Equipe de France / Compte-rendu
11 Août 2026 - Par Etienne Nappey
Mise à jour : 13 Août 2026 (00h21)
Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
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La hurdleuse martiniquaise a rapporté à la France sa deuxième médaille de bronze ce mardi soir à l’Alexander Stadium, en courant son 100 m haies en 12’’73. Si Samuel Vessat et Yann Chaussinand ont connu un jour sans, Muhammad Abdallah Kounta a envoyé un message lors des demi-finales du 400 m masculin, alors que les trois perchistes féminines ont passé le cut des qualifications.
Pas souvent heureuse lors des grands championnats, Laeticia Bapté a trouvé mardi soir à Birmingham la récompense d’un dur labeur, en prenant la médaille de bronze du 100 m haies, en 12’’73 (-0,8 m/s). « Enfin, ma première médaille internationale ! », s’époumonait-elle quelques minutes plus tard. Le chemin a effectivement été long pour la Martiniquaise de l’US Robert. Il a fallu de très longues dizaines de secondes au jury pour départager la vainqueure hollandaise Nadine Visser de sa dauphine polonaise Pia Skrzyszowska (12’’67), retardant d’autant le départage à la photo-finish de Bapté et de la championne du monde Ditaji Kambundjii (4e en 12’’75). « C’était très long, alors j’ai prié avant de voir mon nom sur le tableau », racontait l’élève de Ketty Cham au Creps des Antilles. Plus largement, c’est toute l’année 2025 qui avait mis à l’épreuve Bapté, blessée à un genou en février alors qu’elle semblait dans la forme de sa vie pendant sa saison en salle, et dont l’été a été quasi-blanc. « J’ai bossé avec ma coach, mes kinés, et tout ce travail paie aujourd’hui », savourait-elle.
Sa préparatrice mentale et sa psychologue sont également associées à ses louanges, puisqu’elles ont aidé la quintuple championne de France indoor à faire fi du stress qui l’a souvent envahie lorsqu’elle avait le maillot national sur les épaules. « J’avais décidé d’aborder la journée de façon ‘’cool’’, parce qu’on avait constaté que quand je me mettais la pression sur un objectif, j’avais tendance à me brider et à ne plus savoir courir… » Qualifiée au temps au sortir des demi-finales (en 12’’77), Bapté a exploité son couloir 2 aveugle à merveille, résistant au retour de la championne du monde helvète dans les derniers mètres. « Je ne voyais pas les autres filles, tellement j’étais concentrée sur la ligne d’arrivée. Je me disais ‘’va jusque là-bas, on verra bien après’’ », envoyait-elle. Au bout de l’effort, un grand plaisir, décuplé par la conscience du temps passé à courir après.
Quelques grimaces commençaient à poindre sur les visages des supporters français avant le coup de pétard de la troisième demi-finale du 400 m masculin, à la suite des éliminations de Samuel Vessat et Yann Spillmann lors des courses précédentes. En un tour de piste, Muhammad Abdallah Kounta s’est chargé de les effacer avec une prestation plus que probante. En retard sur ses adversaires à mi-parcours, le sprinter du Val d’Europe Montévrain Athlétisme a produit une dernière ligne droite impressionnante de puissance pour couper la ligne en 44’’38. Son nouveau record, pour 17 centièmes, le meilleur chrono de la journée et la deuxième performance française de tous les temps. « L’objectif est rempli, j’ai respecté les consignes du coach : rester relâché et reproduire ce que l’on travaille à l’entraînement. Je commence à avoir une bonne connaissance du 400 m, j’ai l’habitude de ne pas paniquer lorsque les autres partent plus vite que moi », posait-il, l’œil serein. S’il a probablement noté que le favori britannique Matthew Hudson-Smith s’est largement économisé lors de sa demie, rien ne fait peur à ‘’Misry’’. « Il faudra aller plus vite pour monter sur le podium, mais je sens que j’ai encore une marge importante », jurait-il, avant de s’éclipser pour récupérer.
Le recordman de France Samuel Vessat ne l’accompagnera pas lors de la grande explication, après avoir pris la sixième place de sa course, en 45’’40. Strappé à la cheville droite, le héros d’Albi était fatigué, après une année universitaire à rallonge aux Etats-Unis. « J’ai tout donné, mais les jambes ne répondaient pas vraiment aujourd’hui. Je n’aime pas trop m’attarder là-dessus, mais après une grosse saison, les petits bobos finissent forcément par s’accumuler, donc je n’ai pas de regret personnel », analysait-il. Yann Spillmann a également terminé son aventure individuelle à ce stade, avec une sixième place en 45’’56 qui le laissait « un peu dégoûté ».
Les grands championnats ont décidément du mal à sourire à Yann Chaussinand. Le Clermontois y met pourtant du sien dans sa préparation, mais il a, une nouvelle fois, connu un scénario cruel lors de la finale du marteau. En voulant « corriger le faux-rythme » qui avait ombragé ses qualifs, le recordman de France a « mis un peu trop d’envie » dans ses deux premiers jets, qui ont achevé leur course dans la cage. Condamné à un hold-up avec une seule balle dans le barillet, Chaussinand est parvenu à envoyer son engin à 76,19 m lors de sa troisième tentative. Il aurait fallu 72 centimètres de plus pour figurer parmi les huit amenés à se disputer les médailles. « Je suis très déçu, parce que ces championnats étaient un objectif important de la saison », ne cachait pas l’Auvergnat. Les championnats Ultimate Athletics de Budapest (Hongrie), début septembre, seront son motif d’espoir pour donner un éclairage plus lumineux à sa saison 2026 brillante jusqu’à ce mardi. La victoire est revenue au Hongrois Bence Halasz, auteur de la meilleure performance mondiale de l’année avec 84,25 m, alors que la médaille de bronze s’est jouée à 79,49 m.
Pour la première fois de l’histoire, il y aura trois perchistes féminines tricolores en finale des championnats d’Europe. C’était la cinquième fois que la France envoyait trois représentantes dans cette discipline depuis son apparition au programme en 1998, la troisième de rang, mais il en avait toujours manqué une ou deux à l’appel lors du deuxième tour, jusqu’alors. Impeccable à 4,40 m et 4,50 m, Marie-Julie Bonnin a donné le la tout en s’économisant. Margot Chevrier et Bérénice Petit ont bien mené leur barque en domptant 4,25 m puis 4,40 m dès leur première tentative, ce qui était suffisant pour voir plus loin. La Bordelaise a mis un point d’honneur à franchir 4,50 m, au troisième essai, pour remplir un peu plus sa fiole de confiance.
Sacha Alessandrini ne savait pas vraiment sur quel pied danser, au terme de la finale du 100 m haies, qu’elle a quittée sur une sixième place en 12’’92. Qualifiée au temps avec ses 12’’89 au tour précédent, la Niçoise était à la fois « fière d’obtenir [sa] première finale internationale, et frustrée de voir que le podium ne s’est pas joué très haut ». Malgré un soupçon de crispation qui l’a empêchée de « s’exprimer pleinement et de trouver les bonnes sensations », la championne de France a livré une course cohérente. Avant d’aller partager l’attente anxieuse de sa compatriote Laeticia Bapté, avec l’issue qu’on connaît. « Je suis très heureuse pour elle, parce que je sais ce qu’elle a traversé. Aujourd’hui était son jour, j’espère que la prochaine fois, ce sera le mien… »