MON ACCÈS
Le 400 m haies vu par Olivier Vallaeys

Entraîneur de Jeffrey John à l’Insep, Olivier Vallaeys analyse la victoire du Norvégien Karsten Warholm en finale du 400 m haies. Un jeune athlète de 21 ans qui représente l’avenir de la discipline.

Ce qui frappe d’abord, c’est le chrono du champion du monde, Karsten Warholm, qui termine en 48’’35. Cela fait de lui le champion du monde le plus lent de l’histoire. Comment l’expliquez-vous ?
C’est clair que ça n’a pas été une course super rapide. Je pense que l’on peut expliquer ça par les conditions météo. Il a plu toute la journée à Londres et il faisait froid (pas plus de 15 °C) mercredi soir sur la piste. Passer deux heures dans ces conditions-là, ça n’aide pas à réaliser de grosses performances. On a pu en avoir aussi l’illustration avec les chronos réalisés en demi-finales du 200 m hommes ou lors de la finale du 400 m femmes.

On a assisté à la victoire d’un grand talent de la discipline…
C’est l’avènement d’un futur grand. C’était aussi une opposition entre deux vieux face à un troupeau de six jeunes de moins de 23 ans. C’est le passage de témoins entre l’ancienne génération, représentée par Clement et Copello, et la nouvelle dont Warholm est un peu le porte-drapeau. Au final, c’est un jeune qui a gagné, même si les deux anciens prennent les deux autres médailles. Mais ils seront, je pense, bientôt rattrapés et dépassés par les autres finalistes.

Comment analysez-vous le schéma de course du Norvégien ?
Ce que j’aime bien chez lui, c’est la fraîcheur qu’il dégage. Il représente bien la discipline, qui est un peu une aventure. Il y a plusieurs écoles du 4H. Il y a ceux qui préfèrent partir doucement et accélérer progressivement, et d’autres qui pensent qu’il faut partir vite pour courir vite. Lui part très rapidement, à l’image aussi de Ludvy Vaillant chez les jeunes Français. Je pense que c’est comme cela que l’on doit appréhender le 400 m haies. Le 400 m reste du sprint, on a trop tendance à l’oublier. Il a d’ailleurs un record en 10’’55 sur 100 m. Si Warholm n’était pas parti comme cela, il ne gagnait pas. Ce n’est pas sur la fin qu’on gagne un 400 m haies, on l’a vu hier soir avec Clement.

Malgré tout, Warholm ne fait que très peu de fautes sur les obstacles…
Il garde une technique fiable. On le voit tenir son schéma de course. Par exemple, entre la 8 et la 9, on peut observer qu’il allonge pour tenir la cadence de ses foulées. Au-dessus de la haie, ce n’est pas une technique de franchissement qui est très sereine. Elle se rapprocherait presque plus du 110 que du 400 m haies. Le temps de suspension est assez court et il vient chercher le sol pour recourir vite. C’est quelqu’un qui apprend encore le 400 et qui va se révéler très fort dans les années à venir.

Qu’est-ce qu’il a manqué à Kerron Clement, qui termine à la troisième place ?
Il a été trop timide, il est parti trop lentement. Il avait les moyens de gagner. Mais il ne fallait pas qu’il démarre de cette manière. Il doit être entre 3,90 et 4 secondes sur son premier intervalle, c’est quasiment impossible d’aller chercher la victoire avec un temps comme celui-là !

Copello, deuxième, est un peu l’anti-Warholm…
Effectivement, c’est un athlète qui perce sur le tard (ndlr : il a 30 ans). Il avait terminé troisième des Jeux l’an passé et bénéficie sans doute d’une course plutôt lente pour prendre l’argent ce soir.

Comment expliquez-vous la grosse faute du Qatari Abderrhaman Samba dans la dernière ligne droite, alors qu’il jouait le podium ?
Il était peut-être tout simplement en surrégime. Il vient toucher la 10, une faute qui s’avère rédhibitoire. Elle entraîne une perte de vitesse trop importante. On l’a vu 2-3 foulées après, il perd l’équilibre. C’est exactement la même faute que celle que fait Mamadou Kasse Hann en demi-finale. Et ça n’est pas rattrapable. Encore dans la bagarre pour le podium, il termine finalement septième à cause de cette erreur.

Cette victoire marque le retour sur le devant de la scène de l’Europe sur 400 m haies…
Et pourtant, il n’y avait pas beaucoup d’Européens au départ de la finale (ndlr : ils étaient deux, avec le Suisse Kariem Hussein, huitième) ! Je pense que la discipline n’échappe pas à la mondialisation que connaît l’athlétisme. On voit aussi le réveil du continent africain, notamment avec l’Afrique du Sud, le Botswana ou encore la Côte d’Ivoire. Le premier sport olympique s’universalise de plus en plus. C’est une bonne chose, je pense.

Propos recueillis par Florent Duprat pour athle.fr
Photo : © Julien Crosnier (KMSP)

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS