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NUMERO 566 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016

La quadrature du 400 m

En 43’’03, Wayde van Niekerk a retranché quinze centièmes à l’ancien record du monde du 400 m, établi en 1999 par Michael Johnson. Comment l’athlète sud-africain est-il devenu en deux saisons le nouveau roi du tour de piste ? Rédacteur : Camille Vandendriessch

D’origine Afrikaans, van Niekerk se traduit littéralement par « de la nouvelle église » en néerlandais. Coïncidence ou pas, la signification de ce patronyme relativement courant en Afrique du Sud colle parfaitement au nouveau champion olympique et recordman du monde du 400 m, peu avare en références à Dieu. En finale olympique à Rio, Wayde van Niekerk a d’ailleurs fait preuve d’une foi inébranlable au moment de s’élancer au couloir 8, suite à sa deuxième place en demi-finale la veille. Positionné en « aveugle », le natif du Cap est parti sur des bases folles (voir encadré ci-contre) pour tenter de semer le Grenadin Kirani James, tenant du titre (couloir 6), et l’Américain LaShawn Merritt, sacré en 2008 (couloir 5), ravis d’avoir le tout frais champion du monde en ligne de mire. À la mi-course, le trio se tenait entre 20’’4 et 20’’6, avec un léger avantage pour le troisième larron, crédité de 19’’74 sur 200 m cet été. Mais le Sud-Africain, flirtant avec le champ de la caméra, a réussi à maintenir son allure fluide et véloce plus longtemps que ses rivaux, qui ont fini par caler dans les cinquante derniers mètres. Le record du monde de Michael Johnson, vieux de dix-sept ans, avait vécu.
Comment cet athlète au gabarit tout sauf hors norme (1,83 m pour 72 kg), rappelant celui de l’ancien champion olympique Jeremy Wariner, parvient-il à sprinter aussi longtemps ? Premier homme sous les 10’’ au 100 m (9’’98), 20’’ au 200 m (19’’94) et 44’’ au 400 m (43’’03), Wayde van Niekerk paraît, à vingt-quatre ans, capable de fouler le territoire inexploré des 42’’. Rapide dès sa naissance (sa mère affirme qu’il est né avec onze semaines d’avance et un poids d’à peine 1 kg), le jeune homme a hérité des qualités de vitesse et d’explosivité de ses parents, anciens spécialistes de sprint et de saut en hauteur. Au lycée, il s’est d’abord distingué sur les sautoirs (2,06 m en juniors), avant de briller sur les pistes. En 2010, il termine quatrième sur 200 m aux Mondiaux juniors à Moncton, puis porte son record à 20’’57 à dix-neuf ans. « J’ai toujours préféré le 100 m et le 200 m. Plus c’est rapide, mieux c’est », admet-il encore aujourd’hui.

LE TRAVAIL D’ENDURANCE, UNE « TORTURE » POUR CE SPRINTER-NE
Souvent sujet aux blessures, Wayde van Niekerk consent à passer sur la distance supérieure lorsqu’il intègre le groupe d’Anna Sophia (« Ans ») Botha à l’université de Free State à Bloemfontein, en octobre 2012. L’ancienne coach du Namibien Frankie Fredericks prend alors en main le destin du jeune Wayde, âgé de vingt ans. Sous la houlette de l’arrière-grand-mère, qui fêtera ses soixante-quinze ans à la fin de l’année, l’étudiant en marketing travaille son endurance, qu’il avait déjà développée en jouant au rugby et au football au lycée. Sur le campus de Bloemfontein, perché à 1 400 m d’altitude, cet apprentissage est synonyme de « torture » pour l’intéressé, qui trouve néanmoins du réconfort dans l’attitude maternelle de la septuagénaire. « Elle ne nous voit pas vraiment comme des athlètes, mais comme ses enfants », confie le nouveau recordman du monde. Du haut de ses quarante-huit années d’expérience, Ans Botha couve encore son protégé de très près, visiblement préoccupée par l’attention médiatique et populaire qu’il suscite à présent.
Après une première saison sur 400 m bouclée en 45’’09, Wayde van Niekerk a raboté plusieurs dixièmes à son record chaque année. Jusqu’à reléguer, le 14 août 2016, les 43’’18 du légendaire Michael Johnson aux archives. Et tandis qu’avant Rio, coach et athlète esquivaient soigneusement la question du record du monde, prétendant se concentrer sur la victoire, la barrière des 43 secondes était bel et bien « dans leur esprit », admit après-coup « Mamie Botha ». Nul doute qu’avec la défense de son titre mondial en 2017, c’est là le prochain objectif du sprinter, qui a mis fin à sa saison trois jours après son exploit brésilien pour soigner quelques petits bobos. Fougue et sagesse font décidément bon ménage sur le tour de piste.

Rétro - La légende « MJ » effacée des tablettes
43’’03 contre 43’’18. Quinze centièmes, soit environ 1,50 mètres. L’écart qui sépare Wayde van Niekerk de Michael Johnson est aussi conséquent que symbolique, eu égard à l’immense palmarès de l’Américain. Quadruple champion olympique et huit fois champion du monde, « MJ » reste à jamais associé à son fabuleux record du monde du 200 m en 19’’32, mais aussi à son doublé 200 m / 400 m aux J.O. d’Atlanta et ses cinquante-huit victoires consécutives sur 400 m entre 1993 et 2000. Pour détrôner la légende, Wayde van Niekerk a construit sa course avec des moyens physiques et une approche tactique très différents de son aîné. Un peu moins grand (1,83 m contre 1,85 m) et sensiblement moins massif (72 kg contre 79 kg), le Sud-Africain a développé lors de son record une foulée moyenne 23 cm plus longue que Michael Johnson (2,45 m contre 2,22 m)[1], soit quasiment égale à celle de Kirani James (2,46 m), qui mesure 1,91 m. Malgré l’amplitude de ses enjambées, le nouveau recordman du monde a conservé une fréquence élevée, assez proche de celle de son prédécesseur (3,79 contre 4,18 appuis par seconde). Mais au-delà de la différence de style, Wayde van Niekerk a surtout adopté un modèle de course beaucoup plus agressif que l’Américain, passant en 10’’7 au 100 m, 20’’5 au 200 m et 31’’0 au 300 m, contre 11’’1, 21’’2 et 31’’7 [2]. S’il a terminé moins vite sur les 100 derniers mètres (12’’0 contre 11’’5), il a toutefois mieux résisté que ses dauphins Kirani James et LaShawn Merritt (12’’6 et 12’’7).

[1] Source : Ziga Skraba (http://zigapskraba.wordpress.com/2016/09/01/stride-length-vs-stride-frequency-in-the-400-metres/)
[2] Source : Pierre-Jean Vazel (http://www.track-stats.com/how-van-niekerk-broke-the-400m-world-record/).


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