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NUMERO 570 - JUIN-JULLET 2017

« L’anorexie existe dans le sport »

Dans Le complexe du papillon, son dernier roman destiné aux ados, Annelise Heurtier raconte  l’histoire de Mathilde, une jeune athlète qui tombe dans l’anorexie. Rencontre avec l’auteure de ce livre passionnant, sans concession mais aussi plein d’espoir. Rédacteur : Florian Gaudin-Winer

Athlé Mag : Avez-vous pratiqué l’athlétisme dans votre jeunesse ?
Annelise Heurtier : Quand j’étais ado, je faisais beaucoup de sport. Mais ça n’était pas de l’athlétisme. Je pratiquais la gymnastique. J’en ai fait vraiment beaucoup, jusqu’à quatorze ou quinze heures par semaine, à un bon petit niveau. On faisait les championnats de France par équipes. À l’époque, la gym comptait presque plus que l’école pour moi. J’y retrouvais cet esprit d’équipe que j’ai essayé de diffuser dans mon roman. C’est très beau, mais avec une petite ambivalence puisqu’il y a aussi le côté compétition. J’ai laissé tomber ce sport d’un seul coup, quand je suis entrée en classe prépa. Ça n’était plus compatible avec mes études.

Dans votre livre, vous mettez beaucoup en avant l’importance du groupe d’entraînement pour Mathilde…
C’est magique, cette émulation qu’on peut retrouver dans le sport, les liens que l’on noue avec les filles de son équipe. On va finalement vers un but qui est complètement désintéressé, ce que l’on retrouve rarement à l’âge adulte. On veut juste construire quelque chose ensemble. Et lorsqu’on gagne… Ce sont des moments dont je garde encore des souvenirs indescriptibles. Le collectif, c’est aussi très formateur. Je me rappelle qu’en gym, lorsque l’une d’entre nous ratait sa poutre ou son sol, il fallait arriver à passer au-dessus du fait de se dire : « c’est à cause d’elle ». Non, on était une équipe, donc si on avait perdu, on ne pouvait pas l’imputer à une seule personne.

Comment avez-vous réussi à décrire avec autant de précision les entraînements de Mathilde ?
Depuis quelques années, je fais de la course à pied avec une certaine régularité, tous les deux ou trois jours, sans être inscrite dans un club. J’ai consulté aussi des sites et j’ai lu des bouquins. Mais je suis surtout allée interviewer un entraîneur et des jeunes filles, en assistant à deux séances du club de Villefranche-sur-Saône (NDLR : section locale d’Athlé Calade Val-de-Saône). J’ai vraiment demandé à ce qu’on m’explique comment se passait un entraînement, car je n’y connaissais rien du tout. J’en suis ressortie avec une très belle image de l’athlétisme et surtout de l’admiration pour ces jeunes. Franchement, la course à pied n’est pas le sport le plus facile. Ça peut parfois être ingrat, parce qu’on ne se fait pas plaisir tout de suite.

Un sport ingrat, mais qui offre de belles sensations que vous décrivez longuement. Vous les avez déjà ressenties ?
Je prends du plaisir quand je cours, mais je ne suis pas au niveau de Mathilde et je ne fais pas de compétition. Je me suis basée sur les témoignages que j’ai lus ou entendus. Ça parait souvent un peu antinomique. Quand on évoque la course à pied, les trois-quarts des gens pensent souffrance, douleur, « oh mon dieu, pourquoi on s’inflige ça ! ». Alors qu’en fait, au bout d’un certain temps, on ressent beaucoup de plaisir. C’est addictif !

Pourquoi avoir choisi, pour incarner les dangers de l’anorexie, une jeune athlète ?
Je voulais peut-être montrer que les gens qui tombent dans l’anorexie ne sont pas forcément fragiles à la base, et que ça peut même arriver à des personnes qui font du sport et qui, en apparence, sont bien dans leur peau et se sentent fortes. Quand j’ai écrit le roman, on parlait beaucoup sur internet du « thigh gap », cette fameuse histoire de lumière entre les cuisses. Ça tournait en boucle sur les réseaux sociaux et j’avais lu des articles là-dessus. Au même moment, une amie m’avait dit que sa fille adolescente se trouvait grosse alors qu’elle était très mince. Ça a été le déclencheur, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive quelque chose là-dessus. C’est après que s’est greffée l’histoire du sport. L’anorexie dans le sport existe, d’ailleurs sans doute plus rarement dans une discipline comme l’athlétisme que dans la danse classique, où les filles vivent des dépressions abominables. En tout cas, il faut une grande force mentale pour se priver de nourriture sur le long terme. Une force mentale que l’on est peut-être plus susceptible de retrouver chez les grands sportifs.

Les adolescentes qui font de l’athlétisme, et qui sont donc souvent musclées, subissent parfois les moqueries de leur entourage…
C’est très difficile, en effet. Il y a déjà toute la pression de la société et des médias, qui mettent en avant des stars photoshopées et qui valorisent la minceur. Quand on est ado et qu’on est un peu costaud, il n’est pas évident de ne pas « bien se sentir dans ses baskets ». Moi-même, j’étais très musclée, bien plus que maintenant. Comme Mathilde, je trouvais que j’avais de grosses cuisses. Et j’avais droit à des réflexions comme « tu devrais faire du rugby ». C’est super dur à entendre quand on est en train de se construire.


Les sportives de haut niveau
Une population à risques

« Les troubles du comportement alimentaire représentent un véritable danger pour les sportives, en particulier à haut niveau », estime Patrick Bacquaert, médecin-chef à l’Institut régional du bien-être, de la médecine et du sport santé du Pas-de-Calais. D’après certaines études, l’anorexie concernerait près d’une athlète sur cinquante. Certains sports, dits « anorexigènes », sont plus à risques que d’autres. C’est le cas de ceux où une certaine esthétique corporelle est imposée (gymnastique, plongeon, natation synchronisée, patinage artistique). Les disciplines d’endurance (cyclisme, course à pied et natation) sont aussi très touchées, tout comme les sports avec catégories de poids (judo, lutte, karaté…). « L’anorexie est un sujet très sensible à aborder, regrette Patrick Bacquaert. Peut-être parce que les médecins du sport ou d’équipes sont souvent des hommes et ont du mal à évoquer ces problèmes avec leurs patientes. Il faut alerter et sensibiliser les entraîneurs. »

Sensible et poétique
Mathilde a 14 ans, une meilleure amie et une grande passion, l’athlétisme, que lui a transmise sa grand-mère adorée. Sa vie est rythmée par les entraînements, où elle retrouve un groupe soudé de copines. Le jour de la rentrée en classe de troisième, la collégienne est sous le choc lorsqu’elle découvre la métamorphose physique de la discrète Cézanne, devenue fine et élancée en l’espace d’un été. Mathilde, plutôt musclée grâce aux séances d’athlé, commence à être obsédée par son poids. La spirale infernale sera difficile à stopper…
L’anorexie et, plus globalement, les questions que l’on peut se poser sur son corps à l’adolescence, sont au cœur du Complexe du papillon, nominé pour le Prix Gulli du Roman 2016 (ouvrages destinés aux 8-14 ans). Un récit où l’athlétisme occupe aussi une large place et qui n’a rien de noir, malgré son sujet difficile. Annelise Heurtier, grâce à son style léger et plein de poésie, offre en effet de la lumière à ses personnages et aborde la thématique de l’anorexie avec justesse et sensibilité, sans tomber dans le pathos. Très bien documenté, Le complexe du papillon est une lecture à recommander aux adolescent(e)s, et même à leurs aînés.


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