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Championnats d’Europe U23 : Konate et Erius font résonner la Marseillaise

18 Juillet 2025 - Par Guillaume Willecoq

Mise à jour : 19 Juillet 2025 (22h42)

Photos : © Lukasz Szelag / SprintShot

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Championnats d’Europe U23 : Konate et Erius font résonner la Marseillaise

L’équipe de France a décroché ses quatre premières médailles lors des championnats d’Europe Espoirs de Bergen. Erwan Konaté l’a emporté à la longueur, établissant un nouveau record de France U23, tandis que Jeff Erius s’est imposé sur 100 m. Clémence Rougier (argent au triple saut) et Antoine Ferranti (bronze au décathlon) complètent la moisson du jour.

La Perf'

Erwan Konate a encore frappé

Il danse au bord du bac à sable. Va haranguer ses coéquipiers du team France et exulter avec eux. Ce n’est encore que le cinquième essai mais Erwan Konaté sait qu’il a frappé très fort. Après un début de concours délicat (deux sauts non validés, deux autres aux alentours de 7,80 m qui ne valent pas podium dans cette finale de championnats continentaux U23), le sociétaire de l’Amiens UC vient soudain de bondir à 8,25 m (+1.7). Plus loin qu’aucun des autres concurrents n’a jamais sauté, pas même le numéro 1 des bilans, le Bulgare Bozhidar Sarâboyukov (8,22 m). Plus loin que lui-même, le récent élève de la légende cubaine Ivan Pedroso, n’a jamais été mesuré (record personnel à 8,12 m jusque-là). Plus loin même que quiconque en France dans la catégorie U23, chipant le record de France à Jules Pommery (8,17 m en 2022).

Il devient même le sixième performeur français toutes tranches d’âges confondues, au contact de finalistes olympiques tels Jacques Rousseau (8,26 m), Kafetien Gomis (8,26 m) ou Emmanuel Bangue (8,25 m). La caméra le surprend à hurler « I’m the fucking best ! » après son sixième et dernier essai - mordu - et on peut entendre cette assurance. Sûr, Erwan Konaté confirme une nouvelle fois être un homme de championnats. De grands rendez-vous. Champion du monde juniors en 2021. Champion du monde juniors en 2022. Et à présent champion d’Europe espoirs en 2025… en attendant les « grands » : il n’est qu’à deux centimètres des minima World Athletics pour les championnats du monde de Tokyo en septembre, fixés à 8,27 m.

Dans son sillage, Mathis Vaitulukina a également réussi une superbe finale, mesuré à 7,93 m à son premier essai (+1.9), valant à la fois record personnel amélioré de dix centimètres et cinquième place finale du concours.

Le Temps Fort

Jeff Erius, pressé et en paix

Il a juste souri, s’est assis puis allongé sur la piste, tranquille, aux antipodes des effusions et des larmes de la Tchèque Karolina Manasova, titrée quelques minutes plus tôt sur cette même ligne droite. Jeff Erius venait pourtant de conquérir son premier titre en grand championnat à l’issue d’une course parfaitement menée, du départ avec un bon temps de réaction (0,139) aux dernières foulées où il résiste sans se crisper aux retours du Néerlandais Nsikak Ekpo et de l’Espagnol Abel Jordan. Le sociétaire du Lille Métropole Athlétisme coupe la ligne dans un 10’’28 très consistant considérant le vent défavorable (-2.0), respectivement deux et trois centièmes devant ses dauphins. Et profite donc, en paix, avant de rejoindre ses supporters du groupe France pour participer aux démonstrations de joie.

« Au départ, j’étais un peu stressé par la taille de l’évènement et les procédures mais, en course, je me suis senti bien, livre t-il. J’étais juste là pour courir et gagner. Je me sens avant tout très reconnaissant, particulièrement envers mes coachs pour leur accompagnement tout au long de l’année. Je ne sais pas si c’était la course parfaite, mais le plus important est de l’avoir gagnée. » D’autant que, le titre en poche, il pouvait bien avouer à présent avoir tout de même couru avec une petite arrière-pensée : « Cette médaille a un certain goût de revanche car j’avais ramené l’argent aux Europe juniors en 2021 puis, en 2023, je visais l’or mais je m’étais blessé quelques semaines avant les U20 de Jérusalem. Alors cette compétition était ma dernière occasion de boucler mon parcours dans les catégories de jeunes avec un titre. » Contrat rempli, le troisième performeur français de tous les temps (9’’98 l’été dernier) peut se tourner vers d’autres objectifs : « Les championnats de France et les minima pour les Mondiaux de Tokyo. » En piste !

La Décla

Je pense avoir très bien sauté aujourd’hui. Je suis émue parce que je restais sur deux années en-deçà à cause du stress et de tout ce qui peut advenir dans la vie de tous les jours.

De Clémence Rougier, argentée au triple saut. Championne d’Europe cadettes en 2022, avec à la clé un fabuleux 13,72 m explosant tous les bilans nationaux de la tranche d’âge, l’athlète du Limoges Athlé avait eu du mal à confirmer ensuite dans les grands rendez-vous, sans disparaître des radars (tout de même 7e des Europe juniors en 2023, puis 8e des Mondiaux en 2024) mais sans répondre à ses propres attentes. « Cette médaille met un terme à deux ans de disette », dit son co-entraîneur Michaël Bournazeix, tandis que le second, Jean-Christophe Sautour, présent à Bergen, parle d’un moment qui « efface les échecs ».

Et ce avec la manière puisque, après deux essais initiaux mordus, elle est montée en puissance avec un 13,61 m à sa troisième tentative, puis un 13,93 m à la cinquième, une performance non homologable à cause du vent (+2.3 m) mais synonyme de deuxième place derrière la Roumaine Alexia Ioana Dospin, intouchable avec deux records personnels dans cette finale, dont celui du titre à 14,05 m. Enfin, intouchable... Vraiment ? C’est aussi qu’échaudée par ses deux premiers essais manqués, la Française a ensuite très largement assuré le coup au niveau des marques. D’où ce sentiment « de joie, de fierté mais aussi un peu de frustration parce que sur mon saut à 13,93 m, je suis à 25 centimètres de la planche ! »

Le Chiffre

8032

Le nombre de points compilés par Antoine Ferranti au décathlon. C’est la deuxième fois de suite qu’il passe la barre des 8000 points, après ses 8221 de Tenerife (Espagne), le mois dernier. Un total qui lui permet de décrocher la médaille de bronze à Bergen, pour sa première sélection en équipe nationale, préservant son podium pour 30 points sur le 1500 m devant le Norvégien Jonathan Hertwig-Odegaard (8002), à distance du Suisse Andrin Huber (8188) et du Néerlandais Jeff Tesselaar (8108). Les deux autres Français engagés, Alexis Caule-Duler et Maxime Moitie-Charnois, ont été stoppés par un 0 à la perche.

La Coup Dur

Les Bleuets au pied du podium sur 110 m haies

Pas tant pour la perf que pour la place puisque, dans une finale du 110 m haies ouverte derrière le favori attendu Enzo Diessl (13’’46), Erwann Cinna a pris la quatrième place (13’’58), Théo Pedre la cinquième (13’’60), quand argent et bronze ont échu aux Belges Zeno van Neygen (13’’54) et Elie Bacari (13’’56). Bref, les centièmes n’ont pas souri aux Français sur les haies. La preuve ? Encore tout proche de son record personnel établi en séries (13’’73), les 13’’75 de Thomas Wilkes en demies l’ont laissé premier non-qualifié pour l’ultime explication.

Les Promesses

Déau a pris rendez-vous

Alexe Déau a impressionné en dominant sa demi-finale sur le tour de piste. Partie fort et solide jusqu’à l’arrivée, elle explose son record personnel, l’abaissant de 52’’12 à un impressionnant 51’’67 qui fait d’elle la quatrième meilleure U23 de tous les temps en France, derrière l’intouchable Marie-José Pérec (50’’84) mais toute proche de Solène Desert (51’’56) et Sokhna Lacoste (51’’62). Elle devient aussi la 12e meilleure Française tous âges confondus. En pleine bourre cette semaine, Felix Levasseur se qualifie lui aussi pour la finale du 400 m, troisième de sa demie en 45’’81. Parcours terminé en revanche pour Lou-Anne Pouzancre hoyer, huitième de sa demie (53’97).

Thomas Marques de Andrade a mis à profit la cadence folle de la série dans laquelle il est tombé - record des championnats pour l’Italien Francesco Pernici, en 1’44’’06, et cinq records personnels enregistrés au total - pour améliorer de 38 centièmes son chrono de référence sur 800 m, et le porter ainsi à 1’44’’50. Le Bordelais devient ainsi le quatrième espoir de tous les temps en France, derrière Pierre-Ambroise Bosse (1’42’’53), Yanis Meziane (1’43’’93) et Paul Anselmini (1’44’’40), ainsi que le 13e tricolore toutes tranches d’âge confondues. Il tentera de grappiller encore des places dans cette hiérarchie du double tour de piste lors de la finale, pour laquelle ce résultat lui permet de se qualifier au temps puisqu’il a terminé quatrième de sa série mais avec le quatrième chrono, aussi, sur l’ensemble des trois courses !

Et Aussi

Deschamps passe un cap

Deux autres records personnels ont été battus ce vendredi : sur 3000 m steeple, Clara Entresangle s’est qualifiée pour la finale en 9’57’’74 (une seconde et demie de mieux que son 9’59’’31 du mois de juin). Elle y sera accompagnée de Tanya Bouet, sixième de sa série et qualifiée au temps (10’06’’76). Quant à Simon Deschamps sur 400 m haies, il a été flashé en 49’’42, record personnel raboté de plus d’une demi-seconde. Il est dorénavant le septième U23 français de tous les temps. Pas de finale en revanche pour Aymeric Dutrevis (52’’04, huitième de sa demie) ni pour Candice Von Plauen (57’’97, sixième de sa demie).

Sur 1500 m, Adèle Gay signe le deuxième meilleur chrono de la journée pour gagner sa série en 4’12’’03. Ça ne passe pas en revanche pour Louisa Esmouni (4’15’’09) et Faustine Chaboche (4’18’’83), toutes deux sixièmes de leur série. Éliminations aussi d’Aucéane Bouijoux en demies du 100 m haies, et de Waly Bathily dès les séries du 200 m, alors qu’il s’avançait avec le troisième record personnel parmi les engagés.

Côté concours enfin, trois sur trois ce vendredi : Elise Russis et Nayah Cauvin font partie des douze perchistes ayant franchi 4,15 m en qualifications et disputeront donc la finale dimanche, tandis que Moustafa Diane sera de la partie en finale de la hauteur après avoir franchi les 2,16 m requis sans connaître le moindre échec.