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Running / Interview
15 Septembre 2026 - Par Véronique Bury
Photos : © Cédric Lecocq / KMSP
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Enfant, Baptiste Fourmont a tout testé : foot, tennis, aviron, cirque, VTT, sans jamais trouver matière à s’épanouir. Ce n’est qu’à 19 ans qu’il a trouvé sa voie grâce à la course en montagne. Depuis, l’ex-étudiant de l’INSA Lyon, désormais âgé de 27 ans et entraîné par Bastien Perraux, a tracé son chemin sur 3000 m steeple, une distance sur laquelle il a passé le cap des séries lors des championnats d’Europe à Birmingham (Royaume-Uni) au mois d’août. Ce qui ne l’empêche pas de rêver à un retour sur les sentiers, lors de la dernière partie de sa carrière.
Honnêtement, je suis sorti de ces championnats d’Europe avec beaucoup plus de positif que de négatif. Quitte à choisir, je préfère largement ne pas aller en finale à cause d’une blessure plutôt que de ne pas avoir eu le niveau de m’y qualifier. Là, je me suis prouvé que je pouvais être performant en championnat même si le corps n’a pas suivi jusqu’en finale. C’est donc positif. C’étaient aussi mes premiers Europe sur piste, je n’avais pas encore de repères, ni d’expérience lors de ce type de compétitions. Je pourrai en tirer profit pour la suite. Bien entendu, j’aurai bien aimé voir ce que ça aurait pu donner en finale, car avec Pierre Boudy qui finit cinquième, je pense qu’il y avait de quoi faire des places plus qu’honorables.
Les gens pensent souvent que je viens de la montagne parce que j’ai commencé par ça, mais pas du tout ! J’ai grandi à coté de Corbeil-Essonnes en Ile-de-France, où j’ai suivi le parcours sportif classique des jeunes du coin. J’ai fait huit ans de foot après quelques années de tennis. J’ai aussi pratiqué pendant un an l’aviron et le cirque, mais sans jamais vraiment trouver un sport qui me plaisait. En parallèle, je passais toutes mes vacances en famille dans la petite vallée de l’Ubaye dans les Alpes-de-Haute-Provence, je faisais du ski l’hiver avec mon grand-père, et de la randonnée ou du vélo l’été avec mes parents. C’est là-bas qu’est né mon goût pour l’endurance et la montagne… Une fois arrivé au lycée, j’ai commencé à ressentir de la frustration en étant privé de ça en raison de mon cadre de vie. J’avais même cherché des clubs de ski-roues. Mais je n’en ai pas trouvé donc je me suis mis au VTT, mais dans un club de cyclotourisme. Il n’y avait pas de compétitions, c’étaient plus des balades entre copains.
J’ai effectivement découvert l’athlétisme après le bac, quand je suis arrivé à l’INSA. Le sport était obligatoire et on devait choisir entre le format classique, c’est-à-dire une activité par trimestre et trois sports différents par an, ou le fait de rejoindre une association sportive dans une spécialité avec un prof dédié. C’est ce que j’ai choisi en passant les détections pour intégrer l’AS Athlé. Jusque-là, je n’aimais pas trop la course à pied car je ne trouvais pas ça très fun, mais je savais que je me débrouillais bien, car j’avais gagné tous les cross au collège puis au lycée. C’est à ce moment-là que tout a vraiment commencé. J’ai participé aux championnats de France universitaires dès la première année, puis, je suis passé à trois, quatre entrainements par semaine et j’ai fini par prendre une licence à l’Entente Athlétique de Grenoble, car j’avais rencontré entre-temps Sylvain Cachard et Mathieu Delpeuch qui étaient en sport études trail à l’INSA. Pour la première fois, je pouvais rattacher ma passion pour la montagne à un sport qui me plaisait. Je me suis donc mis au trail et à la course en montagne.
En 2021, lors de ma dernière année espoirs, j’ai eu envie de tenter la course de sélection pour les Europe de cross. On avait l’habitude d’en faire l’hiver et vu que je me débrouillais bien, on s’était dit avec des potes que ça pouvait être sympa d’y aller. Lorsqu’on fait de la course en montagne et qu’on regarde les Europe de cross avec Jimmy Gressier et toute la compagnie, ça nous semble un peu intouchable et fascinant. Mais moi, j’avais vraiment envie de voir ce que ça pouvait donner. J’ai participé aux championnats de France de cross à Montauban et, à ma grande surprise, j’ai fini cinquième et j’ai été sélectionné. Ça a été un truc de fou et ça m’a amené à me poser pas mal de questions. Car au fond de moi, j’avais toujours eu cette petite préférence pour les sports olympiques. J’aime beaucoup la course en montagne et le trail, mais beaucoup moins le principe des compétitions. Certes, on a des championnats du monde, de gros évènements, mais tous les meilleurs ne sont pas toujours là au même moment. Même chose lors des championnats de France, ce que je trouve dommage. C’est pour cette raison que j’ai eu envie de tester la piste et que je me suis rapproché de Bastien Perraux. Je voulais voir ce que je valais vraiment.
Tout simplement parce que je suis incapable, pour le moment, de faire 3’30’’ sur 1500 m ou 12’50’’ sur 5000 m. Ça pose forcément les bases. J’ai aussi un entraineur qui a fait du steeple plus jeune et dont la femme, Claire, a aussi été l’une des meilleures Françaises sur la distance. Il y a toujours eu une culture du steeple à Décines (Meyzieu Athlétisme). Tout le monde n’en fait pas forcément, mais chacun y passe à un moment donné. Ça permet de voir si ça matche ou pas avec la discipline. En venant de la course en montagne, je savais aussi que plus ça allait aller vite, plus ce serait compliqué pour moi. En revanche, la résistance musculaire que j’avais pu développer était intéressante pour le steeple. Il fallait donc que j’en profite. Sans compter que l’entrainement y était aussi plus varié et, d’un point de vue psychologique, c’est aussi quelque chose qui m’attirait.
Au début, il a surtout fallu faire attention à varier les terrains car j’avais l’habitude de courir sur des sols souples, de la terre, des chemins. Alors que quand on court sur du plat, on utilise beaucoup plus les pointes et on court aussi beaucoup plus souvent sur du béton parce qu’on est en ville. Je savais que si je courais trop sur ce type de sol au début, ça allait me tuer les jambes. J’ai eu la chance de tomber sur un coach qui avance de manière progressive dans l’entraînement. On a pris le temps d’augmenter petit à petit le volume et le kilométrage hebdomadaire. Ça s’est fait en douceur et j’ai réussi à prendre la vague en évitant les grosses blessures.
La fin de mes études a correspondu au moment où je renégociais mon contrat avec Hoka. Sans rouler sur l’or, j’avais quand même de quoi vivre. J’ai donc décidé de me consacrer pleinement à l’athlétisme car j’avais remarqué lors de mon stage de fin d’études que concilier un emploi à temps plein avec des entrainements quotidiens était compliqué. Aujourd’hui, je peux m’entraîner deux fois par jour, aller chez le kiné deux fois par semaine, prendre aussi le temps de me cuisiner de bonnes choses avec de bons produits, et bien récupérer. Le reste du temps, je travaille sur des projets personnels et je contribue à l’organisation du meeting national de l’Est Lyonnais, organisé par le club.
Je rêve de participer aux Jeux olympiques et aux autres grands championnats. C’est pour cette raison que je continue la piste. 2028 est l’objectif à court et moyen terme, sur lequel je vais mettre toute mon énergie. Le rêve ultime serait de décrocher une médaille en 2032, voire dès Los Angeles si je suis plus précoce que ce que je pense. Et après, je repasserai sans doute sur le trail, car il y a plein de courses qui me font envie.
Quand on court en montagne, il y a vraiment des moments où on se sent tellement bien, tellement libre, qu’on a envie de crier. Je me souviens de sorties longues où on découvrait des endroits magnifiques, à un sommet ou sur une ligne de crête. C’est aussi la possibilité de tracer de nouveaux itinéraires. La sensation de liberté est tellement forte qu’on est juste vraiment heureux. C’est difficile de retrouver cette sensation-là sur le plat et la piste, même s’il y a de beaux parcs à Lyon. C’est sans doute ce qui me manque le plus aujourd’hui. La variété des entraînements aussi, car le champ des possibles est tellement plus large en montagne.
Sierre-Zinal (31 km dans les Alpes valaisannes avec 2200 m de dénivelé positif), où Sylvain Cachard possède le meilleur temps réalisé par un Français en 2h32’45’’. C’est une course très réputée, avec de magnifiques paysages, où j’aimerais vraiment être performant. Il y a aussi l’OCC (60 km avec 3500 m de dénivelé positif), une des courses de l’UTMB. C’est vers ce type de courses que je souhaiterais aller après 2032.