Equipe de France / Compte-rendu
14 Décembre 2025 - Par Florian Gaudin-Winer
Mise à jour : 22 Décembre 2025 (11h03)
Photos : © Stéphane Kempinaire / KMSP
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L’équipe de France a vécu un dimanche inoubliable à Lagoa (Portugal), en explosant son record de médailles avec neuf récompenses dont le titre collectif pour les U23 femmes, une grande première. Il n’a manqué que l’or individuel pour conclure en beauté ce dimanche de rêve. Il a échappé de peu à Jimmy Gressier, vice-champion d’Europe chez les seniors hommes après avoir trébuché à l’entrée de la dernière ligne droite alors qu’il était à la lutte avec l’Espagnol Thierry Ndikumwenayo, finalement vainqueur.
Le premier titre d’une équipe de France féminine U23 aux championnats d’Europe U23 s’est joué à rien. Ou plutôt à beaucoup : une solidarité de chaque instant et une volonté de ne rien lâcher jusqu’à la ligne, sur le tourniquet usant du parc urbain de Lagoa. A égalité avec l’Allemagne avec 21 points, les Bleues ont décroché l’or grâce au classement de la meilleure troisième entre les deux nations. En l’occurrence Nélie Clément, neuvième après avoir longtemps évolué en chasse-patates sur un tracé cabossé et sinueux qui convenait à ses qualités de spécialiste de la course en montagne. « Voir les filles juste devant, je me suis dit que ça pouvait donner un truc de ‘’ouf’’ (sic) par équipes », raconte la polyvalente fondeuse du Gap Hautes Alpes Athlétisme. Bien vu puisque, avec Julia David-Smith et Camille Place, excellentes 5e et 7e, les U23 tricolores ont, pour la première fois dans l’histoire des championnats d’Europe de cross, été trois à intégrer le top 10. « Avoir Camille à côté de moi m’a beaucoup aidée, on a travaillé ensemble toute la course », soulignait David-Smith.
Avec une Jade Le Corre à 100 %, les Françaises auraient même pu frapper encore plus fort. Mais cette dernière, vainqueure du cross de sélection à Allonnes, n’a pas pu véritablement s’exprimer après être tombée malade samedi. Elle a tout de même tenu à rallier l’arrivée (53e) et ses coéquipières, auxquelles il faut ajouter Lola Darcy (48e), lui ont dit leur fierté et l’ont longuement consolée après la course. La sociétaire de l’EA Saint-Quentin-en-Yvelines a pu retrouver le sourire sur la première marche du podium. La première victoire d’un collectif espoir féminin si l’on excepte le titre de 1996, une époque où les résultats dans cette catégorie n’étaient pas comptabilisés officiellement.
Et soudain, tout espoir de titre s’est envolé. Jimmy Gressier aborde le dernier virage de la course seniors hommes au coude-à-coude avec Thierry Ndikumwenayo. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de lâcher depuis plusieurs kilomètres l’Espagnol né au Burundi. Mais le médaillé de bronze des Europe de cross 2024, par ailleurs 9e des Mondiaux la même année dans les labours, est sacrément accrocheur. Avec des références en 12’47’’67 sur 5000 m et 26’49’’49 sur 10 000 m, il est une pointure de classe internationale. Et c’est donc dans ces cinquante derniers mètres en montée que Gressier et Ndikumwenayo doivent s’expliquer.
La suite, c’est le double médaillé des Mondiaux de Tokyo qui la raconte : « J’étais quand même déjà bien épuisé et crispé avant d’accélérer. J’ai essayé de prendre l’extérieur, mais j’ai été un petit peu déporté et il avait la meilleure position. Dans le dernier virage, j’essaye d’appuyer. Je prends une petite botte de terre qui avait été retournée par d’autres concurrents, je perds mes appuis et je manque de tomber. Après, je ne peux plus rien faire. Les finishs s’enchaînent mais ne se ressemblent pas », glisse-t-il, en référence à sa dernière ligne droite lors de son titre sur 10 000 m dans la capitale japonaise.
Après avoir repris l’entraînement il y a deux mois, l’élève d’Arnaud Dinielle à Boulogne-sur-Mer était peut-être encore un peu juste pour rejoindre « (son) ami Yann Schrub dans le cercle fermé des champions d’Europe. Il ne m’a pas manqué grand-chose, peut-être un mois d’entraînement en plus et un peu de spécifique pour être plus juteux aujourd’hui », analysait-il à chaud. Avec quatre semaines d’entraînement en plus dans les jambes, il a encore du temps pour monter en puissance avant les Mondiaux de cross à Tallahassee aux Etats-Unis (10 janvier), où il briguera une récompense collective avec ses coéquipiers. Un podium par équipes sur lequel il est monté ce dimanche, en compagnie de Fabien Palcau (15e), Simon Bédard (20e), Luc Le Baron (27e) et Valentin Bresc (36e). Les Tricolores, devancés par les Espagnols et les Irlandais, visaient plus haut que la troisième place. Ils ont eu la malchance de perdre en route Hugo Hay, inconsolable après avoir été contraint à l’abandon à cause d’une douleur intense au tendon d’Achille, alors qu’il était à la lutte pour la troisième place.
Même rang pour le collectif seniors femmes, troisième derrière la Belgique et la Grande-Bretagne, mais juste devant l'Italie et les Pays-Bas, à respectivement un et cinq points. Un résultat que les Françaises sont allées chercher avec une combativité symbolisée par Agathe Guillemot, excellente 11e d’une course survolée par la favorite italienne Nadia Battocletti. La mileuse bretonne s’est écroulée juste après avoir franchi la ligne d’arrivée, une conclusion qu’elle racontait avec son sens de l’humour habituel : « Pour le moment, j’ai encore du taf pour vraiment apprécier ce genre de cross, vu l’état dans lequel je finis. Je termine comme dans un clip de Nicki Minaj, en marchant à quatre pattes. C’est chaud-patate ! Mais je suis trop contente de m’être humiliée comme ça pour l’équipe de France. » Elle termine juste devant Anaëlle Guillonnet (12e), qui confirme sous le maillot bleu le palier franchi, alors qu’Alessia Zarbo (19e), un peu en retrait par rapport à ses prestations des dernières semaines, finit de justesse dans le top 20. Marie Loheac Bouchard (24e) et Célia Tabet (42e), victime d’une chute en début de course, terminent plus loin.
Ils ont franchi la ligne d’arrivée et sont tombés dans les bras l’un de l’autre. Aurélien Radja et Pierre Boudy se sont offert un double bonheur à quelques secondes d’intervalle, avec l’argent et le bronze en individuel. Un scénario pas si inhabituel que cela pour l’équipe de France chez les U23, puisqu’il s’était déjà produit à quatre reprises : en 2009 avec Smaïl (1er) et Chahdi (2e), en 2010 avec Chahdi (1er) et Carvalho (2e), ainsi qu’avec Gressier et Hay en 2017 et 2018 (1er et 2e, puis 1er et 3e).
Après un peu plus de trois kilomètres d’observation, l’Irlandais Nicholas Griggs, porté par une enthousiaste colonie de supporters, a assumé son statut de favori en s’échappant. Aurélien Radja, dans un grand jour, a été le seul en mesure d’accompagner le futur champion d’Europe, également en or par équipes. S’il a fini par céder, le demi-fondeur du Stade Sottevillais 76 obtient le meilleur résultat de sa carrière sous le maillot tricolore, après en avoir longtemps bavé. « J’ai commencé à prendre en maturité et à rester calme lors de mes courses, et ça a porté ses fruits aujourd’hui, expliquait le Normand. C’est la première fois où je respecte le plan jusqu’au bout. L’an dernier, ça s’était très mal passé aux Europe alors que je visais le top 5. C’était une grosse désillusion, je m’étais peut-être vu trop beau. Et cet été, lors du rendez-vous continental, j’étais encore très déçu sur 5000 m. J’avais à cœur de me venger. »
Finaliste sur 3000 m steeple lors des Europe U23, Pierre Boudy affichait lui aussi un grand sourire, avec le sens du collectif qui le caractérise : « Ça m’a vraiment motivé de voir Aurélien devant. Je me suis dit que si lui avait le droit de faire un podium, je ne voyais pas pourquoi je ne pouvais pas partager ça avec lui. Je pensais aussi à l’équipe, où chacun se battait à fond pour chaque place. » Un investissement récompensé par une médaille d’argent pour les Bleus (Anas Lagtiy Chaoudar 28e, Oscar Thebaud 39e, Ishak Dahmani 49e), comme l’an dernier à Antalya (Turquie).
C’est la divine surprise de ce dimanche ensoleillé en Algarve. Lucie Paturel, pour ses débuts en équipe de France, a obtenu le meilleur résultat de l’histoire pour une U20 tricolore aux championnats d’Europe de cross. Elle est d’ailleurs seulement la deuxième junior à monter sur le podium, après Jade Le Corre en 2023. Pour devenir vice-championne d’Europe, la camarade de club d’Aurélien Radja a réalisé une course pleine de sagesse, comme si elle avait déjà dix ans d’expérience avec les Bleus. Quinzième après la première boucle, cinquième à un kilomètre de l’arrivée, elle a fini très fort pour être la deuxième à passer la ligne, 32 secondes après l’intouchable Britannique Innes Fitzgerald. « Dans la dernière montée, je me suis dit que c’était la dernière chance, retraçait-elle, les joues encore rosies par l’effort. Même après l’arrivée, je ne réalisais toujours pas que j’étais en argent. Je me demandais où étaient passées les autres filles. » L’étudiante en STAPS, première du cross de sélection à Pontcharra, vient de changer de dimension en l’espace d’un mois et va montrer la voie à suivre à un collectif français qui a dû se contenter de la 8e place.
Aloïs Abraham n’en finit pas de brûler les étapes et, le pire, c’est qu’il y avait une forme de logique à voir le junior première année s’inviter à la table des grands dès son premier rendez-vous continental dans les labours. Un peu à l’image de Lucie Paturel, il a su attendre son heure et, au cinquième rang à 400 m de l’arrivée, il a fait parler ses qualités de miler dans l’emballage final. Troisième derrière le Belge Willem Renders et l’Espagnol Oscar Gaitan, il entame sans doute un long bail sur les podiums européens U20. « Cet été, j’avais terminé 4e du 1500 m aux Europe, donc j’avais un peu une revanche à prendre, rappelait-il. J’avais à cœur de bien faire et j’ai encore deux ans pour faire mieux. » Pas forcément une bonne nouvelle pour ses adversaires. Par équipes, scénario cruel pour Abraham et ses camarades, annoncés en bronze dans un premier temps avant de rétrograder d’une place, à la suite d’une erreur dans l’annonce des résultats qui replaçait les Britanniques au deuxième rang.
Le relais mixte, qui restait sur six médailles consécutives, a aussi terminé au pied du podium. Antoine Senard a pourtant réalisé à nouveau un grand numéro, sur un format où il est systématiquement très impressionnant. Après avoir reçu le témoin des mains de Bérénice Fulchiron, il a réalisé une superbe remontée pour faire remonter l'équipe à la deuxième place, tout près de la tête. Emilie Girard a, elle, bouclé son parcours au troisième rang. Mais Maël Gouyette n’a pas pu résister au retour du champion du monde du 1500 m, le Portugais Isaac Nader.