Fédération / Athlétisme Magazine
5 Août 2026 - Par Florian Gaudin-Winer
Mise à jour : 6 Août 2026 (11h23)
Photos : © Philippe Montigny / KMSP
Partager
Surmotivée après sa quatrième place olympique assortie d’un record d’Europe du 3000?m steeple, Alice Finot a poussé son corps trop loin l’an dernier. Sa blessure lors des championnats de France Élite 2025 a fait office d’électrochoc et l’a ramenée aux fondamentaux. Retrouvez son témoignage dans le nouveau numéro d’Athlétisme Magazine, ainsi que ceux des cinq autres athlètes finalistes lors des Jeux de Paris 2024 et en lice aux championnats d’Europe de Birmingham.
J’ai savouré la satisfaction d’avoir réalisé ma meilleure performance le jour J et d’avoir montré ce dont j’étais capable. Je me suis sentie accomplie. J’avais coché toutes les cases, et même au-delà. J’aurais préféré un podium plutôt que de finir quatrième, bien sûr. Mais le niveau des autres ne dépendait pas de moi et la troisième place n’était, de toute façon, pas prenable.
Non, car mon plan ne convergeait pas uniquement vers cette compétition. Je me suis engagée dans une carrière athlétique en 2021, lorsque j’ai décroché la médaille d’argent aux championnats d’Europe en salle de Torun. Je suis devenue professionnelle à ce moment-là, avec les J.O. de Paris seulement trois ans plus tard. C’était un rendez-vous sur ma feuille de route, avec une projection au moins jusqu’à Los Angeles 2028. Avec le temps, j’ai tout de même fini par réaliser que Paris avait été monstrueux et que 2024 serait peut-être la meilleure année de ma carrière.
Il m’a fallu un an pour prendre conscience de ce que j’avais réalisé, que ce soit en Diamond League, aux France, aux championnats d’Europe ou aux Jeux olympiques. En 2024, j’étais comme aspirée dans un tunnel, avec une route toute tracée. Ça a été un sans-faute. La forme montait depuis deux, trois ans et les planètes se sont alignées. Je me suis rendu compte avec le temps, et notamment avec la méforme que j’ai pu connaître derrière, que ce ‘’flow’’ n’est pas quelque chose d’acquis.
Oui, même si je ne l’ai pas vue au début. Le système nerveux met tellement à mal notre organisme. Lors d’une année où on est aspiré comme ça, on se rend compte qu’on pousse notre corps dans ses retranchements. J’en ai un peu payé les pots cassés en 2025. Je suis beaucoup tombée malade, j’ai commencé à me blesser.
La phase d’euphorie a duré six mois après les Jeux. J’étais très en paix à l’issue de la compétition. J’ai décidé de stopper ma saison, on était le 6 août. J’étais vraiment à bout nerveusement, j’avais conscience qu’il fallait faire un ‘’reset’’. J’ai coupé pendant quatre semaines, ce qui est assez conséquent. Je croyais que ce serait suffisant pour me régénérer. Puis j’ai voulu retourner au travail. Je voulais améliorer mon record personnel, viser un podium mondial. Mais je suis tombée neuf fois malade en six mois. J’avais un gros rhume toutes les deux ou trois semaines. Je me suis aussi beaucoup tordu la cheville, ce qui ne m’était jamais arrivé. C’est souvent le signe qu’il y a de l’instabilité quelque part. Mon corps avait besoin de plus de clémence, de douceur. Mais ma tête n’était pas prête à les lui donner.
Ce n’était pas forcément une bonne décision. J’étais encore dans cet état de surstimulation à vouloir m’améliorer, alors que je n’avais jamais connu de contre-performance avec l’ancienne méthode. Philippe avait la réputation de proposer des séances plus costaudes et j’étais prête à en faire plus pour obtenir des résultats. Les entraînements me laissaient espérer des records personnels, sauf qu’en compétition, ça ne passait pas.
D’habitude, je pense plus avec la raison qu’avec les émotions. Mais là, je crois que je me suis laissé embarquer par ces dernières et peut-être même par mon ego. Avant, je faisais mon truc dans mon coin, je n’avais pas besoin d’être dans la démonstration. Mais avec les Jeux à Paris, je suis passée sous le feu des projecteurs. À partir de ce moment, je pense qu’une partie de moi a aussi voulu répondre aux attentes du public.
Je commençais à être lessivée et, lors des championnats de France Élite à Talence début août, je me suis réellement blessée (une déchirure du mollet droit, NDLR). Finalement, ça a été un peu comme un soulagement. Je me suis dit qu’il était l’heure de mettre un point final à une saison qui avait été compliquée et beaucoup trop énergivore, et que j’allais pouvoir reprendre les bases avec une formule qui avait bien fonctionné jusque-là. J’avais mis des pansements, bouché les trous, et finalement les résultats n’étaient pas là. J’ai décidé de me réaligner avec des choix qui me correspondaient davantage.
Ça a été un chemin de croix (rires). Ma blessure aux championnats de France a été un point final mais aussi un point de départ. J’avais besoin d’une chaise à quatre pieds pour reconstruire des bases stables : travail, famille, amis et santé. Il fallait que je me réinvestisse dans tous ces domaines et, d’août à février, je me suis préparée seule pour avoir la liberté d’organiser mes entraînements comme je le souhaitais. J’ai fait un hiver conséquent en volume et, lorsque je suis revenue à une préparation orientée vers la piste avec le steeple et les championnats d’Europe pour objectif , j’ai repris avec mon ancien coach. Depuis, je sens que je retrouve des sensations qui m’avaient quittée depuis 2024.
Ça m’a fait douter de mon intégrité physique et de ma capacité à m’aligner sur le steeple. C’est pour ça que je suis allée courir à Stockholm (Suède), alors que je n’étais pas prête. Le résultat n’a pas été bon, mais j’ai disputé la course et mon corps a tenu. Et lors de ma victoire aux championnats de France Elite à Albi, j’ai pu retrouver des sensations que je n’avais plus connues depuis deux ans, en réalisant une course aboutie au niveau de l’attitude. J’ai désormais beaucoup d’envie avant ces championnats d’Europe. La concurrence se densifie, monter sur le podium serait déjà une grande fierté, et récupérer le titre encore plus. Les autres filles ne savent pas où j’en suis, c’est plutôt un avantage. Revenir en outsider, c’est ce qui me stimule.