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Diniz, la consécration

Adepte du tout ou rien, Yohann Diniz a remporté la plus belle course de sa carrière en dominant le 50 km marche en 3h33'12'', avec le panache qui le caractérise. Le Rémois, parti seul en tête dès les premiers kilomètres, a même menacé un temps son propre record du monde, avant d'assurer la victoire, la troisième de l'équipe de France dans ces Mondiaux.

Il a fait une Diniz. Celle des grands jours, pour ce marcheur au talent unique qui n’a jamais fait les choses moitié, tant dans ses immenses victoires que dans ses plus cruelles défaites. Un an après le calvaire de Rio, Yohann Diniz obtient, à 39 ans, la plus belle victoire de sa carrière. Au terme d’une marche triomphale, dans la droite ligne de ses démonstrations continentales de Barcelone en 2010 et de Zurich en 2014. Un cavalier seul sans aucun adversaire à sa mesure, mais avec tout de même quelques frissons, car sinon, ça n’est pas du Diniz.
Samedi, lors du briefing d’avant-course, son entraîneur Gilles Rocca lui avait conseillé de jouer la prudence, en restant en position d'observateur pendant la première partie de course. Le recordman du monde du 50 km n’a réussi à respecter la consigne que pendant quelques minutes. Le temps de porter une première accélération au troisième kilomètre, en emmenant sur son porte-bagages le Mexicain Horacio Nava. « Je me suis dit : "C’est pas possible, je pars encore" », raconte Yohann Diniz. Très vite, il rentre pourtant dans le rang, après une pause aux toilettes. Le souvenir de Rio et de ses soucis gastriques revient forcément en tête. Mais Yohann Diniz est déjà totalement en contrôle, aussi bien physiquement que mentalement. « Je reviens tout de suite dans le groupe de tête et je vois que ça se regarde, poursuit-il. Je prends donc mon rythme et je  me dis : "Yohann, encore une fois, ça va être long." »

Changements d’allure pour s’amuser

Il reste quarante-cinq kilomètres et, dans le clan français, on tente de calmer les ardeurs du recordman du monde. Pascal Chirat, ancien entraîneur de Diniz et référent national de la marche, note sur une feuille ses temps de passage et observe, au fil des minutes, le rythme s’accélérer. Dans son talkie-walkie, Gilles Rocca, coach actuel du natif d’Epernay, demande à Pascal Chirat de dire au marcheur de ralentir le rythme. Quelques secondes plus tard, ce dernier annonce à son encadrement qu’il compte effectuer les trois kilomètres suivants à l’allure de 4’15 à 4’20 au 1000 m. Rebelote au treizième kilomètre, lorsqu’il les prévient qu’il va encore accélérer. Sur le bord du parcours, tracé sur le prestigieux Mall entre l’Arche de l’Amirauté et Buckingham Palace, Pascal Chirat et Gilles Rocca sont à la fois philosophes et fatalistes. Tenter de raisonner leur protégé est aussi efficace que d’essayer de pénétrer dans le palais royal pour rencontrer la Reine.
Yohann Diniz, lui, n’a pas l’impression de forcer. Donc il décide de jouer. « Je voyais que ça allait bien, donc je m’amusais avec mes adversaires, retrace-t-il. A l’entraînement, avec Gilles, on se distrait tout le temps en effectuant des variations de rythme, donc je l’ai fait tout seul. Je voyais que je prenais de l’avance. » Sous le soleil londonien, l’écart avec ses plus proches concurrents ne cesse de grandir. Au vingtième kilomètre, il possède déjà une marge d’une minute cinquante. Un fossé qui ne va jamais cesser de grandir jusqu’à devenir abyssal, notamment lorsqu’il avale la portion du 35e au 40e kilomètre en un monstrueux 20’’33’’. Vu de l’extérieur, le Français ne semble pas extrêmement serein. Il se plaint de son ravitaillement, un souci vite corrigé, puis s’énerve contre un coureur qui, depuis l’espace réservé aux spectateurs, tente de le suivre pendant plusieurs centaines de mètres. Au vingt-cinquième kilomètre, il prend un premier carton rouge pour flexion du genou. Six kilomètres plus loin, il lance : « J’ai mal à l’ischio gauche. » Sa femme, Céline, ne tient plus en place. Elle n’arrive pas à rester devant l’écran géant, sur lequel son compagnon est sans cesse en gros plan. Trop stressant.

Pas d’excès de confiance

Mais Diniz ne serait pas Diniz sans ses signaux adressés à l’extérieur. En fait, il n’a peut-être jamais été aussi serein. Peut-être parce qu’il dispute son premier 50 km de la saison après une préparation perturbée par des blessures aux côtes, ce qui lui permet d’éviter tout excès de confiance. « Quand je ne fais pas de 50, voilà ce que ça donne, constatera-t-il d’ailleurs à l’arrivée. J’ai cette petite boule au ventre au vingtième kilomètre que j’avais déjà hier soir ». Samedi, il s’était couché sans regarder la fin du décathlon de Kevin Mayer, pour « ne pas être excité ». Sur la route, le marcheur semble sur une autre planète que ses adversaires. « Il y a des jours où tout semble facile, où on a un sentiment de plénitude », décrira-t-il. Après son carton rouge, il a l’intelligence de baisser de rythme, tout en maîtrise. Tant pis pour son propre record du monde (3h32’33’’), qui était sans doute dans ses cordes aujourd’hui. « Je me suis dit : "Aujourd’hui, je ne peux pas gâcher ce moment. Il faut que j’arrive à consolider ma technique. Je me suis vraiment axé sur ça." »
Les derniers kilomètres ressemblent à une longue montée d’endorphine. Yohann Diniz encourage d’une petite tape sur l’épaule la Portugaise Inès Henriques, première championne du monde du 50 km en 4h05'56'' (record du monde), et sa dauphine, la Chinoise Hang Yin, en leur prenant un énième tour. Il commence à taper dans les mains de ses supporters à un kilomètre de l’arrivée, puis s’empare d’un drapeau bleu, blanc, rouge qu’il place autour de son cou. En 3h33’12’’, le vice-champion du monde 2007 réalise la deuxième meilleure performance de tous les temps, bat le record des championnats et décroche la troisième victoire française à Londres, après Pierre-Ambroise Bosse et Kevin Mayer. Les Japonais Hirooki Arai (3h41'17'') et Kai Kobayashi (3h41'19'') sont relégués à plus de huit minutes. Il ne manque plus que l'or olympique à Yohann Diniz. En 2020 à Tokyo, il aura quarante-deux ans. Mais il est éternel. 

A Londres, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr
Photos : © J. Crosnier / S. Kempinaire (KMSP)

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