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Stade / Compte-rendu
28 Juin 2026 - Par F. Gaudin-Winer - M. Gillet
Mise à jour : 29 Juin 2026 (14h58)
Photos : © B. Daniel - JM Hervio - S. Kempinaure / KMSP
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Les Français ont su se hisser à la hauteur d’une réunion Diamond League d’une densité exceptionnelle, ce dimanche après-midi à Charléty. A l’image des demi-fondeuses Anaïs Bourgoin et Agathe Guillemot, qui ont fait tomber les records de France du 800 m et du 1500 m.
« Paris est magique ! » Anaïs Bourgoin connaît ses classiques et n’a pas hésité à reprendre au micro de la speaker le slogan cher au club de football de la capitale Une expression tout sauf galvaudée, tant le meeting organisé par la Fédération Française d’Athlétisme a été marqué par une avalanche de performances stratosphériques. Car si aucun record du monde n’est tombé, ce sont trois records de la Diamond League, quatre records du meeting et deux records de France seniors qui sont tombés, ce dimanche en fin de journée.
Dans cette dernière catégorie, la demi-fondeuse entraînée par Adrien Taouji s’est mêlée à la fête. Dans une atmosphère électrique, grâce à un public surchauffé et des conditions météo incroyables - autour de 30 degrés et un vent quasi nul avant qu’un orage n’éclate en début de soirée - elle a pris part à un 800 m de toute beauté. Avec en actrice principale Audrey Werro, que rien n’arrête actuellement. Comme d’habitude, l’impétueuse Suissesse a pris ses responsabilités derrière le lièvre. Et, de sa longue foulée si fluide, a foncé vers la ligne d’arrivée qu’elle a coupée en 1’53’’80, améliorant de 8 centièmes sa marque nationale et le record de la Diamond League, dont elle était la détentrice depuis le meeting de Stockholm (Suède) le 7 juin dernier.
Aussi fou que cela puisse paraitre, on a cru pendant quelques instants, à la sortie du dernier virage, qu’Anaïs Bourgoin était capable d’aller la titiller. Car, longtemps scotchée à la foulée de la spécialiste du 400 m haies Femke Broeders-Bol, elle l’a doublée avec beaucoup de culot à un peu moins de 200 m d’arrivée. Si elle n’a pas pu revenir sur Werro et a vu la Hollandaise la doubler finalement sur la ligne (1’55’’60), l’athlète de l’Entente Franconville Cesame Val d’Oise a été récompensée de son culot par une magnifique 3e place en 1’55’’65.
Une performance historique, puisqu’elle fait tomber - et même explose - le vieux record de France de Patricia Djaté, qui tenait depuis 1995 et le meeting de Monaco, en 1’56’’53. « Comme quoi, prendre des risques, ça paye, savourait Anaïs Bourgoin, radieuse. Je suis bien partie et j’ai trouvé ma place. C’était parfait, étiré, j’avais juste à tenir. C’est génial d’être à la bagarre avec ces filles. Le public m’a poussée, un truc de malade. Ligne opposée, je ne sentais pas la douleur. J’ai rêvé longtemps de ce record, et j’espérais secrètement que ça arriverait à Paris. Donc, pour l’instant, j’ai du mal à réaliser. »
Tomber dans les bras de Patricia Djaté, qui l’a rejointe au milieu de son interview, l’a peut-être aidée à prendre conscience de son exploit. Un moment fort en émotions, car l’accompagnatrice haute performance 2028 du demi-fond l’a entraînée à Talence entre ses 15 et 21 ans. « Elle a été ma première coach, celle qui m’a mise sur 800 m, m’a appris le sérieux et la rigueur du haut niveau, lui a rendu hommage la toute fraiche recordwoman de France. Je lui dois énormément. Sans elle, je ne serais peut-être pas tombée amoureuse de l’athlé. » Même admiration côté Patricia Djaté, qui avait décelé depuis longtemps les qualités mentales de son ex-élève : « Elle meurt sur la piste à chaque fois. Ça n’était pas la plus talentueuse au niveau chronométrique au départ, mais on pouvait voir sa détermination. Elle a toujours été capable de vider ses tripes. »
Du haut de ses 32 ans, Rénelle Lamote (Montpellier A2M) a su aussi se dépasser pour s’offrir le premier chrono de sa carrière sous les 1’57’’, avec une 5e place en 1’56’’93 (ancien record : 1’57’’06), synonyme de minima A pour les championnats d’Europe de Birmingham. « Je suis trop heureuse, s’exclamait la Montpellieraine coachée par Bruno Gajer avec un enthousiasme communicatif. Les derniers mois ont été super durs, j’ai énormément douté. Je me voyais un peu comme la vieille athlète qui dit doucement au revoir. Ce résultat me relance et me fait du bien. 1’56’’, c’était le rêve de ma carrière. » Huitième en 1’58’’34, Clara Liberman (Haute Bretagne Athlétisme) a aussi eu droit à sa dose de bonheur avec, là encore, un nouveau chrono de référence.
Le deuxième record de France seniors de ce dimanche est aussi venu du demi-fond féminin. Il a été l’œuvre d’Agathe Guillemot sur 1500 m, qui a amélioré sa propre marque nationale de 45 centièmes en 3’56’’24. Un chrono synonyme de 3e place, derrière la Britannique Georgia Hunter Bell (3’55’’63) et l’Ethiopienne Freweyni Hailu (3’55’’92), à l’issue d’une ultime ligne droite échevelée. Les trois premiers mots de l’athlète de bientôt 27 ans, qui a décroché son premier podium en Diamond League ? « Folie, folie, folie ! Je n’avais pas senti ce flow-là depuis la demi-finale des Jeux. Petit à petit, je grimpe les échelons. Et surtout, je suis avec les filles. Ça montre qu’on est dans le bon wagon. » Après l’arrivée, la championne d’Europe 2025 a piqué un sprint en sens inverse dans la ligne droite pour haranguer le public et se lancer dans quelques pas de danse. Le show Guillemot. « Courir à Pont L’Abbé, c’est le graal pour moi, car c’est chez moi. Mais là, c’est pareil », a-t-elle lancé. Un bel hommage à la capitale de la part d’une Bretonne.
Dans la même course, Adèle Gay (Amiens UC) a abaissé son record de France U23 en se classant 14e en 4’03’’13, juste devant Bérénice Cleyet-Merle (4’03’’58, record personnel) du Pays de Fontainebleau, un temps qui laissait tout de même la sociétaire de l’Amiens UC sur sa faim. Même scénario sur le 1500 m masculin (hors Diamond League), avec Anas Lagtiy Chaoudar (Strasbourg AA) qui, en 3’30’’31, a battu son record national espoirs avec une belle 6e place à la clé, devant un trio hexagonal composé de Paul Anselmini (3’31’’36) de l’EFCVO, Titouan Le Grix (3’31’’46) du Montpellier A2M et Flavien Szot (3’31’’81) de l’Entente Savoie Athlé. Aux avant-postes, Azeddine Habz (Val d’Europe Montevrain) est descendu sous les 3’30’’, en 3’29’’80, mais n’a rien pu faire face à l’impressionnant Australien Cameron Myers (3’28’’00, record d’Océanie).
Pas de record de France pour Baptiste Thiery, mais le plus haut saut de sa carrière avec une barre à 5,93 m franchie au premier essai, après que la barre a rebondi sur les taquets avant de retomber dessus. Derrière le roi suédois Mondo Duplantis, vainqueur avec 6,13 m (record du meeting) avant trois tentatives manquées à 6,32 m, l’élève de Gérald Baudouin, qui devient le 6e meilleur performeur français de tous les temps en grappillant un centimètre sur son record, décroche une 2e place très prometteuse, en devançant un client comme le Grec Emanouil Karalis (5,83 m). « Mon début de concours n’était vraiment pas bon, mais les choses se sont mises en place petit à petit, retraçait le perchiste de la Jeunesse Sportive Franciscaine, qui a désormais hâte de basculer au-dessus des six mètres. J’ai frôlé la correctionnelle à 5,83 m et, à 5,93 m, je me suis lâché, en essayant de moins lutter contre les conditions. Je suis très content de ce que j’ai produit sur le plan mental. » Les autres Français en lice sur le sautoir ont été plus en retrait, tout comme leurs homologues féminines.
Au cours d’un meeting d’une densité exceptionnelle, avec trois records de la Diamond League pour Werro et les spécialistes du 400 m Collen Kebinatshipi (43’’54) du Botswana et Marileidy Paulino (48’’48) de la Dominique, les Bleus ont su hausser leur niveau et profiter de l’événement pour faire tomber de nombreux records personnels. A l’image justement d’Isabelle Black (Montpellier A2M), qui a bouclé son tour de piste au couloir 1 en 51’’15 (8e) pour grimper au 6e rang du bilan national tous temps. Côté messieurs, nouveau chrono sous les 45’’ pour Muhammad Abdallah Kounta (Val d’Europe Montevrain), à la même place en 44’’88. Toujours côté courses, l’épatant Thomas Wilkes (Martigues Sport Athlé), 22 ans, a amélioré son chrono de référence d’un centième avec ses 13’’27 (+0.2) en séries pour sa deuxième apparition en Diamond League, après Doha où il avait couru en 13’’28. Il a ensuite terminé 7e de la finale en 13’’32 (+0.8). Toujours sur les haies hautes mais chez les femmes, 12’’66 (+0.4) pour la Martiniquaise Laeticia Bapté (US Robert), qui a pourtant dû se contenter du 7e rang dans sa série, signe de la densité folle de la course.
Les lanceuses de javelot tricolores ont su aussi illustrer dans ce contexte prestigieux, de très bon augure dans la perspective des championnats d’Europe. Dans un concours dominé par la prodige chinoise Ziyi Yan avec 67,44 m, Alizée Minard a expédié son engin à 61,51 m à sa 4e tentative, un résultat synonyme de 4e place, de record personnel, mais aussi de minima B pour le rendez-vous continental pour celle qui conforte son 5e rang au bilan français tous temps. Jade Maraval, 6e avec 59,97 m, a aussi obtenu une jolie place d’honneur.
Une profusion de résultats qui montre que l’athlétisme français a aujourd’hui de la réserve, même quand deux de ses principales têtes d’affiche n’ont pas pu s’exprimer comme elles le souhaitaient. Cyréna Samba-Mayela, après une gêne à l’ischio gauche à l’échauffement, a préféré ne pas prendre de risques et ne s’est pas présentée au départ du 100 m haies. Quant à Jimmy Gressier, il n’a pas pu se mêler à la lutte pour la victoire sur 5000 m, avec une 7e place en 12’57’’79, dans une course dominée au finish par l’Américain Grant Fisher (12’54’’80). Ce qui n’a pas empêché le champion du monde du 10 000 m de communier longuement avec le public, avec son sens du partage habituel.