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Equipe de France / Interview
8 Juillet 2026 - Par Mathéo Gillet
Photos : © Jean-Marie Hervio / KMSP
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Un peu plus d’une semaine après avoir fait tomber le vieux record de France du 800 m en 1'55"48, lors du meeting Diamond League de Paris, la toute fraîche athlète du mois de juin revient sur sa performance majuscule et se projette vers la suite de la saison avec de nouvelles certitudes.
Ça représente énormément. J'avais envie d'aller chercher le record de France depuis plusieurs années. Le fait que ce soit arrivé à Paris, dans cette ambiance, avec un chrono en 1'55’’, c'est quelque chose d'assez incroyable. Quand j'ai commencé l'athlétisme, je me disais que passer un jour sous les deux minutes serait énorme. Alors courir 1'55"... Honnêtement, je n'aurais jamais imaginé ça. Je suis très heureuse et je savoure, bien sûr, mais je me connais aussi : je suis déjà tournée vers les prochaines échéances.
Oui, forcément. Patricia a énormément compté dans mon parcours. C'est elle qui m'a sélectionnée lorsque je suis entrée en sport-études. C'est elle qui m'a appris à courir le 800 mètres et qui m'a fait découvrir les exigences du haut niveau (elle l’a entraînée de ses 15 à 21 ans, ndlr). Au-delà de l'athlète, elle a aussi beaucoup participé à la femme que je suis devenue. Alors lui prendre ce record a une signification particulière. Je trouve ça presque symbolique. C'est une très belle manière de poursuivre ce qu'elle m'a transmis.
Je pense que le premier vrai déclic est arrivé avec ma médaille de bronze aux championnats d'Europe de Rome (2024, ndlr). Ensuite, ma troisième place en finale de la Diamond League l'an dernier, en 1'56’’97, m'a confortée dans cette idée. À partir de ce moment-là, je me suis dit que le record de France pouvait devenir un objectif réaliste. J'espérais qu'il tomberait cette saison, mais j'étais aussi prête à attendre une année de plus si nécessaire. Je fonctionne beaucoup plus avec les médailles qu'avec les chronos. Les performances chronométriques sont une conséquence du travail. Ce qui me fait vraiment rêver, ce sont les grands championnats.
C'est une discipline qui me ressemble. Je fais énormément de choses au feeling, dans ma vie comme à l'entraînement. Je ne suis pas quelqu'un qui vit à travers les datas. Le 800 m est une course où il faut prendre des décisions dans l'instant, savoir saisir une opportunité, accepter de prendre des risques. Ça correspond vraiment à ma personnalité. Il faut du caractère, de l'audace, mais aussi savoir rester lucide. C'est une épreuve qui me ressemble.
Je ne sais pas vraiment l'expliquer, mais ça me porte. Je ne ressens pas de blocage, au contraire. J'ai vraiment l'impression d'être transcendée par le public. À Charléty, par exemple, je ne ressentais presque plus rien tellement l’atmosphère me transportait.
Un rôle énorme. Nous communiquons énormément. Il est très à l'écoute, que ce soit au sujet des entraînements ou de tout ce qu'il y a autour. C'est quelqu'un qui travaille énormément et qui croit profondément en moi, parfois plus que moi d’ailleurs. On fonctionne comme une vraie équipe. J'ai une confiance totale dans tout ce qu'il met en place et, forcément, j'ai aussi envie de le rendre fier de tout l'investissement qu'il met au quotidien.
Même avant Paris, je pensais déjà à une médaille aux championnats d'Europe. Mais ce record me donne encore un peu plus de confiance. Je me dis que c'est réellement à ma portée, même si le niveau est extrêmement relevé. Je sais aussi qu'une contre-performance reste possible, mais aujourd'hui, j'ai davantage confiance en mes capacités.
Je pense que tout le monde s'est énormément professionnalisé. Ce n'est d'ailleurs pas propre au 800 m, mais dans notre discipline, ça se voit particulièrement. Les courses vont beaucoup plus vite qu'avant et les filles n'ont plus peur de partir très rapidement. Peut-être aussi que certaines athlètes, comme Keely Hodgkinson, ont montré que c'était possible et ont fait tomber des barrières. En France, je trouve ça génial. Il y a une vraie densité et les courses sont beaucoup plus intéressantes, aussi bien pour nous que pour le public.
Je dirais la lucidité. Avant, je courais beaucoup en essayant simplement d'oublier la douleur. Aujourd'hui, j'ai compris qu'il fallait rester pleinement présente dans la course. Observer ce qui se passe, sentir les mouvements, prendre les bonnes décisions au bon moment. Par ailleurs, je préfère les courses tactiques de championnats aux courses de meetings. Il y a de l’enjeu. Et même si c’est compliqué de définir notre discipline comme un moment ludique, c’est le moment où l’on peut le plus jouer avec les filles.