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NUMERO 565 - JUILLET-AOÛT 2016

Si tu vas à Rio, n’oublie pas de te lever tôt

Lors des Jeux olympiques de Rio, certaines épreuves, finales comprises, se disputeront tôt le matin. Comment concilier performance physique et heure matinale ? Réponses d’athlète, d’entraîneur et de médecin. Rédacteur : Cyril Pocréaux

Au bout du fil, Yoann Kowal a l’air vaguement inquiet. « Attends, je vais vérifier, je viens de recevoir les horaires, mais c’est vrai que c’est tôt, très tôt… Voilà : 9h30 les séries, 11h00 la finale. C’est quand même très particulier. Je n’ai jamais fait ça, non. Parfois des finales en toute fin de matinée, mais aussi tôt, non. » Il va falloir s’y faire : les heureux athlètes qualifiés pour les Jeux devront se lever aux aurores pour être à l’aise sur la piste. Télévision oblige (puisque les diffuseurs télé commandent, en la matière), beaucoup d’épreuves, finales comprises, se disputeront tôt le matin (soit l’après-midi en Europe, en soirée en Asie et Océanie). À l’heure où blanchit la campagne, où les muscles sont encore engourdis. « C’est sûr que l’organisme va en prendre un coup, qu’il va falloir gérer, songe le tout frais médaillé de bronze du 3000 m steeple aux championnats d’Europe. D’autant que si on a une grosse chambre d’appel, cela peut avancer de 50 minutes encore l’échauffement, et nous faire arriver à 7h20 sur le stade… Il faut que j’en parle avec Patrick (NDLR : Petitbreuil, son entraîneur), mais je pense que je vais, dans ce dernier mois de préparation, faire quelques entraînements très tôt. Pas de grosses séances, mais un footing, des lignes droites… Mais bon, je ne vais pas non plus me lever à 3h00 du matin. Cela risque d’ajouter de la fatigue. En tout cas, le jour J, je ne suis pas du genre à me lever à 4h00 du matin s’il faut courir à 9h00. J’en parlerai avec Jean-Michel Serra pour voir ce qu’il conseille. »
Ben justement, le voici : Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France, est conscient que les horaires matinaux vont poser problème. « De nombreuses études le montrent : les horaires ont une influence, et la productivité de l’organisme est meilleure plus tard dans la journée. Mais c’est également lié à des morphotypes ou à des caractéristiques personnelles quasi inscrites dans les gènes : certaines personnes sont du matin, en particulier parce qu’elles arrivent à s’endormir et donc à se lever tôt. D’autres sont du soir, elles se couchent tard et n’émergent qu’en début d’après-midi. Par ailleurs, certains athlètes se sont habitués à concourir tôt - les marathoniens ou les marcheurs, par exemple. Eux seront moins perturbés. » Le souci doit également faire sourire les décathloniens… Mais si tout le monde ne sera pas sur un pied d’égalité, peut-être existe-t-il un moyen de se mettre dans les meilleures dispositions, même si on est habituellement un oiseau de nuit ?

RECORD DE FRANCE A 9h
Jean-Hervé Stievenart est, lui, rompu à ce genre de jongleries. Les triple sauteurs Benjamin Compaoré et Harold Correa, qu’il entraîne, sont tous deux concernés par des qualifications et une éventuelle finale autour de 9h30. « J’ai déjà vécu des situations comme celle-là, se rappelle le coach. En fait, il y a trois stratégies pour affronter cette situation. » La première ? « Vous vous entraînez tôt le matin toute l’année. Mais ce n’est pas vraiment l’idéal car vous êtes moins performant, même à l’entraînement. Le système neuromusculaire n’est pas encore opérationnel, et vous ne faites pas ce que vous devriez. » D’autant que la méthode exige une vraie rigueur sur la durée. « Le corps humain est adaptable, mais vous ne pouvez pas vous contenter de deux footings en arrivant à Rio, prévient Jean-Michel Serra. Il faut s’entraîner tôt toute l’année. Se caler tôt plusieurs semaines avant reste en tout cas un pari osé, car cela engendre de la fatigue. »
Deuxième possibilité envisagée par « Stieve » : « Faire des répétitions d’entraînement à l’heure de l’épreuve de manière ponctuelle », à l’approche de l’échéance. « Une option que j’ai abandonnée, précise pourtant l’entraîneur. Les athlètes savent qu’ils vont s’entraîner et non faire une compétition, ils passent donc une nuit normale, déjeunent, ne sont pas prêts et font une mauvaise séance. Cela ne marche pas, et ça peut être mauvais pour la confiance. D’après mon expérience, c’est toujours un échec. » On finit par se dire qu’il n’y a pas de solution idéale. À moins que… « La troisième stratégie. C’est de ne rien changer, assure Jean-Hervé Stievenart. Si l’athlète se lève tôt pour sa compétition, il sait dès qu’il pose le pied par terre pourquoi il est debout. Son système physique et nerveux se met déjà à disposition. Il ne faut pas avoir peur de se lever à 4h30 du matin, d’aller marcher un peu, de s’étirer, d’aller prendre son petit-déjeuner avant d’aller s’échauffer, sans rien changer à l’habitude. » Et pour les dubitatifs, le coach a quelques exemples en poche. « Cette année, aux Interclubs, l’épreuve du triple était prévue à 9h30. Certains voulaient qu’elle soit décalée pour que les athlètes puissent réaliser les minima. Moi, je n’étais pas pour. Et finalement, Harold (Correa) réalise ses minima là-bas avec 17,08 m. » Autre cas, cette fois sur des championnats du monde. « À Athènes, en 1997, les qualifications des filles avaient lieu à 9h00. J’entraînais alors Betty Lise, avec qui on avait mis en place ce protocole. Elle avait explosé le record de France avec 14,50 m. »

JOUER SUR LE DECALAGE HORAIRE
Quitte à pousser la logique, pourquoi ne pas imaginer jouer sur le décalage horaire, continuer à se lever tôt une fois au Brésil, où 5h00 du matin correspondra à 10h00 en France ? « Non, c’est une contrainte supplémentaire, alors qu’on se cale sur cet horaire en deux ou trois jours », estime l’entraîneur. D’autant que « le corps gère le décalage horaire par rapport à l’activité du tube digestif mais aussi à la lumière ambiante, rappelle Jean-Michel Serra. Il est possible de le faire, mais uniquement pour les athlètes qui vont arriver juste avant leur épreuve et n’auront qu’un tour à effectuer, comme sur un meeting. Cela peut être le cas par exemple pour Christelle Daunay, qui peut arriver juste avant son marathon et rester dans le décalage. Mais les autres ne peuvent pas prendre cette option. »
Une chose est certaine, en tout cas : il faudra pouvoir se reposer après le premier tour, car « il y aura un contrecoup à digérer », pense le médecin. « Si on a fait de bonnes nuits avant, sur l’explosivité et l’énervement du jour, cela peut passer, mais il faudra forcément prendre du repos après, car on va y laisser du jus », acquiesce Yoann Kowal. Le steepleur s’interroge tout de même : « Je me demande si c’est un athlète qui a fait le programme. » Les lanceuses de disque, qualifs en soirée et finale tôt dès le lendemain, ont sans doute un avis sur la question. « La télé prend le pas sur le sportif au détriment des performances, c’est dommage, conclut Yoann. Enfin, au moins, on n’aura pas à cogiter toute la journée en attendant la course. » Juste le temps de faire une bonne sieste pour récupérer de sa nuit tronquée.

Le chiffre : 13
Pour contenter les diffuseurs télés occidentaux, pas moins de treize finales sont programmées le matin au brésil. en plus des traditionnels marathon et épreuves de marche, on retrouve le 10 000 m féminin, le disque masculin et féminin, le marteau féminin, le steeple masculin et féminin, le triple saut masculin et le 400 m haies masculin.


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