Equipe de France / Compte-rendu
13 Août 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey
Mise à jour : 15 Août 2026 (15h18)
Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
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Anaïs Bourgoin et Clara Liberman ont su s’extirper de demi-finales du 800 m courues sous haute tension, pour décrocher leur billet pour la finale. Avec un record personnel à la clé pour la seconde nommée. C’est passé aussi pour Solène Gicquel à la hauteur, qui s’est approchée à un centimètre de sa meilleure performance de la saison, ainsi que pour les steepleurs Nicolas-Marie Daru, Pierre Boudy et Baptiste Fourmont.
Le 800 m féminin est l’épreuve la plus attendue de ces championnats d’Europe. Mais il était difficile d’imaginer que le scénario serait épicé dès les demi-finales. Une formalité normalement pour Audrey Werro et Keely Hodgkinson, les deux grandes favorites pour la gagne. Sauf que la Suissesse, dans une course qu’elle a emmenée sur un faux rythme, a chuté à la suite d’un contact accidentel à la fin du dernier virage. Elle a franchi la ligne d’arrivée en trottinant (2’35’’35), après être longuement restée au sol, et c’est finalement au bout de plusieurs dizaines de minutes que son repêchage a été annoncé.
Anaïs Bourgoin, qui avait disputé une bonne partie de la course à ses côtés, ne s’est pas laissé déconcentrer et a fourni l’effort suffisant dans l’ultime ligne droite pour couper la ligne d’arrivée en deuxième position en 1’58’’84, derrière la Britannique Jemma Reekie. Soit une qualification en finale sans trembler, puisque le top 3 passait automatiquement ce tour. « Ça a été une course très particulière, retraçait-elle quelques minutes après devant la presse. J’ai eu l’impression que ça partait vite mais que ça ralentissait direct. Au 400 m, je sentais qu’on était en train de se marcher dessus. J’ai repensé à ma course des Europe par équipes et je me suis dit : quand c’est lent, c’est pour moi ! Le dernier 400 m a été très progressif. A un moment, il fallait y aller donc je me suis mise au coude à coude avec Audrey. J’ai réussi à en remettre sans tout lâcher, pour en avoir dans les 150 derniers mètres. »
L’élève d’Adrien Taouji à l’INSEP a réussi à s’économiser, comme en séries, et a désormais hâte de pouvoir courir sans se poser de questions. « Je suis super contente que tous ces tours soient terminés et que je puisse enfin tout lâcher, soufflait-elle. Il n’y a plus de calculs. Je vais courir demain pour l’or, c’est tout, pas pour la boite. C’est tout ce que je veux. »
Elle sera accompagnée en finale par Clara Liberman, toujours aussi épatante. La Bretonne d’adoption, formée à Aulnay, a battu son record personnel pour la deuxième fois en trois jours. Dans une deuxième demie beaucoup plus fluide, et remportée par Hodgkinson (1’57’’38) devant la Hollandaise Femke Bol (1’57’’46), elle s’est accrochée en queue de peloton et a tout donné dans la dernière droite pour se classer cinquième en 1’58’’19 et obtenir le dernier ticket qualificatif au temps, deux centièmes devant l’Allemande Smilla Kolbe. « Il fallait y croire dès le début, assénait la demi-fondeuse au contour des yeux orné de paillettes colorées, qui a amélioré de quatre centièmes son temps de référence réalisé en séries. Les filles sont parties très fort. J’ai eu des moments de doute, mais à chaque fois que j’en avais un, je croyais en moi. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis dit qu’il fallait que je coure le dernier 200 m comme si c’était le dernier de ma vie et que je n’allais plus remettre les pointes ensuite. » Raté, elle les enfilera finalement de nouveau dès demain. « Je ne peux pas rêver mieux. Il faut juste que je retrouve de l’énergie pour aller chercher encore plus loin. » Avec encore un record personnel à venir ?
Appliquée et efficace en début de concours, malgré « un peu de stress », Solène Gicquel semblait lancée vers une qualification sereine en hauteur, après avoir passé ses trois premières barres à la première tentative. Mais elle a ensuite échoué par deux fois à 1,91 m, pile le standard de passage, pendant que nombre de ses concurrentes s’acquittaient de la tâche sans faillir. Dos au mur, la Bretonne a sorti « un gros saut » au meilleur des moments pour figurer parmi les seize (16 !) qui se disputeront les médailles samedi soir. « Ce dernier saut fait un bien fou, parce qu’il le fallait. Maintenant, je vise une place dans le top 8, et même un peu mieux. Il faudra ne pas faire d’erreur, et en même temps prendre des risques pour battre enfin mon record (1,92 m) ! », annonçait-elle.
Sentiments contrastés pour Nicolas-Marie Daru, Pierre Boudy et Baptiste Fourmont. Avec une bonne dose de confiance en plus pour les deux premiers nommés, en lice dans la première série du 3000 m steeple. Toujours bien placés et patients, ils n’ont jamais quitté un peloton de tête qui a progressivement accéléré. Derrière l’Italien Osama Zoghlami (8’34’’52), l’expérimenté Daru s’est classé deuxième en 8’34’’60 et le U23 Pierre Boudy, pour sa première sélection en équipe de France A, quatrième en 8’35’’82. De quoi avoir de la marge sur la huitième place, la dernière qualificative pour la finale. « Je voulais vraiment faire de cette série une répétition pour dimanche, expliquait l’ex-militaire. Les sensations étaient un peu particulières avec la chaleur, ce qui explique sans doute aussi que la course n’ait pas été très rapide. Mais dès qu’il a fallu appuyer, ça a répondu tout de suite, donc c’est encourageant. »
L’espoir, lui, a su attendre son heure : « J’ai choisi de partir assez vite pour ne pas me retrouver au milieu du peloton et éviter les risques de chute, puis j’ai laissé revenir progressivement la course à moi. Tant que Nico (Daru) et Ruppert n’étaient pas remontés, je savais que ça n’allait pas vraiment se décanter. À partir du 1500 m, j’ai commencé à avancer avec eux, puis j’ai relancé entre 500 et 300 m de l’arrivée pour rester dans le groupe de tête et pouvoir contrôler la fin. Maintenant, je suis en finale, je n’ai plus rien à perdre. »
Très bon troisième de la deuxième série en 8’34’’64, Baptiste Fourmont semblait, lui aussi, très serein pendant son effort. Mais c’est en boitant bas et le visage soucieux qu’il se présentait devant la presse. La faute à une « grosse douleur sous le pied, au niveau de l’aponévrose plantaire », apparue dans la dernière ligne droite. De quoi remettre peut-être en cause sa participation à la finale. « Je vais voir avec le médecin parce que, pour l’instant, même marcher est compliqué et ça m’inquiète un peu. Je n’avais jamais eu de problème à cet endroit. C’est frustrant parce que j’étais vraiment bien pendant la course. »
Pour son premier grand championnat en individuel, Isabelle Black a crânement défendu ses chances lors des demi-finales du 400 m, où elle faisait son entrée en lice. La Montpelliéraine est sorti du virage en deuxième position, les yeux rivés sur la Hollandaise Lieke Klaver, dominatrice en 49’’71, mais elle a cédé en toute fin de tour face à la Britannique. Troisième en 50’’72, elle a espéré jusqu’à l’issue de la troisième demie se glisser parmi les huit meilleures du continent. Il aura finalement fallu courir en 50’’31 pour se qualifier en finale. « Il y a un peu de déception et de tristesse de ne pas y être parvenu, mais j’ai aussi beaucoup de fierté. J’étais à ma place, j’ai couru pour la troisième fois en 50’’ cette année, mon niveau est là », assurait-elle.
Les médaillés de Rome vivent décidément des championnats d’Europe compliqués. Alexis Miellet, en or dans la Ville éternelle, a vu sa route s’arrêter brutalement dès les séries. Sans jambes, il n’a pas été en mesure de se mêler à la lutte dans l’emballage final, un secteur qui est habituellement son point fort, et a dû se contenter de la dixième place en 8’40’’20.
Même constat pour Rénelle Lamote, en lice dans la même demi-finale du 800 m qu’Anaïs Bourgoin et qui n’a pas été en mesure de relancer l’allure dans les deux cents derniers mètres. Cinquième de sa course en 1’59’’88, la triple vice-championne d’Europe n’avait plus, lors de ces championnats d’Europe la forme affichée fin juin, lorsqu’elle était descendue pour la première fois de sa carrière sous les 1’57’’.
Envahi par « la pression de l’évènement », Felise Vahai Sosaia n’a jamais pu trouver le remède pour transmettre à son engin l’énergie qu’il avait au réveil. Le lanceur de javelot wallisien a dû se contenter d’un meilleur jet à 70,95 m, à son troisième essai, alors qu’il fallait 78,88 m pour entrer en finale.