MON ACCÈS
Les
Vidéos
Derniers
clichés
Trouver un club près de chez vous
Espaces
FFA
STRUCTURES
CLUBS
l'actu des espaces | infos

Achetez votre revue ou abonnez vous en ligne en cliquant ici
ou rendez vous dans les kiosques près de chez vous (liste des points de vente)

NUMERO 567 - NOVEMBRE-DECEMBRE 2016

Anaïs Quémener : « Ils m’ont dit : ‘‘Ah, là, ça va être compliqué…’’ »

Gagner, même une course, est plus fort encore quand on a failli tout perdre. Et ce sentiment souligne davantage encore l’incroyable exploit réalisé par Anaïs Quémener pour devenir championne de France de marathon à Tours, le 18 septembre dernier. Ici, pas question de chrono : la jeune sociétaire du Tremblay AC, vingt-cinq ans, toute en peps et sourires, l’a emporté alors qu’elle luttait encore, quelques mois plus tôt, contre un cancer. Rédacteur : Cyril Pocréaux

Athlé Mag : Parlons athlé, pour commencer. On imagine que vous ne vous attendiez pas forcément à cette victoire ?
Anaïs Quémener : Je ne m’y attendais absolument pas, même pas à un podium ! J’étais super contente, d’ailleurs. Et surtout pour mon chrono (NDLR : 2h55’26’’), mon record perso pour mon premier marathon depuis la maladie.Sur cette distance, on ne part pas à l’aventure. Vous savie zdonc que vous pouviez évoluer à ce niveau… J’avais demandé à mon entraîneur, Gérard Viel, de partir sur les bases de mon précédent record (2h59’), de me préparer pour être en moins de trois heures. Mais pendant toute la préparation, je voyais que j’étais à l’aise, souvent un peu mieux que ce qu’il demandait niveau chrono. Pendant la prépa, je n’ai pas trop forcé. Et j’ai tout lâché pendant la course. Mais la victoire m’a étonnée, car il y avait des femmes plus fortes que moi dans la course, même si les meilleures Françaises n’étaient pas venues.

Au-delà de la concurrence, il y a surtout la maladie qui vous avait frappée voilà quelques mois…
C’était fin juillet 2015. Je fais des analyses, j’avais une douleur depuis quelques semaines. Le 7 août, on m’annonce que j’ai un cancer du sein. Le 17, je suis opérée, et j’attaque sept mois de chimio, puis deux mois de radiothérapie.

Comment avez-vous réagi, cet été-là ?
C’était étonnant, il n’y avait pas d’antécédents de cancer du sein dans ma famille. J’avais vu deux médecins qui m’avaient assuré que mes douleurs n’étaient pas inquiétantes, que j’étais jeune, que ça allait partir tout seul… J’avais confiance. Quand j’ai été diagnostiquée, le cancer était au stade 3, avec des métastases ganglionnaires. Je suis tombée de haut. Mais je travaille dans le milieu hospitalier, aide-soignante aux urgences, et cela m’a aidée à relativiser. Je crois bien que la première question que j’ai posée, ce fut : « Quand vais-je pouvoir reprendre le sport ? »

Et la réponse ?
Les médecins m’ont dit que ça pouvait être très bien de faire du footing. Je leur ai dit que moi, c’était pour de la compétition. Ils m’ont dit, un peu embêtés, « Ah… là, ça risque d’être compliqué… ». D’ailleurs, aucun n’a voulu se mouiller pour me faire un certificat médical. Jusqu’à ce que j’en trouve un qui a accepté. Il a compris que dans mon canapé, je n’allais pas prendre la maladie de la même façon. Il m’a juste demandé de lever le pied. Je ne l’ai pas fait, mais bon…

Et alors ?
Eh ben, je me suis adaptée. Du footing, tous les jours, mais à 8, 9, 10 km/h. Je faisais de la chimio toutes les trois semaines, j’étais super surveillée… Mais en sortant, j’allais courir autour de la pelouse du stade.

Vous comptiez déjà revenir à votre niveau ?
Je ne savais pas si j’allais réussir, mais je savais que je ferais le maximum pour. En plus, je ne travaillais pas, j’ai été en arrêt maladie pendant quinze mois. Courir, c’est la seule chose qui m’empêchait de rester tout le temps dans mon canapé.

À vous écouter, on a l’impression que vous avez pris le cancer comme une blessure, pas comme une maladie. On se trompe ?
C’est un peu ça, oui. Et ça m’a aidée face à la maladie. Tout le monde me disait que j’étais dans le déni, comme si j’avais juste une grippe. Et c’était un peu le cas au début, je pense. On me disait que j’étais malade, d’y aller tranquille à l’entraînement. Je répétais à mon entraîneur : « Non, je ne suis pas malade. Je suis fatiguée, c’est tout. On ne réduit pas les séances, mais si je ne peux pas finir, je te le dis. » Mais je n’aime pas ne pas finir un entraînement… De toute façon, c’était impossible de faire autrement. L’athlé, c’est ma passion, mon moment d’évasion, j’avais besoin de ça. La maladie, c’était 24h/24. Le seul moment où je n’y pensais pas, c’est quand j’étais dehors avec les amis du club. Alors je me donnais à fond, et puis je dormais (rires).

Physiquement, comment ça se passait ? Accepter de ne plus avancer n’est pas simple…
J’étais essoufflée très rapidement, car je n’avais plus de défenses, ou très peu. Mes prises de sang était catastrophiques, c’était compliqué niveau souffle et jambes. Mais j’ai l’impression que c’était très psychologique, aussi. En sortant du traitement, je pouvais courir 45 minutes, parce que je savais qu’il fallait que je courre. Mais en rentrant chez moi, je n’étais plus capable de monter trois marches.

Vous n’avez jamais douté ?
Si, plusieurs fois. Je me disais que je ne reviendrais jamais. Je doutais aussi parce que j’allais me faire opérer. Mais heureusement, j’étais très bien entourée, et ça change tout. Mon père m’a accompagnée en vélo tous les jours, à chaque footing, parce qu’il avait peur que je me sente mal. Mon entraîneur me faisait tout le temps courir sur la pelouse pour pouvoir me surveiller. Même aujourd’hui encore, je doute. Ne serait ce que parce que dans un an, je subis une opération pour qu’on m’enlève le deuxième sein. On m’a fait des analyses pour savoir si le cancer était génétique ou pas, et il se trouve que oui. Le chirurgien me l’a dit : « Sans ablation, dans dix ans, vous avez quasiment 100% de chances d’avoir à nouveau un cancer. » Alors… Mais cela me permet de me mettre les idées vraiment au clair, y compris pour ma vie personnelle, pour plus tard, ma vie de famille, quand j’aurai des enfants.

Vous avez vraiment repris l’entraînement au mois de mars dernier, c’est cela ?
J’ai été opérée le 22 février, et le 20 mars j’avais ma première course, que je tenais absolument à faire. Un 10 km, en 40’. Je me disais « c’est dur, c’est dur, mais c’est pour tout le monde, ce n’est pas forcément lié à la maladie ». En compétition, il se passe quelque chose, le mental se déclenche.

Qu’avez-vous appris sur vous, finalement ?
(Elle réfléchit.) J’ai découvert que j’avais plus de mental que je ne le pensais. Avant, je faisais les choses dans la facilité, mais je ne me donnais pas à fond. Maintenant, je vais au-delà de mes limites.

Et quels sont vos objectifs, désormais ?
Je vais faire un peu de tout, je n’aime pas m’ennuyer en athlé. La saison de cross, déjà, car cela fait deux ans que je ne l’ai pas faite, du coup. J’ai hâte de voir ce que ça va donner. Un peu de route, de 10 km, de piste aussi, car j’aime vraiment ça. Je veux améliorer tous mes chronos. Y compris sur marathon, dans un an. Avant ou après l’opération. On verra bien.


Accueil n° 567
Les autres revues

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS