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Le monde lui appartient !

Kevin Mayer est sacré champion du monde du décathlon avec 8768 points. Il devient le premier Tricolore à être titré dans cette épreuve aux Mondiaux et décroche la deuxième médaille d’or pour l’équipe de France à Londres, après Pierre-Ambroise Bosse. Sans doute le début d’un long règne.

Kevin Mayer l’a souvent dit : il est un grand admirateur d’Ashton Eaton, le recordman du monde du décathlon, qui a pris sa retraite dans la foulée de sa victoire aux Jeux olympiques de Rio. Au Brésil, l’Américain avait frisé la correctionnelle à la perche, en effaçant seulement à sa troisième tentative sa barre d’entrée dans le concours, placée à 4,90 m. Ce samedi, le Français a lui aussi tremblé en ne franchissant qu’au troisième essai 5,10 m, alors qu’il se trouvait au bord du précipice. En cas d’échec, c’était le zéro et tous ses espoirs de titre s’envolaient. Ce n’est pas du mimétisme. Mais cela montre que même les plus grands champions du décathlon sont des géants aux pieds d’argile. Des humains faillibles, qui peuvent, comme tous les autres, se faire piéger par un de leurs dix travaux. Une fragilité qui fait la beauté de ce sport. Car les chiffres peuvent parfois être trompeurs. A les regarder, on peut imaginer une promenade de santé. Avec 8768 points, Kevin Mayer a largement devancé les Allemands Rico Freimuth (8564 pts) et Kai Kazmirek (8488 pts), alors que l'autre Tricolore en lice, Bastien Auzeil a pris la quinzième place avec 7922 points. Mais la vérité a été toute autre. « Ça a été très compliqué. On a vécu à la fois des moments horribles et si beaux », résume son coach Bertrand Valcin.

Le saut de sa vie

L’entraîneur fait notamment référence au concours de perche. Lorsqu’il se présente en début d’après-midi face à une barre placée à 5,10 m, pour sa première tentative, le combinard de l’EA Rhône Vercors est en position de force. En tête à l’issue de la première journée avec 4478 points et en avance sur son stratosphérique record de France, il a réattaqué la deuxième journée sur les mêmes bases. Avec un record personnel sur 110 m haies en 13’’75 et un jet à 47,14 m au disque (malgré une petite alerte avec un premier essai non validé), rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mais voilà, depuis un mois et une chute lors des France Elite à Marseille qui lui a fait perdre de la préhension au niveau de la main, Kevin est en difficulté dans cette épreuve à l’entraînement et en compétition. Dans un London Stadium encore copieusement garni, il n’engage pas au premier essai et retombe même sur la piste. On craint la blessure, il s’en sort avec une petite roulade. Changement de stratégie au deuxième essai. Il décide de s’élancer sur un élan réduit à dix foulées, soit quatre de moins que d’habitude. Cette fois, le protégé de Bertrand Valcin engage mais retombe sur la barre. Stupéfaction dans le camp français. Le vice-champion olympique est face à son destin. Il s’élève bien au-dessus de la barre, mais la frôle du torse en retombant. Elle hésite sur les taquets, tremble mais ne tombe pas. « Je pense que j'ai fait le saut de ma vie, rembobine-t-il. C'était le moment le plus intense de ma carrière. Ma grand-mère était dans les gradins et a une forte tension. Je l’ai regardée après pour vérifier comment elle allait, parce que c’était quand même un moment assez fort. C’était un soulagement tellement énorme de passer ! »

Son principal adversaire est lui-même

C’est le tournant de la compétition. L’athlète de 25 ans le sait bien. Il exulte et quitte le tapis de perche en courant. En transe, il entame une série de sauts de cabri démentielle, sous les yeux de ses supporters en t-shirt « Kéké la braise ». L’émotion est intense. Au décathlon, elle se niche souvent dans des moments comme celui-ci, plutôt qu’uniquement lors du tour d’honneur. Attention à l’entorse de la cheville, tout de même. Mais non, Kevin Mayer finit bien entier le concours. Et même s’il rate 5,30 m, en donnant encore quelques sueurs froides à ses accompagnateurs en retombant à plusieurs reprises à côté du butoir, le titre mondial est bien pour lui. Au javelot, il expédie son engin à 66,10 m au premier essai. Sur 1500 m, il termine épuisé en 4’36’’73, mais lève le bras en franchissant la ligne d’arrivée, avant de s’allonger dans l’herbe du London Stadium. L'émotion viendra plus tard, lorsque ses larmes couleront sur le podium. « Je suis tellement, tellement épuisé, lance le tout frais champion du monde au micro du speaker. Je ne peux même pas imaginer que je suis champion du monde. Je veux juste vous dire que vous êtes le public le plus formidable au monde. »
Avec 8768 points, le Français est le digne successeur d’Ashton Eaton. La barre mythique des 9000 points, qu’il a pu avoir en ligne de mire pendant une partie du décathlon, ne semble pas inaccessible. A Rio, il était arrivé en position d’outsider. Comme le recordman du monde (9045 pts) en son temps, il doit désormais assumer le statut de favori et apprendre à apprivoiser pendant deux jours un principal adversaire qu’il connaît bien : lui-même. Et comme l’Américain, il semble partie pour un long règne sur les épreuves combinées.

A Londres, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © J. Crosnier / S. Kempinaire (KMSP)

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