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NUMERO 576 - JUIN-JUILLET 2018

Les Zeze : Les liens du 100

Licenciés dans des clubs différents, séparés par plusieurs centaines de kilomètres, Greta, Ryan, Meba-Mickael et Benbezi Zeze forment pourtant une fratrie très soudée, aux côtés de leurs trois autres frères et sœurs. Toujours partenaires, parfois adversaires, ces quatre sprinters ont une obsession : progresser tous ensemble. Rédacteur : Florian Gaudin-Winer

À chaque fois, c’est la même histoire. Greta Zeze vient de disputer un 200 m. Elle tente de récupérer après son violent effort, tout en attendant de connaître son résultat. Et voilà que son téléphone sonne. « Je suis par terre, fatiguée, poursuit la junior. Et Mickael me téléphone déjà. Mes frères sont au courant de mes chronos avant moi. » Loin de trouver cela oppressant, Greta se considère comme une « privilégiée ». C’est l’un des avantages d’être la petite dernière d’une famille de sept enfants, tous nés entre 1989, l’année de l’arrivée en France de leurs parents ivoiriens Séri et Thérèse, et 1999.
Sur les sept, six ont fréquenté les pistes d’athlétisme. Et quatre font aujourd’hui partie des meilleurs sprinters français, dans les catégories jeunes ou seniors. Du plus expérimenté à la plus jeune : Benbezi, 29 ans, Meba-Mickael, 24 ans le 19 mai, Ryan, 20 ans, et donc Greta, 18 ans. Séri et Thérèse n’ayant jamais pratiqué l’athlétisme, c’est logiquement l’aîné, Benbezi, qui a ouvert la voie des stades à Val-de-Reuil. Après avoir débuté par le football, il est repéré à l’âge de seize ans par Pierre Grondin, qui a été le coach d’une bonne partie de la famille et qui est « aussi un grand ami », dixit Benbezi. En 2011, il est chronométré en 10’’69 sur 100 m et fait partie du 4x100 m tricolore qui dispute les championnats d’Europe espoirs à Ostrava. Sa seule sélection à ce jour, car la suite de sa carrière va être perturbée par une blessure au pied et de nombreuses rechutes.
Cette même année 2011, Meba-Mickael porte également pour la première fois de sa carrière le maillot de l’équipe de France. À domicile, qui plus est, lors des championnats du monde cadets organisés au stadium Lille Métropole de Villeneuve-d’Ascq. Une compétition fondatrice pour tous les Zeze. « Ça a été un moment fort, le début du début, estime Benbezi. Après ça, je sentais qu’il allait se passer quelque chose. » Sous les yeux de ses proches et d’une bonne partie des licenciés du Val-de-Reuil AC, son club d’alors, il monte sur la troisième marche du podium sur la ligne droite et lors du relais medley. « Je me souviens avoir couru vers ma famille quand j’ai appris que j’étais troisième du 100 m, se souvient Meba-Mickael. Ils étaient tous venus m’encourager. Ça m’avait fait tout drôle. » Dans les tribunes, Ryan, jeune collégien de onze ans, ressent « une grande joie » après avoir beaucoup stressé. Il prendra sa première licence d’athlète trois ans plus tard.

Une panoplie de pointes en cadeau
Membre régulier du relais tricolore en grands championnats depuis 2013, Meba-Mickael a rapidement passé le cap chez les seniors. Avec des records personnels en 10’’19 sur 100 m et 20’’47, il est devenu une des têtes d’affiche du sprint français. Et une référence pour ses frères et sœurs, ainsi que pour les jeunes de Val-de-Reuil, la ville nouvelle de l’Eure où toute la famille a grandi. Benbezi, qui évolue dans l’ombre de son petit frère, malgré son retour à la compétition cette saison sous les couleurs du Rouen Maromme Mont Saint-Aignan Athlétisme, pourrait légitimement ressentir un soupçon de jalousie. Il n’en est rien. Au contraire, il est fier d’avoir été depuis longtemps devancé par son cadet. « Mickael aime les défis, relève le discret Benbezi, qui a toujours préféré « rester dans les coulisses », refusant de se « mettre en avant ». Le sien, c’était de battre mes records dans chaque catégorie d’âge. À chaque fois qu’il en faisait tomber un, c’était magique. C’était un accomplissement pour moi. Le rôle d’un grand frère, c’est de faire en sorte que son petit frère le dépasse. Si ça n’est pas le cas, c’est que tu ne lui as pas apporté tout ce que tu devais. » Ce soutien, il l’a exprimé par des actes que Meba-Mickael n’a pas oubliés. « Benbezi m’a toujours poussé à aller vers le haut niveau, confie l’international de la SCO Sainte-Marguerite Marseille. En minimes, lui et une amie m’ont prêté des pointes pour les Pointes d’or. Et en cadets première année, il m’a offert une panoplie de chaussures pour le sprint et la longueur. »
Au sein de la fratrie, Benbezi et Meba-Mickael se sentent aujourd’hui tous les deux investis de la même mission : transmettre leur expérience à Ryan et Greta. Celle de la vie pour Benbezi, celle du haut niveau pour Meba-Mickael. Le premier nommé est d’ailleurs l’entraîneur de la junior du Stade Sottevillais 76, et la suit donc au quotidien au pôle de Val-de-Reuil. « J’ai l’impression que l’athlétisme ne s’arrête jamais, rigole Greta, lycéenne en terminale Sciences et technologies du management et de la gestion. À la maison, on regarde des vidéos de courses et Benbezi me donne des conseils. Je ne peux pas manger n’importe quoi, et c’est tant mieux. » Meba-Mickael, même s’il s’entraîne à Boulouris, est resté très proche de sa petite sœur. À la demande de son aîné, il est même rentré l’hiver dernier à Val-de-Reuil, à l’occasion des championnats de France cadets-juniors, afin d’aider Greta à contrôler son stress. Un soutien qui a porté ses fruits, puisque cette dernière a pris la sixième place de la finale du 200 m. Ryan, lui, côtoie au quotidien Meba-Mickael. Il a, en effet, rejoint en septembre dernier le pôle de Boulouris et le groupe de Laurence Bily, où il côtoie son grand frère ainsi que Marvin René. « Pour moi, Mickael est un exemple, assène Ryan, étudiant en BTS Management des unités commerciales, qui travaille quelques heures par semaine au McDonald’s pour subvenir à ses besoins. Il me donne des conseils, aussi bien sur le plan du mental que du physique. » Un investissement qui paye au vu de sa forte progression pour sa première année chez les espoirs, avec des records abaissés en ce début d’été à 10’’51 sur 100 m et 21’’12 sur 200 m.

Un duel sans tension
S’il fallait creuser pour trouver une pointe de rivalité au sein de cette famille si soudée, on finirait par la trouver entre Ryan et Benbezi, qui ont pourtant neuf ans d’écart. « Il me menace sur la piste, c’est la guerre entre nous deux, sourit l’impétueux espoir, avant de rapidement tempérer : il n’y a aucune tension entre nous. » Reste que les deux frères se sont affrontés sur 60 m l’hiver dernier, lors des championnats régionaux à Val-de-Reuil. Benbezi : « Ryan m’a tout de suite dit : ” j’ai peur de courir contre toi ! ” J’ai essayé de lui donner quelques conseils avant la compétition, et il m’a battu (6’’83 contre 6’’89). » La philosophie maison, c’est encore le sage Benbezi qui la résume le mieux : « Si l’un d’entre nous perd, c’est tout le monde qui perd. Donc si on peut l’aider à se relever, on fera tout pour. »
Licenciés dans trois clubs différents, et éloignés par les près de 1000 kilomètres qui séparent Val-de-Reuil de Boulouris, le quatuor des Zeze, complété par Herman, Victoire et Hervie qui ne pratiquent pas l’athlétisme, reste fidèle aux valeurs de la famille. Pour communiquer, le téléphone et les réseaux sociaux, avec des groupes sur Whatsapp, Facebook et Snapchat, sont abondamment utilisés. La dernière fois que toute la fratrie a été réunie, c’était en décembre dernier, lors de la naissance de Liam, le fils de Meba-Mickael. Comme d’habitude, on a « parlé d’athlé » pendant des heures. Et peut-être évoqué ce rêve un peu fou d’un relais familial. « Pourquoi ne pas affronter la famille belge des Borlée ?, s’interroge Benbezi, en s’esclaffant à moitié. En plus, ils sont dans la même configuration que nous (trois garçons spécialistes du 400 m, Kevin, Jonathan et Dylan, et une fille, la sprinteuse Olivia, NDLR). Sur un 4x200 m pour couper la poire en deux, ça serait cool, non ? » Meba-Mickael, lui, a une autre idée : « Il nous manque un dernier garçon. Je l’ai dans mes bras, c’est mon fils ! » Il faudra donc patienter encore une vingtaine d’années. Pour, on est presque prêt à le parier, un relais réunissant Liam et quelques-uns de ses futurs cousins.


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