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Equipe de France / Compte-rendu

Championnats d’Europe de Birmingham: Gressier prend le bronze au forceps

15 Août 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey

Mise à jour : 16 Août 2026 (15h10)

Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP

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Championnats d’Europe de Birmingham: Gressier prend le bronze au forceps

Embarqué dans un scénario difficile lors du 10 000 m ce samedi soir à l’Alexander Stadium, Jimmy Gressier a serré les dents avant de produire une accélération foudroyante dans le dernier tour, qui lui a donné la médaille de bronze. Son camarade Thomas Gogois a failli répéter ce scénario au triple saut, quelques instants plus tard.

Le temps fort

Gressier n’a jamais lâché

Ce fut une accélération qui avait la pureté de l’enfance, des bras désarticulés, des jambes qui partent tous les sens et des yeux exorbités, lorsqu’on court juste pour aller vite et parce que ça fait du bien. Celles que Jimmy Gressier a tant connues sur les city stades du quartier du Chemin Vert de Boulogne-sur-Mer ou leurs ancêtres, là où il a grandi en poussant un ballon de foot tous les soirs, à la sortie de l’école. C’était cette fois un sprint pour une médaille - en bronze - sa première lors de championnats d’Europe en plein air, et le champion du monde du 10 000 m a déposé à 250 mètres de l’arrivée l’Italien Yeman Crippa, qu’il ne connait pas depuis l’enfance mais pas loin, puisque les deux fondeurs bataillaient dans les labours pour la gagne dans leurs années espoirs. Et comme à cette époque, c’est le Nordiste qui a eu le dernier mot, en coupant la ligne d’arrivée en 28’07’’90, un peu moins d’une seconde devant le Transalpin (28’07’’90).

Avant ça, Andreas Almgren s’était chargé de faire exploser le peloton façon puzzle. Après un premier kilomètre en footing actif (3’17’’), le Suédois prenait les commandes et imprimait un rythme d’enfer, en alignant les 1000 m en 2’40’’. Soit les bases de 26’40’’, sans jamais se faire relayer. Ils n’étaient bientôt plus que quatre à pouvoir le suivre : le Hollandais Mike Foppen, le Suisse Dominic Lobalu et donc Crippa et Gressier. Le premier nommé abandonnait à six kilomètres de l’arrivée, essoré. Puis, à 3600 mètres de la ligne, l’Italien et le Tricolore, qui n’avait clairement pas ses jambes de Tokyo, cédaient, bientôt suivis par l’Hélvète.

Commençait une drôle de course où Almgren, dans une forme étincelante après avoir fait l’impasse sur le 5000 m, enchaînait les tours en 1’04’’ et bouclait la portion entre le septième et le huitième kilomètre en 2’35’’. Il rattrapait même une bonne partie du peloton, tout heureux de bénéficier d’un lièvre de luxe, qu’il allait tracter jusqu’à ce qu’il franchisse la ligne d’arrivée en 27’23’’44, avec près de 20 secondes d’avance sur Lobalu (27’42’’67). Une logique de course cycliste, où l’on s’abrite du vent frais (16 degrés en fin de soirée à Birmingham ce samedi) derrière les gros bras, comme le résumait avec pertinence Baptiste Guyon, excellent cinquième en 28’20’’61, alors que Simon Bédard devait se contenter du neuvième rang en 28’24’’62, comme il y a deux ans à Rome.

Pour filer la métaphore cycliste, Jimmy Gressier, lui, comparait son attaque à celles de Mathieu van der Poel. Et faisait le bilan, la mine soulagée de celui qui avait enfin rompu la malédiction des Europe en plein air : « Je ne suis forcément pas satisfait, parce que je n’étais pas venu avec ces ambitions, mais je relativise aussi. Je sais à quel point il est difficile d’aller chercher une médaille, même à l’échelle européenne où le niveau est aujourd’hui monstrueux. Je ne pensais pas que ça me ferait autant d’effet de l’avoir autour du cou. Aujourd’hui, je reste fiable dans les grands championnats, je me bats jusqu’au bout et je n’abandonne pas. » Sa breloque va rejoindre l’armoire à trophées de son grand-père, le fameux pépé. « Je pense qu’il aurait fait un peu la tête si je n’avais rien rapporté, et de toute façon, il ne fait pas vraiment la différence entre les couleurs », se marrait l’élève d’Adrien Taouji, qui va désormais pouvoir se tourner vers le 5 km des Mondiaux sur route de Copenhague (Danemark).

La perf’

Gogois, le verre à moitié vide

On peut réussir la deuxième performance de sa carrière et sortir du stade « dégoûté ». Thomas Gogois avait le sourire à l’envers en se présentant devant les journalistes après sa quatrième place au triple saut, malgré son dernier saut à 17,21 m (+2,1). Médaillé de bronze il y a deux ans à Rome, l’Amiénois avait une idée fixe en tête : récidiver. « À chaud, je ne retiens que cette quatrième place. Elle fait très mal parce que je voulais monter sur le podium et rapporter une médaille à la France. Je me sentais bien, donc il n’y a pas d’excuse », soupirait-il. Dans une finale qui a pris feu d’entrée avec le Portugais Pedro Pichardo, mesuré à 17,76 m, avant le coup de foudre de l’Italien Andy Diaz Hernandez (lui aussi né à Cuba), retombé à 18,15 m quelques minutes plus tard (ce qui en fait le quatrième meilleur performeur mondial de l’histoire), Gogois a eu du mal à mettre en place ses bonds. « J’ai encore eu des problèmes de marques et je n’ai pas réussi à construire mon concours comme je le voulais. Cette année, j’ai beaucoup gagné en vitesse, mais derrière, il faut encore réussir à mieux la maîtriser dans ma course d’élan, pour éviter ces petits mordus de m*** », résumait-il.

Malgré la fraicheur qui a saisi l’Alexander stadium à la tombée de la nuit, le champion de France a réussi à monter en température jusqu’à son ultime tentative, certes un poil trop ventée, la quatrième de sa carrière au-delà de la ligne des 17 m. « J’avais plus d’énergie sur le quatrième et le cinquième saut, c’est dommage de ne pas l’avoir exploité plus tôt », râlait-il. L’Italien Andrea Dallavalle a conquis le bronze avec 17,37 m, soit un centimètre de moins que Gogois il y a deux ans à Rome, ce qui ajoutait sans doute à son désarroi.

Dans le même concours, Jonathan Seremes a lutté contre ses jambes réfractaires à l’envol, et a dû se contenter d’une septième place avec 16,31 m (+1,9), qui ne lui inspirait rien de transcendant. « J’ai honte de ma prestation, enrageait-il. Je n’ai jamais trouvé la consistance ce soir, cette finale est à l’image de toute ma saison estivale… »

La décla

Le podium montre qu’à ce niveau, il faut continuer à y croire. Certains de ceux qui y montent aujourd’hui couraient après depuis longtemps. J’espère que mon tour viendra.

C’est un top 3 surprise qui donne de l’espoir à Romain Mornet. Le Hollandais Stefan Nillessen a réalisé un finish d’anthologie pour remporter le 1500 m en 3’35’’69, devant le Suédois Samuel Pihlström (3’36’’16) et l’Irlandais Andrew Coscoran (3’36’’24). Un podium qui prouve que la distance reine du demi-fond peut s’offrir à des outsiders - ou des underdogs comme disent nos amis anglais - même si le dernier nommé a des états de service plus conséquents que les deux autres.

Romain Mornet, lui, grappille place après place. Onzième il y a deux ans à Rome, le voici cette fois huitième en 3’37’’37. Le sociétaire de l’AC Roche-sur-Yon a été acteur de cette course très nerveuse, en tentant de se replacer à l’avant à 600 mètres de l’arrivée. Mais il a dû vite rentrer dans le rang. « J’ai été immédiatement contré et ça m’a coûté beaucoup d’énergie, retraçait-il. C’était peut-être un coup d’épée dans l’eau, mais au moins, j’ai essayé. Dans la dernière ligne droite, je voulais encore revenir sur ceux qui faiblissaient. Il y a forcément des choses à revoir, mais l’écart avec les meilleurs se réduit. »

Dénouement à nouveau cruel pour Azeddine Habz. Très bien placé en troisième position dans le dernier virage et donc dans la course à la médaille, le meilleur performeur des engagés a explosé dans les cent derniers mètres et a fini dixième en 3’37’’61. « Je ne sais pas vraiment quoi dire, soufflait le Francilien. Je travaille beaucoup sur ce genre de scénario et, pourtant, il se répète. J’ai gagné en sérénité, je suis resté patient malgré une course très tactique avec beaucoup de contacts, et j’ai essayé de garder mon calme jusqu’au bout. Mais ce n’est pas encore suffisant. À chaud, je suis extrêmement frustré. »

Et aussi

Gicquel dans le top 8

Engagée dans une finale de la hauteur surchargée (15 concurrentes avaient réalisé le standard de qualification à 1,91 m), Solène Gicquel a réussi son entrée en matière à 1,84 m, puis a eu besoin de deux tentatives pour effacer 1,88 m. Comme la totalité de ses adversaires, la Bretonne a eu les ailes coupées par la baisse de la température dans les West Midlands ce samedi, et a ensuite coincé à 1,92 m. « Et en plus, on s’est retrouvées avec un gros vent de face. J’avais l’impression de lutter contre ça en permanence, avec mes épaules qui partaient un peu vers l’avant, et je n’arrivais pas à retrouver cette sensation de légèreté dont j’ai besoin », soulignait-elle. Satisfaite de sa huitième place, elle regrettait de ne pas avoir « saisi l’occasion » de ce concours ouvert, au terme duquel seules trois filles ont franchi 1,95 m. La recordwoman du monde Yaroslava Mahuchikh s’en est le mieux sortie, en passant 1,97 m pour conserver sa couronne.