MON ACCÈS
Le triple saut masculin vu Jean-Hervé Stievenart

Jean-Hervé Stievenart, coach emblématique de Benjamin Compaoré à l’Insep, donne sa vision de la finale du triple saut remportée hier par Christian Taylor (17,68 m) devant Will Claye (17,63 m). Il s’avoue surtout déçu par la performance très moyenne des athlètes, derrière la doublette américaine.

Comment avez-vous vécu cette finale ?
C’est un des plus mauvais concours de l’histoire des championnats du monde. Tant au niveau de la densité que de la performance de pointe. Christian Taylor l’emporte avec 17,68 m, ce qui est une bonne performance, mais n’est pas non plus extraordinaire. Surtout, ce que je retiens, c’est la faiblesse derrière le duo Taylor et Clay (deuxième à 17,63 m). 17,19 m pour prendre la médaille de bronze, c’est incroyable !

Peut-on mettre cela sur le compte des conditions climatiques pour le triple ?
Il y a deux éléments importants pour le triple saut : le vent et la température. Au niveau du vent, c’était parfait. Il était quasiment nul, on avait presque l’impression de sauter en salle. Il ne faisait pas forcément très chaud, mais ce n’était pas non plus un froid polaire. Je pense tout simplement que, comme dans les autres épreuves, les performances de pointe ne sont pas extraordinaires.

Est-ce que le fait pour Taylor d’avoir annoncé qu’il voulait battre le record du monde de Jonathan Edwards (18,29 m) ne l’a pas desservi ?
Je ne pense pas. Il est désormais double champion olympique, triple champion du monde, il a tellement de bouteille… Il dégage aussi une belle solidité. Certes, ça n’était pas du grand Taylor, mais ça arrive à tout le monde. Je suis persuadé qu’après avoir posé 17,68 m, s’il avait fallu répondre à Claye derrière, il l’aurait fait.

Quelles sont les différences techniques entre Taylor et Claye ?
Ils possèdent des qualités assez similaires, mais ils les exploitent différemment. Taylor joue sur la conservation de la vitesse et sur son équilibre. Will Claye est un peu plus en relâchement et en amplitude, même s’il tourne quand même très vite. Au final, peu importe la façon dont les athlètes s’expriment, il faut développer de la vitesse, rester équilibré et être réactif sur les reprises au sol.

Nelson Evora, malgré une performance moyenne (17,19 m), empoche une nouvelle médaille de bronze…
C’est aussi le signe qu’il y a un manque de nouveaux visages, c’est un peu ma déception du concours. Derrière les deux Américains, on retrouve le champion olympique de 2008, qui a quand même 33 ans, et Copello, lui aussi un membre de l’ancienne génération. Il n’y a pas eu l’émergence au plus haut niveau d’un talent. D’habitude, il y en a toujours un ou deux qui apparaissent, encore plus en année post-olympique. Là, il n’y a personne.

Jean-Marc Pontvianne a confirmé les attentes placées en lui. Comment jugez-vous son concours ?
Ce qu’il a fait lors de ces Mondiaux est remarquable. Ils étaient une trentaine au départ, et il finit dans les huit premiers pour ses premiers championnats du monde ! Il n’a fait aucune faute, il est resté dans ce qu’il savait faire. C’est tout bonus pour lui, il engrange de la confiance pour la suite de sa carrière. Cette huitième place va aussi lui apporter plus de soutien et de support.

Il a aussi montré de belles ressources mentales…
De la même façon qu’il signe sa meilleure performance au troisième essai des qualifs, il améliore aussi son résultat au troisième essai en finale. Et il le fallait s’il voulait avoir droit aux essais supplémentaires et rentrer dans les huit. C’est un garçon qui a une progression linéaire. Sur le plan physique, ce n’est pas le plus grand gabarit. C’est aussi un garçon qui n’avait pas de grosses références en junior, avec un record à 15,80 m. Il n’avait pas un talent inné, mais il s’est révélé par le travail.

Propos recueillis par Florent Duprat pour athle.fr
Photo : © Julien Crosnier (KMSP)

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS