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Equipe de France / Compte-rendu

Championnats d’Europe off-road : Tranchand et les Bleus rois du continent

6 Juin 2026 - Par Florian Gaudin-Winer

Mise à jour : 7 Juin 2026 (15h21)

Photos : © Alanis Duc / FFA

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Moins d’un an après son titre mondial, Frédéric Tranchand a confirmé sa capacité à briller sous le maillot de l’équipe de France, en montant sur la plus haute marche du podium lors du trail des Europe de Ljubljana-Kamnik (Slovénie). Avec le bronze d’Antoine Charvolin et l’or par équipes, le triomphe est presque total pour les Tricolores. Leurs homologues féminines ont, elles, décroché une belle médaille d’argent.

Il connaissait déjà la chorégraphie. Saisir le drapeau bleu, blanc, rouge des mains d’un spectateur, se retourner une dernière fois pour vérifier que personne ne revenait de l’arrière, et franchir la ligne d’arrivée le visage extatique. Comme en septembre dernier lors des Mondiaux de Canfranc dans les Pyrénées espagnoles, Frédéric Tranchand a pu prendre le temps de savourer, dans les Alpes kamniques, son second titre international consécutif. L’ex-orienteur de 38 ans a signé une nouvelle copie parfaite, en s’appuyant à la fois sur sa tête et ses jambes.

S’il s’était vite échappé seul en tête en Espagne, l’élève d’Adrien Séguret a, cette fois, dû composer avec la résistance d’un homme : l’Italien Daniel Pattis, en grande forme avec, mi-mai, une 2e place lors de la classique espagnole Zegama-Aizkorri. Un groupe de tête de quatre athlètes s’est constitué dès le début de la première ascension - celle empruntée par les spécialistes de la course en montagne hier et toujours noyée dans le brouillard - , avec les deux traileurs déjà cités, ainsi qu’Antoine Charvolin et le Norvégien Stian Hovind Angermund. Puis Tranchand et Pattis se sont isolés à l’avant et ne se sont plus quittés jusqu’à quasi la mi-course. C’est dans une descente, après un passage sur un grand plateau, que le Tricolore, particulièrement à l’aise sur les terrains glissants, a fait la différence.

Une prise de risques payante

« C’était très technique avec de la boue et des racines, j’ai attaqué à ce moment-là et j’ai fait le ‘’gap’’, retraçait à l’arrivée Frédéric Tranchand, le visage rougi par l’effort. J’ai pris des risques, j’aurais pu tomber. Mais Pattis, pour lequel j’ai le plus grand respect, était plus rapide que moi sur le plat, je ne voulais pas être avec lui sur la dernière partie. » Une stratégie payante puisque, avec un peu plus d’une minute d’avance au 29e km, et trois minutes au 43e km, il n’a jamais cessé de creuser l’écart. Et malgré des crampes sur la fin sur un tracé devenu plus roulant, il a franchi la ligne en 3h55’14’’ après 52 km d’effort, avec 4’40’’ d’avance sur le Transalpin. « Je n’étais pas super en confiance car je ne savais pas s’il revenait, donc j’ai maintenu l’effort, expliquait l’athlète originaire de la Loire et récemment installé à Chamonix. Je suis très content de ma performance et surtout de ma gestion de course. Je voulais prouvais que j’étais encore capable de performer au niveau international. Je ne suis pas tout jeune, certaines de mes capacités vont peut-être commencer à baisser, mais je possède une vraie maturité dans le trail aujourd’hui. »

Charvolin, le bronze de la sagesse

Antoine Charvolin, coaché lui aussi par Adrien Séguret, a onze années de moins au compteur, mais a fait preuve d’une intelligence de course bluffante. Peut-être grâce au maillot de l’équipe de France puisque, comme il le confiait, avoir son rôle à jouer dans le cadre du collectif l’a incité à ne pas s’enflammer. « L’idée était de réaliser une course sage pour assurer, racontait-il. Si j’avais couru juste pour ma pomme, j’aurais peut-être pris plus de risques. Je suis resté sage pour ne pas exploser. C’est cette gestion qui m’a permis de finir fort. » Longtemps en chasse derrière le duo de tête en compagnie du Norvégien Stian Hovind Angermund, qui a fini par craquer lors de la deuxième partie de course (6e), le traileur d’Annecy Athlétisme est allé chercher un magnifique bronze en 4h05’13’’, pour ses débuts chez les Bleus. « Repartir avec une médaille individuelle quand on voit les monstres qui étaient présents au départ, ça me rend vraiment très content », appréciait-il.

Un bonheur à conjuguer au pluriel, puisque l’équipe de France est allée chercher le titre par équipes avec maestria. Rémy Brassac a, lui aussi, intégré le top 10 et passé la ligne avec le drapeau, avec une superbe 7e place en 4h11’41’’. Malgré une chute dans la descente suivant le second ravitaillement, qui n’a heureusement causé que des dégâts superficiels au niveau de son genou. Lucide, il a pris le temps de réépingler son dossard pour bien conserver sa puce lui permettant de pointer aux différents passages chronométriques. « Une médaille internationale, c’est un petit rêve pour moi », soufflait-il en finissant de se faire soigner. Avec un total de 11 points, les Bleus, qui ont également vu le champion de France Florian Bernabeu-Seguy terminer dans les vingt premiers (19e en 4h21’04’’), ont survolé les débats, devant les Polonais et les Espagnols.

Les Bleues ont joué la carte collective

Dans une ville de Kamnik enfin baignée de soleil, avec des conditions météo plus clémentes sur la fin, qui ont permis de découvrir le panorama bucolique et vert des Alpes slovènes, l’euphorie a fini par saisir le clan bleu. Puisque, avec la médaille d’argent collective des traileuses, la France a, depuis le début de ces championnats, réussi à placer toutes ses équipes sur le podium. Quatrièmes sur le papier, les Tricolores ont réussi à déjouer les pronostics en réalisant une formidable course d’équipe. Sans se mêler à la lutte pour la victoire individuelle, qui est revenue à la Suissesse Judith Wyder en 4h36’41’’ - encore une athlète issue de la course d’orientation - devant l’Espagnole Maria La Chica (4h40’24’’) et la Suédoise Emma Eriksson (4h40’38’’) - elles ont longtemps couru dans les mêmes eaux, en embuscade derrière les leaders.

Une tactique qui a porté ses fruits, malgré l’abandon d’Anne-Cécile Thévenot, touchée à la hanche. Les jeunes mamans Audrey Tanguy et Adeline Martin se sont respectivement classées 6e en 4h47’51’’ et 7e en 4h49’28’’, après s’être quittées uniquement lors de l’ultime bosse, alors que Marie Goncalves n’a rien lâché pour finir 10e en 4h56’01’’. Elles ont terminé avec un total de 23 points, à 6 unités des Suissesses, le bronze revenant aux Espagnoles. « C’est génial, je ne pouvais pas rêver mieux, j’adore cette équipe et ces filles », s’exclamait Audrey Tanguy, la larme à l’œil comme ses coéquipières. ‘’L’esprit France’’ a de beaux jours devant lui, et nul doute que, ce dimanche, les traileurs seront au bord du parcours pour encourager leurs camarades montagnards, déjà brillants hier. Pour, peut-être, un bouquet final en forme d’apothéose.