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NUMERO 568 - FÉVRIER-MARS 2017

Soleils Levants : Six espoirs en piste

A chaque olympiade sa nouvelle génération de champions qui émergent. Après « Destination Londres » et « Si tu vas à Rio », Athlétisme Magazine vous propose de suivre, à travers la nouvelle rubrique « Soleils Levants », six des jeunes pousses françaises qui devraient postuler à une place aux Jeux de Tokyo 2020. Premier épisode du feuilleton avec la présentation de ces grands talents appelés à se faire une place dans la lumière. Rédacteur : Etienne Nappey

JEAN BLANCHETEAU
20 KM MARCHE
NE LE 07/01/1996
1,76 M, 63 KG
CLUB : ATHLE BOURGOGNE SUD
ENTRAINEUR : EDDY RIVA
RECORD PERSONNEL : 1H23’48’’3 (SUR PISTE EN 2015)

Le bosseur

Comme beaucoup d’athlètes, Jean mène de front carrière sportive et études de premier plan. En dernière année de classe prépa pour écoles d’ingénieurs à Nancy, le Bourguignon se destine à devenir ingénieur agronome. « J’ai un cursus aménagé qui fait que je suis évalué en contrôle continu, avec des devoirs toutes les semaines qui me permettent d’éviter le stress des concours de fin d’année. Cela me permet aussi de partir en compétition sans pression », raconte le sociétaire d’Athlé Bourgogne Sud.
Cet hiver, il a « préféré ne pas partir en stage de préparation. L’an passé, j’étais parti deux fois deux semaines en deux mois, et j’avais eu beaucoup de mal à rattraper mon retard au niveau scolaire. » À la rentrée de septembre, il intégrera peut-être Polytechnique Toulouse ou Polytechnique Nancy. Mais avant cela, il espère participer, cet été, aux championnats d’Europe par équipes et à l’Euro espoirs à Bydgoszcz. « Les minima pour les championnats du monde à Londres risquent d’être compliqués à atteindre, alors je préfère ne pas me fixer dessus pour l’instant », sourit-il.
L’oeil d’Eddy Riva : « Jean est un élève brillant, qui mène des études de haut niveau. C’est un bosseur, à la fois sur la piste et en classe. Cela peut parfois être un frein à sa progression sportive. Sa scolarité est aménagée, et ne l’empêche pas de s’entrainer correctement. Mais il faut adapter son entraînement, notamment lors de ses grosses semaines à l’école, pour les partiels. Il n’est pas à 100% de son potentiel, parce que sa récupération pourrait être bien meilleure. Néanmoins, ses séances sont de qualité, il a quand même fait 1h23’48’’ pour sa première année chez les espoirs. »

BAPTISTE MISCHLER
1500 M
NE LE 23/11/1997
1,83 M, 62 KG
CLUB : UNITAS BRUMATH
ENTRAINEUR : HUBERT STEINMETZ
RECORD PERSONNEL : 3’39’’58

Le goût de la tradition

Entraîné par Hubert Steinmetz depuis ses débuts, Baptiste est un adepte revendiqué des champs de cross une fois l’hiver venu. Licencié à l’Unitas Brumath, où les labours font figure de religion, c’est autant par manque d’infrastructures indoor que par goût que le quatrième des derniers championnats du monde juniors du 1500 m chausse les pointes à clous dès le mois de novembre. « Notre philosophie, c’est de faire beaucoup de foncier à cette période de l’année. Les championnats internationaux de cross ne sont pas un objectif en soi, je cherche surtout à travailler le volume pour préparer l’été. Je compte quand même bien être performant aux championnats de France en mars, où je courrai le cross court. »
Comme Jean Blancheteau, Baptiste est élève en classe prépa, à l’INSA Strasbourg depuis 2015. « À la fin de l’année, j’aurai à choisir ma spécialité d’ingénieur et je souhaite m’orienter vers la topographie, pour plus tard devenir géomètre-expert, explique l’Alsacien, qui a déjà dépossédé Mehdi Baala de quelques-uns de ses records régionaux. Sur le plan sportif, mon objectif est de me qualifier et de m’approcher du podium aux championnats d’Europe espoirs. Je veux également progresser sur le plan chronométrique. Pour Londres, je pense que je suis encore un peu loin, mais je le garde à l’esprit quand même. Pour cela, il faudra à nouveau passer un cap, comme l’an passé. »
L’oeil d’Hubert Steinmetz
: « Pour un coach, un athlète comme lui est un cadeau. Il met la même application dans ses études et dans le sport. Il a d’ailleurs décliné un stage au Portugal pour ne pas se mettre en danger à l’école. Il est relativement mature pour son âge, et dispose d’un contexte familial favorable. Je le vois comme un coureur de 800 m - 1500 m, qui devrait devenir un spécialiste de 1500 m-5000 m d’ici quelques années. Il lui faut faire encore du travail de foncier. Pour le 800 m, il manque sans doute de vitesse de base sur 400 m pour le plus haut niveau. »

YANIS DAVID
LONGUEUR ET TRIPLE SAUT
NEE LE 12/12/1997
1,69 M, 62 KG
CLUB : MONSTER CLUB
ENTRAINEURS : NIC PETERSEN ET ROD DABRIOU
RECORDS PERSONNELS : 6,48 M ET 13,93 M (EN SALLE)

Le rêve américain

Depuis janvier 2015, la Guadeloupéenne a quitté son île natale pour rejoindre l’Université de Floride, à Gainesville. Un choix avant tout sportif, même si elle suit avec assiduité une formation « en deuxième année de sciences de la santé éducative et comportementale ». La championne du monde juniors de la longueur a d’ailleurs retrouvé le chemin de la compétition sous les couleurs des Gators, l’équipe de son université, dès le 7 janvier. En salle comme en plein air dans les mois à venir, elle continuera à exercer son talent aussi bien en longueur qu’au triple saut, épreuve pour laquelle elle ne cache pas une préférence sentimentale assez claire.
Celle qui s’entraîne au sein d’un groupe de huit sauteurs de très haut niveau, parmi lesquels l’Américain Marquis Dendy, apprécie sa vie au pays de l’Oncle Sam. « On a le soleil tous les jours ! Il fait un peu plus frais en hiver, mais jusqu’à maintenant, ça a toujours été gérable. Je comprends beaucoup mieux la langue maintenant que je suis là depuis un an. Les gens m’ont beaucoup accompagnée et continuent à le faire. Les coaches nous traitent comme des pros, avec un système de primes lors des compétitions, et on se gère nous-mêmes pour le reste. Cela nous prépare pour la suite », esquisse-t-elle, déjà tournée vers l’avenir.
L’oeil de Nic Petersen : « Yanis est une super jeune femme, c’est très agréable de travailler avec elle. Elle travaille très dur sur la piste, et également en classe. En venant ici en parlant à peine l’anglais, elle a dû en faire encore plus que les autres, et elle a réussi à s’intégrer. Elle était déjà forte et puissante en arrivant chez nous, mais elle est également en train d’améliorer sa vitesse, ce qui va l’aider dans le futur. Ayant grandi près des sautoirs, elle connaît bien son sport, et c’est également une excellente compétitrice, qui déteste la défaite. Elle a encore quelques progrès techniques à faire et doit être plus constante dans son approche, pour faire une longue carrière. »

AUDREY CIOFANI
MARTEAU
NEE LE 13/03/1996
1,75 M, 74 KG
CLUB : CA MONTREUIL 93
ENTRAINEUR : WALTER CIOFANI
RECORD PERSONNEL : 69,25 M

En reconstruction

Elle aussi a fait le grand saut vers l’Amérique. Depuis début janvier, la championne d’Europe juniors du marteau en 2015 a rejoint le « junior college » de Coolidge, dans la banlieue de Phoenix (Arizona). « Avec mon père, nous avons beaucoup réfléchi, puisque nous devions quitter l’Insep, nous n’avions pas le choix. Les États-Unis nous ont semblé la meilleure option. Le cadre est très bien, les installations sont bonnes, et il fait du soleil tous les jours. J’ai la chance d’avoir un entraîneur sur place qui accepte de suivre les programmes réalisés par mon père depuis la France. Nous échangeons d’ailleurs beaucoup avec lui pour que cela se mette en place. » Initialement, Audrey lorgnait du côté de l’Université de Georgie, mais des tracas administratifs et un besoin de progresser en anglais l’ont orientée vers l’Arizona, pour une durée d’un an.
« L’année 2016 a été très, très dure pour moi, parce que je me suis blessée au genou, et mentalement, j’ai pris un coup. C’était tellement dur que je n’étais pas sûre de reprendre l’athlétisme. Du coup, j’ai un peu laissé traîner ma blessure, et j’ai encore quelques douleurs. Mais j’ai la chance de pouvoir être soignée ici, et j’ai repris en douceur début janvier. Comme cela fait un certain temps que je n’ai pas lancé, je me donne la saison pour revenir tranquillement, avant d’être au top en 2018 », raisonne-t-elle. Son retour à la compétition s’est effectué par un passage au marteau lourd, en salle, au cours de l’hiver. Elle ne reprendra son engin habituel qu’à partir du mois de mars, et devrait rentrer en France au mois de mai.
L’oeil de Walter Ciofani : « Ce choix a été murement réfléchi, à la fois pour le côté sportif et pour son avenir social. C’est une nouvelle expérience, c’est motivant pour tout le monde. On communique beaucoup par Internet : je lui envoie les plans, et elle m’envoie les vidéos de ce qu’elle a fait. Je donne les consignes au coach de son lycée, qui est un jeune qui débute, et qui est très preneur de conseils. Il est là essentiellement pour faire de l’initiation aux lancers aux autres athlètes du campus, et avec Audrey, il va également pouvoir se former. Avec les nouvelles technologies, c’est beaucoup plus facile aujourd’hui. L’anglais ? Disons que je parle le langage du terrain, et pour le reste, Audrey fera le lien ! »

MARINE MIGNON
200M
NÉE LE 15/09/1999
1,74 M, 55 KG
CLUB : ENTENTE SUD LYONNAIS
ENTRAINEUR : FRANCK MATAMBA
RECORD PERSONNEL : 23’’35

Sans faire de bruit

D’un naturel réservé, Marine laisse parler ses performances. Championne d’Europe cadettes à Tbilissi, elle a porté le record de France de sa catégorie à 23’’35 à cette occasion. Une performance de choix, qui l’aurait placée à la troisième place des championnats du monde juniors l’été dernier. La jeune Lyonnaise, dont la charge d’entraînement n’est pas encore à son maximum, s’exprime pour l’instant sur le demi-tour de piste. Des vestiges de blessure de l’année 2015 l’ont empêchée de donner sa pleine mesure sur la distance inférieure. Son coach, Franck Matamba, la verrait bien à moyen terme sur 400 m. « Je n’y suis pas opposée. On verra ce dont j’ai envie dans les années à venir », élude la lycéenne. Actuellement en Terminale S, elle envisage de rentrer à l’INSA de Lyon après son bac.
Venue du basket, qu’elle a pratiqué pendant des années avant de constater qu’elle avait fait le tour de la question, elle a retrouvé au sein du groupe de Franck Matamba (également ancien basketteur) un esprit collectif qui lui plaît. « Je m’entraîne dans un groupe avec Estelle Perrossier, avec qui je partage beaucoup de choses. Comme elle a déjà l’expérience du haut niveau chez les seniors, je suis bien accompagnée », apprécie Marine. Pour sa première année chez les juniors, elle aura à cœur de renouveler sa domination continentale de 2016. À Grosseto, elle devrait retrouver l’Ecossaise Alisha Rees, qu’elle avait battue à Tbilissi. Mais aussi sa compatriote Estelle Raffai, médaillée de bronze aux Mondiaux juniors. En attendant de s’affronter sur la piste et de se côtoyer dans le collectif relais, les deux Françaises ont déjà partagé un stage ensemble cet hiver.
L’oeil de Franck Matamba : « Marine est timide, mais c’est une battante. Elle est très déterminée, comme l’a prouvé sa finale aux championnats d’Europe l’an passé. À l’entraînement, elle ne se plaint jamais ! Elle n’ose pas toujours dire qu’elle est en difficulté, alors elle serre les dents. Lorsqu’elle a une forte concurrence face à elle, cela la transcende. Elle compte quatre entraînements par semaine, et on a intensifié à côté de cela les séances de kiné cette année, à hauteur d’une par semaine, pour travailler l’élasticité. C’est difficile de faire plus parce que c’est l’année de son bac et il ne faut pas négliger cet aspect. »

MELVIN RAFFIN
TRIPLE SAUT
NE LE 09/08/1998
1,85 M, 66 KG
CLUB : SAVIGNY SENART ATHLETISME
ENTRAINEURS : TEDDY TAMGHO ET LAURENCE BILY
RECORD PERSONNEL : 17,04 M (EN SALLE)

L’élève du modèle

Teddy Tamgho le disait déjà en 2015 : « Ma relève, c’est Melvin Raffin. » Le champion du monde 2013 du triple saut est bien placé pour le savoir, puisqu’il entraîne, avec Laurence Bily, le sociétaire de Savigny Sénart Athlétisme depuis septembre 2015 au sein du pôle espoirs de Boulouris. Cet hiver, Melvin a confirmé la prédiction de son coach, en effaçant des tablettes le record de France juniors en salle du champion du monde 2013. Retombé à 17,04 m lors du meeting des volcans à Clermont, il a réalisé le niveau de performance requis pour les championnats d’Europe en salle et s’affirme désormais comme un nouveau prétendant au maillot bleu chez les seniors, dans une discipline qui n’en manquait déjà pas.
Etudiant en BPJEPS au Creps de Boulouris, il a pris la médaille de bronze des Mondiaux juniors de Bydgoszcz en 2016, derrière deux Cubains, issus de l’autre grande école du triple planétaire. L’une de ses grandes forces est son élasticité, qui fait d’ailleurs de lui un redoutable danseur. Pour sa deuxième année dans la catégorie, Raffin n’hésite pas au moment de se fixer des objectifs pour 2017 : « Je veux à tout prix être champion d’Europe juniors. » S’il poursuit sa courbe de progression, son séjour à Grosseto pourrait bien n’être qu’une escale sur le chemin de Londres.
L’oeil de Teddy Tamgho : « Melvin est polyvalent, rapide et solide au sol, avec un excellent rapport poids puissance. Il assimile vite la technique et ce qu’on lui demande. Selon les jours, il peut être le meilleur élève ou le pire. Des fois, tu lui parles, mais il ne t’entend pas parce qu’il est ailleurs. Mais quand il est concentré, c’est du lourd ! »


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