MON ACCÈS
Trouver un club près de chez vous
Les
Vidéos
Derniers
clichés
Espaces
FFA
STRUCTURES
CLUBS
l'actu des espaces | infos

Achetez votre revue (Pdf ou papier classique) ou abonnez vous en ligne en cliquant ici
ou rendez vous dans les kiosques près de chez vous (liste des points de vente)

NUMERO 574 - FEVRIER-MARS 2018

Quand les skieurs font la course

Les Jeux olympiques d’hiver battent actuellement leur plein à PyongChang, en Corée du Sud. Les artistes du cirque blanc empruntent au quotidien des pistes pouvant paraître bien éloignées de celles de l’athlétisme. Pourtant, notre sport peut les aider à progresser. Rédacteurs : Florian Gaudin-Winer et Sophie Greuil / Photographes : Philippe Millereau et Julien Crosnier (KMSP)

Insep, fin juillet 2017. Pendant que les membres de l’équipe britannique d’athlétisme enchaînent les séances au calme à quelques jours du début des Mondiaux de Londres, des Français à la technique beaucoup plus rudimentaire profitent également de la piste. Un écart de niveau logique, puisque les Tricolores qui transpirent ne sont pas athlètes mais spécialistes des sports d’hiver. Marie Martinod, vice-championne olympique 2014 en ski freestyle (half pipe) observe les Anglo-Saxonnes avec envie : « C’étaient des gazelles, se remémore-t-elle. Elles étaient grandes, musclées, ailées et magnifiques à regarder se mettre en action. »
Sous la houlette de Stéphane Caristan, membre de l’unité d’aide à la performance de haut niveau de l’Insep, la skieuse de 33 ans a participé avec ses camarades de l’équipe de France à deux séances d’athlétisme. L’occasion de prendre pour la première fois conscience de l’importance de ses pieds. « Ça m’a fait super drôle, se rappelle-t-elle. D’habitude, ils sont comprimés dans mes chaussures. Du coup, je les oublie tellement je ne les ressens plus. Grâce aux conseils de Stéphane, je me suis rendu compte que tout partait des pieds, notamment au niveau du gainage qui est très important pour nous. J’ai aussi compris qu’il était important de savoir comment les utiliser pour devenir une athlète encore plus complète. »
« Au fil des heures, j’ai senti mes pieds me renvoyer de bonnes sensations, avec de l’élasticité et de la vitesse », complète Ophélie David, quatrième du ski-cross lors des derniers J.O. De là à enfiler des pointes, il y a une foulée que n’effectuera pas la championne de 41 ans. « C’est trop bancal pour moi », sourit-elle. Pour l’expérimenté slalomeur Julien Lizeroux, les séances avec le champion d’Europe 1986 du 110 m haies ont même été une révélation. « Approfondir cette voie sensorielle a été un vrai plus pour moi, s’enthousiasme-t-il. Malheureusement, ses conseils sont arrivés un peu tard dans ma carrière. Si j’en avais bénéficié plus en amont, ça m’aurait peut-être permis d’éviter certaines blessures. »

Le frein des blessures
Comme lui, les skieurs alpins finissent souvent leur carrière avec une bonne partie du corps en charpie. Conséquence : la pratique de l’athlétisme peut vite devenir périlleuse. « Tout ce que j’aime dans ce sport, je ne peux plus le faire à cause de l’addition des blessures », regrette un autre slalomeur, le champion du monde 2011 et 2015 Jean-Baptiste Grange. Touché au genou droit en 2009, à l’épaule gauche en 2011 et au dos en 2013, il ne peut plus faire de bondissements ni de course sur piste. « J’avais de bonnes capacités pour encaisser la montée des lactates. J’arrivais à les tamponner sans vomir. Malheureusement, je dois désormais les éviter. » Constat identique pour Johan Clarey, 37 ans, troisième de la descente mythique de Kitzbühel (Autriche) en 2017. « Pour un vieux skieur comme moi, qui a les genoux et le dos en compote, il est presque devenu impossible de faire du sprint » concède celui qui mesure 1,91 m pour 98 kg.
Ceux qui sont encore épargnés par les pépins physiques sont conquis par les séances d’éducatifs. « Le travail de vitesse, d’appui et de placement m’a fait prendre conscience de ce qu’il fallait mettre en place pour bien courir, relève Ophélie David. Franchement, je ne me doutais pas de la minutie de chaque geste, de l’importance de soigner le moindre détail. Courir, c’est tout un art. C’est de la mécanique de haute précision. » La slalomeuse et géantiste Tanïa Barioz ne la contredira pas : « Les éducatifs, c’est un vrai plaisir. Ils me permettent de travailler en étant libérés de mon équipement de scaphandrier. Je ressens différemment certains muscles, leurs vibrations et leur résistance à l’air. Finalement, c’est comme si j’observais vraiment mon corps en pleine action. » Une déclaration d’amour qui montre que la piste peut être un beau trait d’union entre athlétisme et ski.

Les « nordiques », amoureux de la nature

Le tartan, très peu pour eux. Les biathlètes, fondeurs et skieurs de fond préfèrent les grands espaces, où ils peuvent pratiquer la course à pied en toute liberté.

Martin Fourcade et Marie Dorin-Habert, deux des plus grands biathlètes de l’histoire de ce sport en France, abordent la course à pied de la même manière. Ils sont allergiques à la piste mais adorent dérouler leur foulée en dehors du stade. « Autant je peux courir des heures en montagne, autant je déteste, comme la plupart des skieurs nordiques, courir sur le plat, explique Marie Dorin-Habert, 31 ans. Pour moi, courir est synonyme de liberté et d’évasion dans un domaine naturel, où je pars presque plus pour me ressourcer que pour travailler mon endurance. »
Même sentiment pour Martin Fourcade, qui apprécie les sorties de deux heures en solitaire, ou pour le spécialiste du combiné nordique Maxime Laheurte, qui a « des courbatures partout après une heure sur le tartan ». Lorsqu’il décrit ses sorties en forêt, le polyvalent vosgien n’hésite pas à se faire lyrique : « J’adore courir entre les arbres, avoir les crêtes de ma région comme horizon. Les arbres, je les caresse au passage, je leur demande de me donner de l’énergie. »

Manificat aux France de course en montagne
Parfois, la pratique de la course à pied fait partie intégrante de la préparation des skieurs nordiques. C’est le cas du meilleur fondeur français, Maurice Manificat. Le vice-champion du monde 2015 du 15 km libre participe régulièrement aux championnats de France de course en montagne. Et n’hésite pas à aligner les bornes pendant l’été, en attendant le retour de la neige. « En intensité, ça ressemble à notre effort en ski de fond, décrit-il. Ça m’apporte beaucoup. J’apprends à mettre du rythme au niveau des jambes. Les skieurs allemands ou scandinaves sont très forts là-dessus, ils pratiquent énormément. »
L’athlétisme sur piste ? Les Bleus du nordique le suivent à la télévision, lors des grands championnats. « Écouter des spécialistes disséquer tel ou tel geste pour gagner un dixième ou un centième par-ci, par-là, c’est juste à couper le souffle, s’enthousiasme Martin Fourcade, pourtant pas du genre à être impressionné facilement. C’est de la haute précision, ça me rappelle le tir à la carabine. » Quant à Maurice Manificat, il est « fan de Christophe Lemaitre ». La preuve qu’on peut être skieur de fond et aimer le sprint.


Accueil n° 574
Les autres revues

INFORMATIONSFORMATIONCOMMUNAUTÉBASES DE DONNÉESMÉDICALBOUTIQUE
NOS PARTENAIRES
CONDITIONS D'UTILISATION MENTIONS LÉGALES CONTACTS