Equipe de France / Compte-rendu
10 Août 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey
Mise à jour : 11 Août 2026 (00h31)
Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
Partager
Le lanceur de marteau clermontois a su se sortir de qualifications risquées pour rejoindre la finale avec un jet à 77,45 m, la troisième meilleure performance de ce lundi matin. Yanis Meziane, Corentin Le Clezio et Gabriel Tual sont en demi-finales du 800 m, après avoir connu des fortunes diverses en séries. C’est aussi passé pour Yann Spillmann sur le tour de piste.
Le piège était connu, marqué d’une pancarte visible de loin, mais il y aura toujours des concurrents mal réveillés ou trop insouciants pour se faire avoir. Premier Bleu en lice à l’Alexander Stadium ce lundi matin, Yann Chaussinand a évité le scénario catastrophe lors du groupe A des qualifs du marteau. Après un premier jet modeste, à 74,61 m, le Clermontois a envoyé le suivant hors secteur, faisant monter « une petite peur » dans son esprit et dans les tribunes clairsemées. Mais le détenteur de la meilleure performance européenne de l’année a su rectifier le tir lors de son ultime passage dans la cage, avec 77,45 m. A un demi-mètre du sésame automatique, mais largement suffisant pour gagner le droit de revenir.
« La leçon, c’est qu’on ne peut pas assurer un jet facile, sans trop en mettre en qualifs. Au marteau, ça ne marche pas », soufflait-il avant de rentrer à l’hôtel. Avec trois jets ce lundi matin, Chaussinand a tout de même pu profiter d’une « petite séance d’entraînement », tout en prenant ses marques sur le plateau anglais, qu’il retrouvera lors de la finale. « Je l’ai trouvé bien, même si d’autres m’ont dit qu’ils n’avaient pas trop apprécié », glissait-il. Un enseignement toujours bon à prendre.
Ils seront trois Français au départ des demi-finales du 800 m, mercredi. Le plus impressionnant d’entre eux a été Yanis Meziane. L’Essonnien de 24 ans avait une revanche à prendre avec le rendez-vous continental, après son élimination il y a deux ans dès le premier tour à Rome. Elle fut éclatante ce lundi matin sur la piste bleue d’un Alexander Stadium aux tribunes clairsemées (un peu plus de 12 000 spectateurs). Avec une victoire en patron en 1’45’’10, en ayant rapidement pris les commandes (52’’1 au 400 m). « Je voulais une course qui ne soit ni trop rapide, ni trop lente, expliquait-il à la presse dans la foulée de sa série. Je suis passé pile à l’allure que je visais. Ça m’a permis d’en remettre tout le temps. (Mohamed) Attaoui m’a dépassé au 600 m avec un gros kick. Ça m’a réveillé et je l’ai suivi direct. »
Doublé à la fois à la corde et à l’extérieur, le champion d’Europe U23 2023 a réussi à en remettre dans la dernière ligne droite, alors que l’Espagnol semblait en contrôle. « Je ne m’attendais pas à le doubler à la fin, reconnaissait celui qui a réalisé le meilleur temps sur l’ensemble des séries. Dans ma tête, j’avais besoin d’une victoire. Ça fait du bien sur le plan mental, c’est une sorte de libération après toute la frustration que j’avais pu accumuler sur les dernières courses. »
Corentin Le Clezio a, lui aussi, chassé quelques fantômes sous le ciel légèrement voilé des Midlands de l’Ouest. Eliminé dès les séries lors des Mondiaux indoor en mars dernier, le Val d’Oisien a, cette fois, su saisir sa chance. Avec sa stratégie classique, c’est-à-dire en partant en queue de peloton, mais « en restant au contact comparé à d’habitude ». Dans une course avalée sur un bon rythme, l’élève de Vincent Guyot a surgi dans la dernière ligne droite, son point fort, pour aller chercher la deuxième place en 1’45’’43, 12 centièmes derrière l’Italien Francesco Pernici. « Je suis vraiment content, ça fait du bien de passer un tour ! Je sens que les jambes sont là. Il va falloir que j’essaye de corriger mes petites erreurs de placement, car je pense qu’en demi-finales, ça ne pardonnera pas », prévenait le demi-fondeur aux cheveux peroxydés, qui n’aura rien à perdre dans deux jours.
Parmi les Tricolores qualifiés, Gabriel Tual est, finalement, celui qui a le plus tremblé. Le champion d’Europe, quatrième de sa course en 1’46’’33, a obtenu le quatrième et dernier billet qualificatif au temps pour les demies. Il a manqué de jus dans les cent derniers mètres, après une erreur tactique dans la ligne droite opposée. « Je voulais vraiment attendre à cause du vent, et à trop patienter, je me suis retrouvé enfermé, constatait le Talençais. J’ai ralenti en milieu de virage pour passer à l’extérieur. J’ai cramé une énergie de fou donc, forcément, il m’en manque à la fin. » « Un sacré avertissement », comme il en avait aussi connu en séries des championnats d’Europe, avant la suite que l’on connaît.
Sur la distance inférieure, le 400 m, Yann Spillmann sera également au rendez-vous des demies. Le Lyonnais coaché par Franck Matamba a su composer avec un contexte pas simple - un couloir 9 à l’aveugle et un fort vent de face dans la ligne droite opposée – pour remporter sa série en 45’’54, lors d’un premier tour dont les douze premiers au ranking étaient exemptés. « Le chrono n’est pas très bon, mais au vu des conditions, ce n’est pas si mal , reconnaissait-il. Courir sans repère visuel avec les autres n’est pas ce que je préfère, mais quand j’ai vu l’Irlandais qui revenait dans ma vision périphérique à l’entrée de la dernière ligne droite, ça m’a remis un coup de boost. »
Champion de France Elite à Albi et jusque-là sur une très bonne dynamique, Louey Ouerrat a connu un sacré coup d’arrêt en séries du 800 m. Une discipline où, même lorsqu’on a des bonnes jambes, les mauvais choix se payent cash. Dans une course courue sous un faux-rythme, le Vosgien n’a jamais réussi à trouver sa place. Résultat : une quatrième place en 1’47’’58 à cinq centièmes du troisième, alors qu’il fallait intégrer le top 3 pour rejoindre directement les demies. « Je savais que les séries, c’était le plus dur pour moi, même plus qu’une finale. C’est une course que je gagne normalement tous les jours. C’est super frustrant pour moi, mon coach, ma famille », soufflait-il, abattu.
Le rythme, c’est aussi ce qui a fait défaut à Meta Tumba, lors du premier tour du 400 m haies féminin. L’Angoumoisine n’a jamais pu renverser la situation après un départ trop emprunté. « Quand je m’en suis rendu compte, il était déjà trop tard, toutes les filles étaient revenues sur moi. J’ai manqué d’expérience, et je me suis fait dépasser par l’évènement », reconnaissait humblement la championne d’Europe U23 de l’an dernier. Plus expérimenté, Erwan Konaté était en colère contre lui-même au moment de quitter le stade après avoir mordu ses trois sauts du concours de qualification en longueur. « On me dit que le vent était fort, mais quand on se prépare pendant un an, en faisant des sacrifices, en vivant loin de sa famille et de ses amis, on doit être capable de sortir au moins un saut dans ce genre de moments », pestait-il.
Seizième du premier tour au poids en fin de programme matinal, Stephen Mailagi hésitait entre la satisfaction d’avoir produit « un bon concours », ponctué d’un meilleur jet à 19,17 m lors de sa dernière tentative, et le constat qu’une performance à 19,54 m lui aurait offert une place parmi les douze meilleurs du continent. « Pour une première expérience à ce niveau, c’est bon à prendre. Ma coach m’a dit de me lâcher dès l’échauffement, et je n’ai réussi à le faire qu’à mon deuxième et mon troisième essai, mais j’y ai mis un peu trop d’envie et la technique s’est dégradée. Tout ça me sera utile pour la suite », susurrait-il.