MON ACCÈS
Mayer, la peur avant l’action

Le vice-champion olympique du décathlon stresse énormément avant son entrée en lice. C’est ce qui fait sa force, une fois la compétition entamée.

« Pour une fois, je vais vous dire la vérité. Avant chaque décathlon, je me ch… dessus pendant deux semaines. » Voilà une entame d’interview pour le moins directe. C’est que Kevin Mayer en a marre de cacher ses sentiments, de fermer le rideau devant cette fragilité qui, paradoxalement, le rend si fort. Pour résumer, le vice-champion olympique vit systématiquement un enfer avant d’entrer en lice dans un grand championnat. « C’est une forme de dépression, avance le vice-champion olympique. Appréhender un décathlon est très difficile. Il y a tellement de stress. Sept jours avant son début, il n’y a pas un moment où je ne le fais pas dans ma tête. Dans cette période-là, j’ai tout le temps envie d’arrêter l’athlé. Je me demande ce que je fais ici. J’ai horreur d’attendre. »
Le combinard de 25 ans voit les heures passées au compte-gouttes depuis qu’il est arrivé à Londres, après avoir passé une semaine à Lyon, auprès de sa famille et de son préparateur physique Jérôme Simian. Il s’occupe comme il peut, sans parvenir à oublier les dix épreuves qui l’attendent. « Je cherche des films. Je lis un livre. Mais je me suis surpris à relire dix fois la même phrase, tellement je n’arrivais pas à me concentrer. » Même les messages qu’il reçoit sont sans effet. « Je n’ai pas besoin de recevoir des mots d’encouragements pour savoir ce que j’ai à faire », souffle-t-il. Seul échappatoire : le rêve. « Dans le bus pour le stade d’entraînement, je m’imaginais déjà aller au stade, mais cette fois pour la compétition. Ça m’a libéré. »

Une forme de léthargie

Finalement, c’est la veille au soir du début du décathlon que tout se décante. L’élève de Bertrand Valcin au pôle de Montpellier raconte : « Je me trouve un film un peu transcendant. Ça peut être n’importe quoi, même un dessin animé, mais il y a toujours de l’émotion. Je suis dans mon lit douillet. Une forme de léthargie apparaît. » Kevin Mayer peut se laisser aller. « Quinze jours avant un décathlon, je suis une petite chialeuse, sourit-il. On dit que les hommes qui pleurent ne sont pas virils. Mais ça fait beaucoup de bien de pleurer quand on est seul. »
La larme à l’œil, l’athlète de l’EA Rhône Vercors l’a d’ailleurs eu mardi dernier, lors de la victoire de Pierre-Ambroise Bosse sur 800 m. Il était dans le stade et a ressenti des sentiments ambivalents : « Ça a été un moment extraordinaire d’émotion, le plus grand que j’aie vécu en tant que spectateur. C’était magique. Bien sûr, ça m’a motivé. Mais j’ai aussi ressenti une pointe de jalousie. Pas par rapport à la médaille mais parce qu’il avait fini sa compétition, alors que la mienne n’avait pas encore commencé. »

Comme dans les films de guerre

Ça y est, c’est à son tour d’entrer en scène. L’homme à fleur de peau va pouvoir laisser la place à la bête de compétition que ses adversaires redoutent, capable de se sublimer le jour J. Curieuse métamorphose. « Ce stress qui me tombe dessus, c’est ce qui fait ma force, ce qui me met en condition pour me transcender », explique-t-il. Un nouveau scénario va s’écrire, et s’il pleut, ce sera encore mieux. « Pendant les championnats, je suis dans un film. Et comme dans les films de guerre, la pluie me transcende. Sur 400 m ou 1500 m, c’est une bénédiction. » Moteur.

A Londres, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © Stéphane Kempinaire (KMSP)

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS