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Mekhissi l’insatiable

A 33 ans, Mahiedine Mekhissi part en quête d’un cinquième titre continental en cinq éditions. Pour marquer l’histoire de son sport, et parce qu’il n’est jamais rassasié.

Pour ses concurrents, Mahiedine Mekhissi est un peu comme l’aîné à l’appétit d’ogre, qui quand il est autour de la table remplit plusieurs fois son assiette et ne laisse rien à ses petits frères. C’est simple : depuis Barcelone en 2010, le steepleur du Stade Sottevillais est toujours reparti avec une médaille d’or autour du cou des championnats d’Europe. Et sans un maillot enlevé trop tôt à Zurich, il y a quatre ans, il n’en serait pas à quatre mais cinq titres.
Certains aimeraient donc sans doute le voir partir faire la sieste, enfin repus. Mauvaise nouvelle pour eux : Mahiedine Mekhissi a encore faim. « J’ai toujours envie de courir, prévient le plus beau palmarès du demi-fond français. Je ne suis pas là pour accumuler les sélections mais pour gagner des médailles. Une nouvelle victoire, ça peut être quelque chose d’historique. Ca prouverait ma capacité à durer. Mais je suis un humain, pas une machine. Il y a des hauts et des bas, parfois une baisse de motivation. Alors il faut s’accrocher. »
Paradoxalement, sa quatrième place aux Mondiaux de Londres l’an dernier, malgré une folle remontée dans l’ultime tour, l’a reboosté. « Ça m’a servi de claque pour aller chercher d’autres trucs », confie l’élève de Farouk Madaci. Avec une meilleure performance en 8’16’’97 cette saison, il n’est pas dans la forme de sa vie et possède moins de marge sur la concurrence que par le passé. Mais en prenant de la bouteille, il a gagné en maturité.  « Avec l’âge, tu te calmes. Je n’ai pas la même fougue qu’il y a quelques années. Mais je m’entraîne aussi dur qu’avant, en m’adaptant et en peaufinant ma préparation. Je ne commets plus les erreurs du passé. » Il y a cependant une chose qui ne change pas: sa capacité à se dépasser en équipe de France. « Sur une piste avec ce maillot, je suis un autre homme, résume-t-il. Et puis 33 ans, ça n’est pas vieux. Je suis encore jeune ! »

Des conseils à la nouvelle génération

Pour chasser la routine qui peut parfois guetter, il s’est « lancé un nouveau défi ». Sacré sur 1500 m en 2014, il s’attaque cette fois au 5000 m dans la peau d’un outsider, avec une seule course sur cette distance dans les jambes, en 13’20’’53 au début du mois de mai. Mais avant cette course programmée samedi, lors de laquelle il sera notamment opposé au champion d’Europe du 10 000 m Morhad Amdouni, c’est la finale du 3000 m steeple qui l’attend ce soir. Il y retrouvera deux autres compatriotes, Yoann Kowal et Djilali Bedrani. « Ce serait bien de faire un, deux, trois », avance le triple médaillé olympique, qui garde un souvenir ému de sa première place européenne devant Bouabdellah Tahri en 2010, au terme d’une incroyable course d’équipe. Pour contrecarrer leurs plans, les Bleus pourront compter sur l’Espagnol Fernando Carro, deuxième meilleur performeur continental de l’année avec ses 8’19’’30.
Après Berlin, Mahiedine Mekhissi s’imagine bien poursuivre sur 3000 m steeple jusqu’en 2020, avec la double échéance des Jeux de Tokyo et des championnats d’Europe à Paris. « Après j’aurai envie de passer à autre chose », anticipe-t-il. D’ici là, il aura peut-être trouvé un successeur, lui qui apprécie de distiller quelques conseils à la nouvelle génération. « Ils sont un peu timides, j’essaye d’aller les voir comme j’aurais souhaité qu’on le fasse avec moi à l’époque où je suis arrivé en équipe de France. J’aimerais bien qu’un jeune prenne la relève. Enfin, quand je ne serai plus là, rigole-t-il. Ou en même temps, pour qu’on puisse faire la transition. » En clair, le Rémois n’est pas encore prêt à partager les honneurs.

A Berlin, Florian Gaudin-Winer pour athle.fr

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