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Le javelot masculin vu par Jacques Danail

Le référent national jeunes du lancer du javelot a apprécié le spectacle offert lors de la finale du javelot masculin. Un concours qui a vu le meilleur performeur mondial de l'année, l’Allemand Johannes Vetter, s'imposer avec 89,89 m. Pour l'Alsacien, c'est d'ailleurs l'une des plus belles finales de l'histoire de la discipline.

Qu'avez-vous pensé du scénario de cette finale ?
Le match était annoncé : c'était l'Allemagne contre la République Tchèque. Mis à part Vesely qui ne s'est pas qualifié en finale, on y a eu droit. Compte tenu de la saison écoulée, on s'attendait à ce que les Allemands Thomas Röhler et Johannes Vetter se neutralisent dans la lutte pour la médaille d'or. Röhler avait dominé en Diamond League, puis Vetter avait pris un ascendant psychologique à l'occasion du meeting de Lucerne, où il avait lancé à 94,44 m. Jakub Vadlejch était un outsider de marque car également très présent dans les meilleurs meetings cette année. La surprise de cette finale, c'est la troisième place du Tchèque Petr Frydrych. Non pas qu'il n'ait pas le talent pour y figurer, au contraire, mais son record datait quand même de 2010. On ne l'avait pas beaucoup vu à ce niveau ces dernières années.

Johannes Vetter a-t-il tué le concours en lançant d'entrée de jeu à 89,89 m ?
Si l'on regarde à la fin, c'est son jet gagnant. Sur le moment, c'est clair qu'il pose ses jalons en montrant qu'il est là et qu'il faudra aller le chercher. Pour la plupart des concurrents, c'est déjà compliqué d'imaginer aller le chercher, même pour Pitkamaki. Même si ce dernier a déjà fait 91 m dans sa carrière, il a 34 ans et commence à vieillir. Mais quand vous avez déjà fait 93 m dans l'année, comme Röhler, il n'est pas utopique de penser qu'il a les moyens de faire mieux.

Le champion olympique a semblé chercher son meilleur niveau...
J'ai senti Röhler relativement plus crispé, un ton en-dessous de ce qu'il fait d'habitude. Sa performance, comme l'ensemble du concours, reste pourtant d'un très bon niveau. En revanche, j'ai vraiment apprécié la vitesse d'éjection de Frydrych, par rapport aux autres athlètes. Si on pouvait avoir des mesures à ce niveau-là, comme on peut en avoir au tennis pour la mesure de la vitesse des services, il serait sans doute le meilleur. C'est ce qui lui a permis de monter sur la boîte. Je pense qu'il a vu la brèche s'ouvrir au fur et à mesure que le concours avançait, et qu’il s'est dit que c'était l'occasion de sa vie. En Diamond League cette saison, on ne l'a pas vu. Au mieux, il fait cinquième ou sixième, et certaines fois il n'est pas invité. Cela a dû décupler ses forces.

Y-a-t-il des grosses différences techniques entre les athlètes de ce niveau ?
A ce niveau-là, ils sont tous réglés comme du papier à musique. Tout en respectant les fondamentaux, chaque athlète a sa singularité selon son morphotype et ses qualités physiques. Si l'on compare Röhler et Vetter, les deux meilleurs lanceurs actuels, Vetter joue plus sur ses qualités de puissance, avec une silhouette plus musclée, alors que Röhler mise sur sa vitesse et sa fluidité. C'est un athlète complet, capable de sauter plus de 2,10 m à la hauteur et plus de 15 m au triple saut. Le point convergeant, c'est la capacité à avoir un appui gauche solide, avec la jambe tendue pour optimiser le passage du côté droit, le bras lanceur. Il en résulte une grande vitesse d'éjection avec la recherche d'un angle d'envoi idéal. Ces intentions sont vraiment palpables au regard des jets. Vadlejch et Pitkamaki le font également très bien.

L'Allemagne est aujourd'hui une référence mondiale en termes de lancer du javelot...
Ce qu'il faut noter, c'est qu'il y a quatre ans, les Allemands n'étaient pas présents dans les grandes finales internationales, à l'exception de Matthias De Zordo qui a été champion du monde à Daegu en 2011. Là, ils ont une génération exceptionnelle, puisqu'ils ont dû laisser un gars à 86 m à la maison. Boris Henry, l'entraîneur national, peut être fier de son équipe.

Doit-on être déçu de ne pas avoir vu un ou plusieurs lanceurs à plus de 90 m ?
La finale est d'un très bon niveau. Si l'on regarde les autres finales de championnats du monde ou de Jeux olympiques, il n'y en a pas eu beaucoup qui sont allées aussi loin, à part il y a deux ans à Pékin avec Yego à plus de 92 m. Il faut aussi prendre en compte que la météo influe beaucoup au javelot. Je ne sais pas comment était le vent. On sait qu'aujourd'hui, un vent de dos est assez aidant pour notre discipline. Le stade a l'air très fermé, comme une bulle, et il n'y avait pas beaucoup de vent dans les concours de longueur et de triple saut. J'ai lu que certains sauteurs avaient l'impression de concourir en salle. Cela dit, on a quand même deux gars qui approchent les 90 m et deux autres au-delà des 88 m, il n'y a rien à dire. Il y a cinq ans, Walcott avait gagné avec 84 m, et on avait pu dire que c'était une mauvaise finale. Cette fois, ça n'était pas le cas.

Keshorn Walcott, justement, n'a pas réussi à renouveler son exploit des Jeux de 2012...
Il a quand même fait 90 m depuis, donc on ne peut pas dire qu'il déçoive. Bien sûr, c'est exceptionnel d'être champion olympique à 19 ans, surtout au javelot qui n'est pas une spécialité à maturation précoce. Mais son titre s'est joué dans des circonstances exceptionnelles. Ce n'est pas une étoile filante, puisqu'on le voit être bon en Diamond League et il est dans le top 15 de tous les temps. Le javelot est une discipline traumatisante, et il faut pouvoir durer année après année. Tout le monde n'est pas Thorkildsen, Pitkamaki ou Zelezny ! La vraie déception, pour moi, c'est le concours de Julius Yego, qui est très en-dessous de ce qu'il faisait par le passé. Même si le javelot est en pleine mondialisation avec un Trinidadien, un Kenyan et un Egyptien qui a été pris pour dopage, l'Europe reste encore dominante.

Propos recueillis par Etienne Nappey pour athle.fr
Photo : Getty Images for IAAF

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