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Equipe de France / Compte-rendu

Championnats d'Europe de Birmingham : Finot et Bonnin, deux médailles qui viennent de loin

13 Août 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey

Mise à jour : 14 Août 2026 (08h21)

Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP

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Championnats d'Europe de Birmingham : Finot et Bonnin, deux médailles qui viennent de loin

Alice Finot a décroché l’argent sur 3000 m steeple en 9’14’’24, à l’issue d’une course à rebondissements. Une médaille qui faisait son bonheur, au sortir d’une saison à courir après la forme. Marie-Julie Bonnin s’est, elle, offert sa première médaille lors d’un grand championnat en plein air, avec le bronze à la perche grâce à un saut à 4,70 m. Elle aussi revient de loin.

La Perf'

Finot, une vice-championne d’Europe au mental

Ce fut une course comme seul le 3000 m steeple sait en réserver. Intense, sauvage, à rebondissements. Un bonheur à suivre pour les spectateurs, et même à vivre pour les athlètes. « C’était hyper excitant de l’intérieur », confiait Alice Finot devant la presse, le visage radieux après avoir décroché l’argent en 9’14’’24. La recordwoman d’Europe a été une des actrices principales d’un scénario d’un peu plus de neuf minutes. Avec d’abord dans les premiers rôles les Allemandes Lea Meyer et Gesa Krause, en tête dès le départ. La première nommée faisait tout le travail, avec un passage au kilomètre assez rapide en un peu moins de 3’04’. Elle allait le payer sur la dernière rivière, avec une chute qui la faisait échouer à la quatrième place en 9’17’’07. Mais avant ça, le rythme ralentissait sur le deuxième kilomètre, couvert en 3’10’’. Avant un emballage final aux allures de feu d’artifice, avec un sprint échevelé pour la gagne.

« Physiquement, les entraînements m’avaient montré que j’avais les armes pour répondre à plusieurs scénarios, et j’ai eu l’impression de tous les retrouver dans la même course : du rythme au début, une phase d’attente, puis une grosse accélération dans les derniers tours », résumait Alice Finot. Retardée dans sa préparation par une gêne musculaire en mai, la steepleuse du CA Montreuil 93 arrivait un peu dans l’inconnu à Birmingham, avec pour seuls gages des séances d’entraînement solides et une victoire avec la manière lors des championnats de France Elite. On se demandait comment elle réagirait à un train costaud imprimé dès le début. Elle a été plus qu’à la hauteur. « J’ai vraiment tout donné, retraçait-elle. Je restais au contact, ça repartait, je revenais, et même dans le dernier tour, je ne savais pas encore quelle place j’allais prendre. Plus j’accélérais, plus j’étais lactique et plus c’était difficile, mais je voyais aussi que les filles autour de moi souffraient. Il fallait sortir toutes les armes et surtout avoir la tête. Je me suis surtout surprise mentalement. »

A l’attaque de l’ultime rivière, elle était encore en course pour conserver son titre continental, acquis il y a deux ans à Rome. Au coude à coude avec Gesa Krause, elle arrivait sur l’obstacle sur la mauvaise jambe et piétinait. C’est sans doute là que l’or s’envolait, avec la victoire de la première nommée en 9’12’’69, titrée pour la troisième fois dix ans après être montée pour la première fois sur la plus haute marche du podium. L’élève de l’Espagnol Manuel Martinez Ageitos en Galice, elle, résistait au retour de la troisième Allemande de service, Olivia Gürth (9’15’’33), pour s’offrir sa deuxième médaille lors d’un grand championnat en plein air. De l’argent qui valait de l’or pour la Tricolore, qui se lançait dans un tour d’honneur devant des tribunes d’un Alexander Stadium enfin copieusement rempli. « Cette médaille d’argent, je crois que je la savoure encore plus que l’or d’il y a deux ans. Quand je vois d’où je reviens, tout le travail accompli cette saison et les incertitudes avec lesquelles je suis arrivée ici, elle a une saveur particulière », confiait Alice Finot, désormais totalement relancée après quasi deux saisons dans le dur.

Si les Allemandes ont frappé fort, les Bleues ont aussi fait montre d’une belle densité avec les sixième et septième places de Clara Entresangle et Flavie Renouard en respectivement 9’21’’03 et 9’21’’88, après s’être accrochées le plus longtemps possible au groupe de tête. La recordwoman de France espoirs du 3000 m steeple, « évidemment satisfaite », considérait le « contrat rempli ». Tout en affichant ses ambitions pour la suite : « Il y a encore du boulot, je ne suis pas encore au niveau pour jouer devant, mais j’espère que ça va venir. C’est super motivant et de bon augure. » La Normande, elle, avait le sourire mais aussi les yeux mouillés. « Mon sentiment à chaud est hyper mitigé, soufflait-elle. Je suis déçue de ma place mais, en même temps, je suis fière d’avoir tout donné et je n’ai pas de regrets. C’est sûr que j’aimerais avoir ce petit plus qui me permettrait de suivre à la fin. Aujourd’hui, ça n’a pas fonctionné, c’est mon niveau du moment, mais je vais encore travailler pour être avec ces filles-là, voire devant. »

Le Temps Fort

Bonnin, la médaille de la combattante

Marie-Julie Bonnin a lutté contre beaucoup d’éléments, et principalement contre elle-même, pour s’offrir une médaille de bronze lors de la finale de la perche féminine ce jeudi. En difficulté après un début de concours « horrible, vraiment horrible », la Bordelaise désormais fixée à Clermont-Ferrand a redressé la barre pour franchir 4,70 m à sa deuxième tentative. Cela lui a offert la médaille de bronze, la première d’une Française aux championnats d’Europe en plein air. « J‘en suis vraiment très fière, parce que ce concours a été tellement compliqué. J’ai fait des erreurs de marque inhabituelles, j’étais dans le doute à chaque fois que j’arrivais en bout de piste. Je crois que je croulais sous la pression, tout simplement », reconnaissait ‘’MJ’’. Après un échec à 4,45 m, deux à 4,60 m, l’affaire semblait bien mal embarquée pour elle. Loin d’être réglée comme un coucou dans sa nouvelle technique, travaillée sous la houlette de Damien Inocencio depuis moins de six mois, Bonnin a arraché cette médaille avec les dents et la rage qui caractérisent les grands champions. Elle a accompagné sur la boîte la Suissesse Angelica Moser et la Finlandaise Wilma Heltela, avec qui elle a tenté de batailler pour l’or à 4,80 m puis 4,85 m, sans parvenir à refaire son retard. La tenante du titre helvète a réussi à conserver son bien, ce que seule Aikaterini Stefanidi avait réalisé jusqu’alors.

Dans le même concours, Margot Chevrier a longtemps cru écrire une histoire encore plus belle que celle qu’elle avait imaginée. Alors qu’elle s’était promis d’aller plus haut que 4,55 m, la barre à laquelle elle s’était arrêtée un funeste jour de mars 2024 à Glasgow, elle a franchi 4,60 m dès sa première tentative, comme lors de ses deux barres précédentes. Sans une Bonnin de gala, cela l’aurait menée vers le podium, mais elle a finalement croqué du chocolat. « A chaud, la frustration prend forcément beaucoup de place, parce que je touche presque la médaille du doigt. Je m’étais dit que la boucle pouvait vraiment être bouclée ici, alors il reste un sentiment d’inachevé. Mais il y a un an, j’étais quatrième aux France Open et très heureuse de pouvoir faire des impasses à 4,20 m pour jouer une médaille. Aujourd’hui, je pleure parce que je ne suis “que” quatrième des championnats d’Europe, c’est un grand changement », retraçait-elle, les yeux humides et les joues rougies.

Bérénice Petit a complété le tableau tricolore en apportant une septième place, conquise en domptant 4,45 m sans trembler, dès sa première envolée. Une réussite, pour ses grands débuts en équipe de France, qu’elle mesurera « mieux dans les prochains jours ». Sur le moment, l’Orléanaise gardait en tête les réglages qu’elle aurait aimé faire sur ses sauts à 4,60 m, l’étage de son record actuel.

Le Chiffre

5

En vingt-six éditions des championnats d’Europe intégrant les femmes, il n’y a que cinq fois qu’une médaille s’est jouée en moins de 22’’63. Avec ce chrono, Gemima Joseph a dû se contenter d’une cinquième place ce jeudi à Birmingham. Dans une finale aux airs de sacrement, où Amy Hunt a coiffé la couronne de reine du sprint en réalisant le doublé 100 m - 200 m, après une passation de pouvoir à grande vitesse avec sa compatriote Dina Asher-Smith (3e en 22’’29), la Guyanaise a tenu le rôle d’une parente de la souveraine. Aux premières loges de la cérémonie, mais pas à la table de celles qui détiennent le pouvoir. « C’est un sentiment un peu bizarre, parce que j’ai l’impression d’avoir fait tout ce qu’il fallait. On m’avait demandé de rester grande dans le virage, sans laisser partir mon bassin, et de sortir méchamment de la courbe. Il me manque simplement la fin de course », soupirait-elle. Une issue qu’elle avait plus ou moins vu venir, du fait de sa préparation tronquée, puisqu’elle a enchaîné les pépins depuis son retour des Etats-Unis. « Ces derniers temps, quand j’allais chez le kiné, il s’agissait davantage de réparer que de récupérer », remarquait-elle, soucieuse de ne « pas cracher sur le résultat, même si l’objectif était de rentrer avec une médaille ». La seule représentante tricolore du sprint court n’a « aucun regret », après avoir réalisé « un parcours dont [elle peut] être contente ».

La Décla

J’ai subi une bonne partie de cette journée mais j’ai réussi à la gérer mentalement

La deuxième journée du décathlon n’est jamais de tout repos, et c’est un euphémisme. Alors, quand on doit en plus gérer des aléas extérieurs, ça peut être la tempête sous le crâne. Cette sixième place que Makenson Gletty est allé chercher, avec 8270 points, est donc méritante, même si le médaillé de bronze de Rome rêvait de s’inviter de nouveau sur la boite. Ce jeudi, il a connu des hauts, avec en particulier un 110 m haies bouclé en 14’’18. Le meilleur temps du jour, réalisé face à un vent de -1,7 m/s. Mais aussi des bas, avec ce concours du disque, dans la foulée, où il n’a pas réussi à concrétiser les progrès affichés à l’entraînement (41,60 m). Et puis il y eut ce concours de perche interminable, avec plusieurs erreurs des juges. D’abord une barre placée à 4,70 m au lieu de 4,80 m, qui obligea plusieurs concurrents à resauter à cette hauteur, dont le sociétaire du Nice Côte d’Azur Athlétisme installé en Autriche, Puis un mauvais placement des poteaux, qui eut pour conséquence qu’une quatrième tentative lui soit accordée. Sans réussite pour « Mak », logiquement épuisé nerveusement et stoppé donc à 4,60 m. Le podium s’était envolé à cet instant mais il s’est battu jusqu’au bout, pour terminer sixième d’un décathlon marqué par le doublé allemand de Leo Neugebauer (8611 pts) et Niklas Kaul (8573 pts). « Je sais que j’aurais pu faire mieux avec les points laissés à la perche, mais je retiens surtout l’expérience acquise dans une situation que je n’avais encore jamais vécue », soulignait Makenson Gletty, que l’on devrait retrouver en septembre au Décastar.

Antoine Ferranti a, lui, terminé dixième avec 8134 points, à 28 unités d’une place de finaliste. En difficulté mercredi, il a su se ressaisir lors de cette deuxième journée avec un enchaînement solide : 14’’72 sur 110 m haies face au vent, 39,24 m au disque, 5,00 m à la perche, une barre qu’il n’avait jamais franchie en plein air, 60,23 m au javelot, sa meilleure performance depuis deux ans, et enfin une victoire sur 1500 m en 4'15’’81, sa spécialité maison. « Quoi qu’il arrive dans un décathlon, je veux toujours aller au bout parce qu’il y a énormément de choses à apprendre dans chaque épreuve, rappelait le combinard de l’AC des Pays d’Agde. Je n’ai pas peur de ces grands championnats et je veux revenir à chaque fois avec l’ambition de me rapprocher progressivement du podium. »

Et Aussi

Le Clezio visait plus haut

En le voyant entrer dans l’ultime ligne droite en dernière position, on s’est tout de même surpris à y croire. C’est que Corentin Le Clezio avait réalisé de folles remontées en séries et en demi-finales, avec ce kick qui est sa marque de fabrique. Mais cette fois, il n’y a pas eu de miracle pour le demi-fondeur aux cheveux peroxydés. Septième en 1’46’’24 d’une course remportée par l’Irlandais Mark English en 1’45’’26, il a peut-être perdu des forces dans la ligne opposée, lorsque le Croate et futur vice-champion d’Europe Marino Bloudek (1’45’’62) a placé une forte accélération. Pour la première fois finaliste en grand championnat, l’athlète de l’EA Cergy Pontoise avait du mal à positiver, à chaud : « Je suis hyper déçu de ce que j’ai produit, lâchait-il. Je venais pour jouer la médaille, j’avais des arguments à faire valoir. Tout de suite, c’est dur. Mais c’est sûr que quand je regarderai en arrière, être finaliste européen et avoir couru en 1’43’’80, c’est sortir avec des bases solides de cette compétition. »

Pour sa deuxième finale continentale, après 2018 à Berlin, Lolassonn Djouhan s’est classé onzième au disque avec 62,28 m. Une performance réalisée au troisième essai, dont il se satisfaisait au regard d’une saison estivale compliquée sur le plan physique. « J’ai tout donné, avec les moyens que j’avais aujourd’hui et tous les bobos que j’ai traînés toute la saison. La finale était extrêmement relevée, avec des mecs qui lancent à 70 m au premier essai puis à 72 m en finale européenne, je ne sais pas si ça s’est déjà vu. Ce sont des tueurs. » Un bel hommage au Slovène Kristjan Ceh, sacré avec 72,51 m, record des championnats, devant le Lituanien Mykolas Alekna (69,89 m) et l’Allemand Henrik Janssen (69,53 m).