Equipe de France / Compte-rendu
15 Août 2026 - Par Etienne Nappey
Mise à jour : 16 Août 2026 (01h50)
Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
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Aurélien Quinion a décroché la première médaille internationale de sa carrière ce samedi dans les rues de Birmingham, au bout de l’effort sur un marathon marche achevé dans les étoiles. Pauline Stey a frôlé l’exploit sur le semi-marathon, qu’elle a terminé quatrième, à cinq secondes du bronze.
Dans un autre monde. « Sur la planète Mars (ou marche ?) », pour reprendre les mots de son compère Martin Madeline-Degy. A l'arrivée du marathon marche, après 2h59’29’’ d’effort, Aurélien Quinion ne semblait plus savoir où il était, ni ce qu’il devait faire. Au point même d’avoir un mouvement de recul au moment de franchir la ligne, après avoir déjà failli repartir pour un tour de circuit quelques secondes plus tôt. Le regard et le réservoir d’énergie vides, le Val-d’Oisien a pu compter sur l’aide des bénévoles pour trouver quelques repères. Et ce n’est que quelques minutes plus tard, quand on lui mit une médaille autour du cou, et un drapeau bleu-blanc-rouge sur les épaules, qu’il sembla prendre conscience de la situation. « Déjà sur le parcours, tout le monde me parlait, me disait de ralentir, d’accélérer, de prendre la gauche de la route, la droite. C’était compliqué, je ne comprenais plus grand-chose », remettait-il. Qu’importe, l’essentiel pendait à un ruban sur sa poitrine. « C’est ma première médaille internationale ! Beaucoup de gens m’ont dit depuis un moment que je pouvais le faire, et maintenant, elle est là. »
Pour y parvenir, le marcheur a d’abord installé son pas dans un groupe de cinq avec les Italiens Stano et Orsoni, l’Espagnol Lopez et l’Allemand Linke, laissant le Hongrois Venyercsan se lancer dans une échappée solitaire vouée à l’éphémère. Lorsque Lopez, d’abord, puis les Italiens firent l’effort pour récupérer le Magyar, à l’approche de la mi-course, Quinion semblait marquer le pas, même s’il réussissait à stabiliser l’écart à une poignée de secondes. Sur un parcours exigeant, rarement plat et sur une route inégale et probablement trop étroite pour accueillir 140 marcheurs en même temps (les quatre épreuves avaient lieu en simultané sur la même boucle d’un kilomètre), l’effort s’est avéré « extrêmement dur » pour le cinquième des Mondiaux 2025 sur 35 km. Et comme souvent, les derniers kilomètres ont produit leur lot de rebondissements. Massimo Stano a passé tout le monde en revue pour conquérir l’or et le record du monde en 2h56’49’’, huit secondes devant Miguel Angel Lopez. Orsoni ayant craqué entre-temps, Quinion se retrouvait quatrième à trois bornes du but. Entamé physiquement et sous le coup de deux cartons, il n’était pas en mesure de menacer Bence Venyercsan pour s’offrir son moment de gloire. Les juges se chargeaient pour lui de le propulser dans les étoiles, en infligeant au Hongrois son troisième carton rouge de la journée, à moins d’un kilomètre de la ligne. « Je savais depuis longtemps qu’il était sous la menace », remarquait Aurélien après coup.
Tout heureux de l’issue favorable, il pouvait savourer la récompense de ses années de labeur. « Je ne dirais pas des années de souffrance, mais de travail. J’ai commencé à côté du radiateur au fond de la classe, et maintenant, je peux dire que je fais partie des bons élèves. Bon, à partir de la prochaine fois, je viserai l’or, pour être le meilleur. » Pour ce qui est des émotions procurées, c’est bien lui le major de promo.
Cinq malheureuses secondes. C’est ce qu’il a manqué à Pauline Stey pour décrocher la première médaille individuelle de la marche féminine à l’échelle internationale. L’Alsacienne a pourtant « tout donné jusqu’au dernier mètre », s’écroulant sur le dos une fois la ligne franchie. En 1h31’12’’, Stey a sorti le grand jeu dans les rues de Birmingham, autour de la cathédrale Saint-Philippe. Ce chrono, qui deviendra dans quinze jours le record de France (du fait de la nouveauté de la distance, la « labellisation » de la performance se fera au 31 août), n’a hélas pas suffi pour lui permettre de monter sur la boite tant convoitée. Derrière l’Espagnole Maria Perez, qui a établi le record du monde en 1h30’06’’ au terme d’une nouvelle démonstration de force, l’Italienne Alexandrina Mihai a pris l’argent en 1h31’04’’ et l’Ukrainienne Lyudmdila Olyanovska le bronze en 1h31’07’’. Ces deux-là ont déclenché un peu plus tôt que la Française la chasse derrière Perez et Antonella Palmisano, qui s’était mise en tête de la suivre avant de craquer à huit kilomètres du but. « Je suis forcément un peu déçue, mais je n’aurais pas pu faire autrement dans ma stratégie. La fin de course a déjà été très difficile comme ça, alors je n’imagine pas si j’avais pris encore plus de risques. Il m’a manqué 500 mètres pour revenir, mais il n’y avait pas 500 m de plus sur cette course… », retraçait Pauline Stey. La championne de France a surmonté des « petits pépins médicaux » dans la semaine précédant le départ pour mettre un sacré coup de rabot à sa précédente référence chronométrique, puisqu’elle avait marché en 1h33’54’’ à Lens, début mars, pour ses débuts sur semi-marathon.
Derrière, Ana Delahaie a pris une excellente sixième place, en 1h33’32’’, à la faveur d’une remarquable gestion de son effort. « J’ai tenu des allures bien plus élevées que ce que j’imaginais, s’enthousiasmait-elle. J’ai même réussi un negative split, ce qui ne m’était jamais arrivé. Ca me montre que j’ai franchi un cap. » Pour sa première incursion aux championnats d’Europe seniors, pas de doute : elle est « entrée dans la cour des grands ». Clémence Beretta a coupé la ligne en septième position, et en 1h34’10’’. « Un peu trop audacieuse sur les premiers kilomètres », qui l’ont vue filer le train des cadors européennes, elle a subi « un grand coup de pompe après une demi-heure de marche. »
Sans se désunir, elle a su serrer les dents pour garder sa place dans le top 8, pour la troisième fois de rang, après Munich en 2022 et Rome en 2024. « On n’est pas encore sur le podium, mais on en est de moins en moins loin », prophétisait-elle au moment de s’éclipser.
L’histoire retiendra que Camille Moutard est la première Française finaliste des championnats d’Europe sur marathon marche. Pour l’apparition de la discipline, la Dijonnaise s’est classée huitième, en 3h31’56’’. Une demi-déception pour la Bourguignonne, qui « visait un podium » mais a dû faire face à d’importants problèmes gastriques, dès le sixième kilomètre, qui l’ont contrainte à s’arrêter trois fois pour soulager ses douleurs. « Il n’y a que dans les douze derniers kilomètres que j’ai réussi à me lâcher. Mais faire 25 bornes à essayer de gérer ça, pfff... J’essayais de revenir sur les filles de devant, mais je perdais du temps à chaque fois que je m’arrêtais. C’est frustrant », commentait-elle après en avoir terminé.
Novice à ce niveau, Kilian Lebreton a pu mesurer l’exigence du très haut niveau. Les difficultés proposées par le parcours et la densité du plateau l’ont condamné à marcher en chasse-patate. « Quand le groupe dans lequel j’étais a accéléré, je n’ai pas réussi à répondre. Sur un tracé plus plat, j’aurais peut-être pu tenir davantage, mais aujourd’hui, les jambes n’étaient pas là dans les montées. Dès la mi-course, je les sentais déjà très lourdes », reconnaissait-il. En 1h28’22’’, il a pris la treizième place d’une course survolée par l’Espagnol Paul McGrath en 1h23’23’’. Plus à l’aise que son compatriote sur le plan physique, Martin Madeline-Degy a tout de même obtenu un résultat comparable sur la distance supérieure. Quatorzième du marathon marche en 3h08’12’’, après un passage de quatre minutes en zone de pénalité, le Blagnacois avouait lucidement qu’il avait « les moyens de [se] battre avec les meilleurs, mais sans être suffisamment solide au niveau de la technique pour ce niveau-là. Ça montre qu’il reste du travail. »