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Equipe de France / Interview
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Pour ses débuts chez les Bleus, Antoine Charvolin a fait coup double lors du trail des championnats d’Europe off-road de Ljubljana-Kamnik (Slovénie) le week-end dernier, avec le bronze en individuel et l’or par équipes. L’athlète de 28 ans installé à Annecy a d’abord découvert le goût de l’effort et de la compétition grâce au ski de fond, avant de jeter son dévolu sur le trail.
C’était un rêve de gosse de courir avec ce maillot de l’équipe de France et je l’ai réalisé. En plus, je reviens avec deux médailles, l’or par équipes et le bronze en individuel, ce que je ne me serais pas autorisé à imaginer avant le départ, car la start-list faisait assez peur. Je devais avoir la 10e cote ITRA. Niveau ambiance, ça a aussi été super. Je partageais ma chambre avec Fred Tranchand, que je connaissais déjà et avec qui je m’étais entrainé cet hiver. Il n’y avait aucun stress, aucune pression. Même avec les autres coureurs, c’était très familial. On était tous supers contents d’être là et je pense que cet environnement nous a aidés à élever notre niveau. Je n’avais encore jamais couru en équipe et ça a été une super découverte. Car quand tu cours pour des copains, tu as encore plus envie de te dépasser. C’est la force de cette équipe de France.
Mes parents m’ont mis assez jeune, à 3 ans, sur les skis, notamment de fond. On faisait aussi beaucoup de randonnée en famille. J’habitais à Grenoble, mais on avait une maison en Chartreuse, sur le col du Granier, et on passait beaucoup de temps là-haut, notamment avec mes grands-parents qui adoraient la montagne. J’ai donc été pas mal dans les cailloux très jeune, à travailler la technique de pied et les descentes sans m’en rendre compte. Ça a été ma première approche avec le sport. En revanche, j’ai commencé relativement tard la compétition en ski de fond et je n’ai donc jamais été très bon. Certes, j’ai eu un statut de haut niveau et j’ai été champion de France universitaire en 2018, mais je ne me suis jamais projeté sur un titre national fédéral. En coupe de France ou en championnats, j’étais déjà très content quand je terminais dans le premier tiers des résultats.
En pratiquant le ski de fond, je faisais déjà du trail même si je n’appelais pas comme ça. L’été, quand il n’y a pas de neige, on passe une grosse partie de l’entrainement à courir en montagne, car c’est ce qui se rapproche le plus de nos efforts et de ce que l’on aime. Le ski de fond est un sport avec du matériel, qui demande beaucoup de logistique. Il faut prendre la voiture, monter, s’occuper de ses skis, les farter etc… alors qu’avec la course à pied, c’est beaucoup plus simple, tu enfiles tes chaussettes et tes baskets, et tu peux partir où tu veux. Tu n’as pas à suivre de pistes. Tu vois un sommet, tu y vas. C’est la liberté ! J’adorais ça et, en 2017, quand mon coach actuel de ski de fond, Jérôme Mermillod, m’a proposé de l’accompagner lors du marathon du Mont Blanc à Chamonix, j’ai accepté. C’était ma première course, celle réservée aux 18-20 ans, un 15 km avec 1000 m de dénivelé, qui reprenait les sentiers des 15 derniers kilomètres de la course reine. J’en garde un énorme souvenir. Le départ avait été donné juste après le passage des dix premiers de la course principale. On avait donc pu profiter de l’effervescence de la course avec nos idoles, comme Kilian Jornet, qui avaient déjà 30 km dans les jambes… Ça m’avait mis plein d’étoiles dans les yeux et ça a été le déclic. J’ai gagné la course sans m’être trop entrainé avant, et je me suis dit qu’il fallait peut-être envisager un changement de sport. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire beaucoup plus de trail et bien moins de ski de fond. Et en 2019, j’ai décidé de me consacrer uniquement au trail.
L’effort physique est assez similaire. En ski de fond, il faut avoir une grosse caisse car on se sert aussi de nos bras. On a besoin de plus d’afflux sanguin qu’en course à pied, car tout le corps fonctionne en même temps. Je pense que ça m’a permis de développer un gros moteur, notamment pour les montées. Mais il a quand même fallu que je travaille l’aspect musculaire, car en ski de fond, il n’y a pas de chocs, alors qu’en trail, les courses laissent pas mal de grosses courbatures. J’ai dû aussi apprendre à courir. Je peux maintenant dire que je commence à mieux courir sur la route et les portions plates. Devoir repartir de zéro m’a d’ailleurs beaucoup plu. C’est gratifiant de se sentir progresser à nouveau.
Bien évidemment ! La course à pied ne représente que 50 % de mon volume annuel d’entraînement. Je fais beaucoup de ski l’hiver et de vélo l’été. Je privilégie le ski de randonnée, qui se rapproche un peu plus du trail. Mais je fais encore une grosse dizaine de sorties de ski de fond, car j’aime toujours autant ça.
Ça m’a pris une bonne année, mais aujourd’hui, je peux le dire : « je suis sportif à plein temps ». C’est quelque chose que je n’aurais jamais pu envisager il y a cinq ans. Pour moi, le trail, c’était mon kiff, ma passion, mais pas ce qui allait remplir le frigo. J’ai beaucoup plus de temps pour m’entrainer, récupérer et faire aussi toutes les choses à coté qu’on ne priorise pas quand on a un travail en parallèle. C’est aussi plus agréable de pouvoir choisir quand et avec qui on va s’entrainer. Je peux me greffer aux copains ou adapter mon calendrier à la météo, d’autant qu’en vivant à Annecy, je côtoie pas mal d’autres coureurs.
Ce n’est pas toujours facile. Certains avancent que c’est leur métier et qu’ils peuvent donc voyager. Mais je me dis que je peux disputer des compétitions en restant à la maison entre guillemets, car le niveau est très dense en Europe et encore plus en France. Je pense qu’il est possible de mener une carrière avec des course cohérentes et compétitives, tout en restant dans un petit rayon d’action sans avoir besoin de prendre l’avion, ce qui n’est pas le cas en cyclisme, en biathlon ou même en ski de fond. Mais il peut y avoir des exceptions. Je suis d’ailleurs allé récemment à Madère en avion. C’était la première fois que je le prenais pour aller participer à une course.
Ce sera mon premier UTMB. L’objectif premier sera de voir la ligne d’arrivée. Sur une course de 20 heures qu’on découvre, on ne peut pas se dire que l’on y va pour battre des gens. L’idée sera de découvrir la course en restant dans mon coin, dans ma bulle, pour y revenir en 2027 avec d’autres ambitions… Mais j’aime bien jouer et faire la course avec les autres, et je peux me laisser emporter par des effets de course ou l’électricité du peloton… Je me connais : pas plus tard qu’en novembre dernier, lors de la SaintéLyon, on est parti bien trop tôt avec Benjamin Polin en se faisant la guéguerre. Résultat, aucun de nous deux n’a terminé et c’est Sylvain Cachard qui a gagné, car il a été bien plus intelligent en partant du fond du peloton.
Ces championnats d’Europe me donnent de la confiance. Pendant la course, j’ai longtemps couru aux cotés de gens qui étaient encore mes idoles il y a quatre, cinq ans. J’ai pris conscience que j’avais passé un cap et que je pouvais désormais rivaliser avec des athlètes comme le Norvégien Angermund ou Fred Tranchand. J’ai envie de revivre des moments comme ceux-là avec l’équipe de France, ça m’a vraiment plu. Peut-être pas l’année prochaine, car ça me gênerait de devoir prendre l’avion pour aller en Afrique du Sud. Mais pourquoi pas en 2028.