais pas sur des courses où il faut garder son couloir, explique Patrice Gergès. Pour qu’elle puisse disputer un 400 m avec des « valides », il lui faudrait deux couloirs pour elle et son guide, ce qui n’est pas prévu par les règlements ». Un cas de figure que n’a pas effectivement pas prévu la FFA, mais dont Assia aimerait s’entretenir avec le DTN Robert Poirier. « J’ai énormément envie de courir contre des valides », souffle-t-elle. Et en général, Assia a toujours su forcer les portes qui se présentaient devant elle.

Propos recueillis par Camille Vandendriessche pour Athle.com

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