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Equipe de France / Compte-rendu
20 Juillet 2025 - Par Guillaume Willecoq
Photos : © Lukasz Szelag / SprintShot
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Les championnats d’Europe espoirs de Bergen se sont achevés par quatre nouvelles médailles tricolores. A l’argent individuel d’Adèle Gay sur 1500 m s’est ajouté, en fin de journée, une collection de médailles de toutes les couleurs en relais : de l’or pour le 4x100 m masculin, assorti d’un record d’Europe U23 ; de l’argent pour le 4x400 masculin ; et du bronze pour le 4x400 féminin, record de France U23 à la clé. Les Bleuets quittent la Norvège forts de 12 récompenses, dont trois titres.
Les séries matinales du 4x100 m avaient donné le ton, Maxime Rebierre, Yoran Kabengele Kabala, Mohammed Badru et Dejan Ottou remportant nettement leur course (39’’11) et réalisant le quatrième temps sur l’ensemble trois séries. Alors, en ajoutant la perspective de faire entrer en finale le tout frais champion d’Europe du 100 m, Jeff Erius, les Bleuets avaient une grosse carte à jouer dans cette finale. Et, à vrai dire, ils n’ont même pas contraint leur leader, logiquement propulsé dernier relayeur, à l’exploit et/ou la remontée fantastique. Survoltés, Rebierre, Kabengele et Badru - auteur en particulier d’un troisième relais de feu - permettaient à Erius de recevoir le témoin en tête. L’espoir qui a déjà couru en 9’’98 départ arrêté n’avait plus qu’à finir le travail, en beauté : 9’’03 départ lancé pour, à l’arrivée, un chrono affolant de 38’’43, soit un record d’Europe U23 et des championnats. L’Allemagne (38’’80, dépossédée de son temps de référence continental détenu en 38’’70 depuis 2021) et l’Espagne (38’’86) sont loin dans le rétroviseur.
Le record national est, lui aussi, tombé. Curiosité de la réglementation, les 38’’53 des Jeux de Moscou en 1980, qui avaient permis à un relais bleu composé à 100 % d’athlètes de moins de 23 ans de monter sur la troisième marche du podium, était largement inférieur au record d’Europe mais ne pouvait pas être considéré comme tel. Quoi qu’il en soit, le voici en fin effacé des tablettes, 45 ans après.
Pour réussir cet exploit, le quatuor tricolores a fait preuve d’harmonie au moment des « transmissions de témoin, dixit Rebierre. On avait beaucoup insisté sur ce point à l’entraînement et ils ont tous été excellents aujourd’hui. » Badru : « On voulait cette médaille d’or qui nous avait échappé la dernière fois, à la photo finish face aux Italiens (aux championnats d’Europe U20 de Jérusalem 2023, ndlr). » Kabengele : « Il y a une super alchimie entre nous, une énergie dingue. La plupart du temps en athlé, on est seul en compétition, les relais sont un des rares moments où on peut gagner ensemble. C’est un moment que l’on n’oubliera jamais. » Erius : « Vous ressentez un boost d’énergie quand vous courez pour l’équipe. J’avais déjà ma médaille d’or, ma compétition était aboutie, mais je voulais aussi celle-là pour les potes. Je m’étais reposé ce matin pour être frais et tout donner en finale. Je savais qu’on pouvait faire un gros truc mais je ne m’attendais quand même pas à un chrono aussi fantastique ! »
Quand Alexe Déau récupère le témoin du 4x400 m en cinquième position, à distance respectable des trois premières qui ont posé une option sur le podium, le temps suspend son vol - ou l’U23 française la plus rapide sur 400 m depuis Marie-José Pérec l’accélère, on ne sait pas. De suite, celle qui fait office de dernière relayeuse éteint toute velléité (re)venue de l’arrière. Avale la Polonaise Dominika Duraj devant. Et part à l’assaut de la médaille. Si Yemi Mary John est déjà trop loin, vouée à conclure le travail collectif d’un collectif britannique qui comptait trois finalistes individuelles sur la distance (3’26’’52, record d’Europe U23), l’écart avec Rocio Arroyo et Anouk Krause-Jentsch fond à vue d’œil. L’Allemande craque et se fait passer par la tricolore, flashée en 50’’07 départ lancé (!) avec ce retour à la Floria Gueï, et l’on serait prêt à mettre une petite pièce sur le fait que l’Espagnole aurait subi le même sort avec vingt mètres de plus à parcourir…
C’est à l’arrivée un record de France espoirs qui accompagne cette médaille de bronze (3’28’’37) ainsi décrochée par Déau (seconde médaille dans ce championnat pour l’athlète de l’ASA Maisons-Alfort), Laure-Anne Faleme, Lou-Anne Pouzancre hoyer, Benedetta Kouakou ainsi que leurs coéquipières alignées en séries le matin, Léa Thery et Mathilde Descoux.
Je me souvenais de cette course de Jérusalem. J’étais loin du podium à l’époque, celui d’aujourd’hui est donc une énorme satisfaction.
Une course pour valider les progrès accomplis en deux ans : en 2023, c’est de loin, 11e de la finale et à autant de secondes de la première, qu’Adèle Gay assistait au sacre de Dilek Koçak sur le 1500 m des championnats d’Europe de Jérusalem. Depuis, les deux athlètes ne se sont plus guère croisées, la Turque basculant massivement sur 800 m, au point d’aborder sa finale à Bergen en sous-marin, nantie du 20e temps d’engagement cette semaine, en 4’16’’32… mais en ayant déjà couru dix secondes plus vite au printemps 2024 ! Entre-temps, Adèle Gay a pris de l’envergure sur cette distance, au point d’émarger en tête des bilans 2025 avec un très probant 4’07’’ de référence. Alors, quand Koçak a pris a pris d’entrée les commandes de la course, la double championne de France espoirs de la distance (plein air 2024, salle 2025), le danger identifié, s’est aussitôt calée dans sa foulée.
Ainsi se déroula l’essentiel de cette finale, jusqu’à ce que la sociétaire de l’Amiens UC place son accélération à la cloche, devant passer par l’extérieur pour remonter à hauteur de sa rivale. Le petit supplément de distance en trop au vu des centimètres qui devaient les séparer à l’arrivée ? La dernière ligne droite était haletante, les deux athlètes épaule contre épaule et la concurrence reléguée plus d’une demi-seconde derrière, mais Adèle ne parvenait pas à dépasser Koçak. La Turque de 19 ans l’emporte en 4’08’’79, un dixième devant la tricolore. « Oui, je venais pour l’or mais je ne suis pas déçue parce que je me suis bien battue, j’ai couru comme il le fallait, en suivant la tactique que nous avions établie avec les coaches, débriefait la médaillée d’argent du jour. Je me suis sentie portée par les encouragements de l’équipe. Après, dans les derniers mètres, il me manque un peu de pointe de vitesse, mais on sait que c’est mon point faible, c’est un axe de travail bien identifié. Cela reste un immense plaisir : c’est mon premier podium à l’international et, maintenant que j’ai ma médaille, je veux de l’or à l’avenir ! »
Ce qui a manqué au relais 4x400 m masculin pour dépoussiérer l’un des plus vieux records de France U23, propriété de Gilles Bertould, Christian Nicolau, Jacques Carette et Jean-Claude Nallet depuis 1969 ! Les Bleuets ont démontré une consistance à toute épreuve durant leurs 3’02’’60 d’efforts puisqu’ils n’ont jamais quitté le podium virtuel, assez vite décanté à l’avantage d’un trio Espagne, France, Allemagne à départager. Félix Levasseur a ainsi transmis son témoin en deuxième position à Maxime Wassmer, qui était encore troisième au moment de le céder à Benoît Moudio Priso, lui-même auteur d’un tour de piste XXL (45’’00 départ lancé) pour propulser en tête Allan Lacroix, lequel n’a ensuite été doublé que par le seul Espagnol Gerson Pozo. Aligné en séries, Nabil Tezkratt prend aussi sa part de mérite dans cette médaille.
Les relais, encore et toujours une excellence et une compétence française : seul le 4x100 féminin, composé de Nina Thévenin, Amandine Estival, Romane Colletin et Grace Tade, n’est pas monté sur la boîte ce dimanche, prenant la septième place de la finale en 44’’81, après la disqualification de la Pologne.
Du début jusqu’à la fin, la perche féminine aura été sens dessus dessous à Bergen. Dès les qualifications, vendredi, les trois meilleures concurrentes au bilan, l’Anglaise Gemma Tutton, la Grecque Anastasia Retsa et l’Italienne Great Nnachi, passaient à la trappe, scotchées à 4 m (et même moins pour la Grecque, à 3,85 m). Malheureusement pour Elise Russis et Nayah Cauvin, dès lors en tête des bilans côté rescapées des qualifs, la finale n’a pas plus répondu à la logique théorique. Après une entame chaotique (barre initiale à 4,10 m franchie au dernier essai, barre à 4,20 m au second), Élise s’était pourtant repositionnée dans la lutte pour les médailles en franchissant 4,30 m à sa première tentative.
C’était avant que la Tchèque Vickorie Ondrova, en échec à cette même hauteur, fasse tapis à 4,35 m pour son ultime essai… et franchisse cette barre, synonyme de record personnel ! Euphorique, la Tchèque remporte le concours en s’envolant même jusqu’à 4,45 m, soit 13 cm au-dessus de son record antérieur. Derrière, la Lituanienne Rugile Miklyciute s’offre record personnel et national, tous âges confondus, à 4,35 m pour prendre l’argent, ex-aequo avec l’Allemande Chiara Sistermann, qui égale quant à elle son « RP ». Rageant donc pour nos Françaises, qui terminent quatrième (Elise a tenté le jeu des impasses en vue de 4,40 m, en vain) et cinquième à 4,30 m, elles qui ont sauté 4,36 m en 2025.
Configuration rare dans ces championnats sur les longues distances, le 5000 m féminin s’est décanté rapidement : sous l’impulsion de l’Irlandaise Anika Thompson, elles n’étaient déjà plus que cinq en course pour les médailles au bout de quatre tours ! Parmi elles, Julia David-Smith, dans le bon rythme, calée en queue du petit groupe. Un quintet devenu quartet quand Sofia Thogersen - une cliente, deuxième temps d’engagement des finalistes - devait s’arrêter, au bord du malaise. Si l’Espagnole Maria Forero (15’43’’44) et l’Allemande Vanessa Mikitenko (15’51’’97) s’avéraient trop fortes, la Française du Nantes Métropole Athlétisme restait à l’affût d’une éventuelle défaillance de Thompson, mais celle-ci ne venait pas (15’56’’80) et David-Smith prenait la quatrième place de la finale (16’00’’62). Jade Le Corre suit en septième position (16’14’’20), tandis que Camille Place a dû abandonner.
La finale du 3000 m steeple, avec son record des championnats (Maciej Megier, 8’20’’17) et ses records nationaux U23 des Pays-Bas (Stefan Nillessen, 8’20’’48) et du Portugal (Lourenço Rodrigues, 8’21’’99) est allée trop vite pour que Pierre Boudy (7e, 8’30’’03, à une demi-seconde de son record personnel), Oscar Thébaud (13e, 8’51’’47) et Youssef Boutayeb (14e, 8’55’’84) puissent espérer prendre part à l’emballage final.
Maëva Bastien a vu ses rêves de podium à l’heptathlon s’envoler après le javelot (meilleur lancer validé à 29,67 m, dernière de l’épreuve) mais livre une compétition suffisamment aboutie par ailleurs pour porter son record personnel à 5831 points (huitième du classement final).
Vingt-quatre heures après l’argent d’Ana Delahaie, les garçons du 10 000 m marche n’ont pas été en mesure de l’imiter. Dans une course où l’intégralité du podium s’est disputée sous les 40’, Ellis Batifol (neuvième en 41’33’’26) et Hugo Ellul (13e en 41’43’’65) ont établi un nouveau record personnel, tandis que Quentin Chenuet a terminé 18e en 42’45’’26, loin de son chrono de référence à 40’39’’14 réalisé l’an passé.
Nanti du sixième temps d’engagement de la finale du 800 m, Thomas Marques de Andrade a choisi de prendre son destin en mains en courant aux avant-postes mais, inexorablement, la réalité des chronos l’a rattrapé et le sociétaire du Stade Bordelais Athlétisme, qui avait battu son record personnel de 38 centièmes en séries (1’44’’50), a reculé jusqu’à terminer huitième (1’45’’95) d’une course remportée par le Néerlandais Niels Laros (1’44’’36), qui fait ainsi le doublé 800 m et… 5000 m. Une place de finaliste de plus au compteur pour les Bleus, qui terminent deuxièmes à la placing table, toujours révélatrice de la densité d’une nation, derrière des Allemands intouchables.
Enfin, pas de réussite pour Moustafa Diané. Le sauteur en hauteur de l’Athletic Club 92, qui avait franchi 2,16 m en qualifications, a cette fois buté à trois reprises sur la barre des 2,13 m. Il termine 12e de sa finale, tout comme Princesse Hyman au disque, qui n’a validé qu’un jet, le second, à 47,29 m.
Pierre-Charles Peuf, responsable du secteur Avenir à la DTN « On tablait sur dix à quatorze médailles dans ce championnat, on est pile au milieu à l’arrivée ! Cela fait de nous la troisième nation de ce championnat, la seconde en nombre de médailles. Ce qui est intéressant aussi, au-delà des podiums qui revêtent une certaine dimension aléatoire, c’est notre deuxième place à la placing table, 147 points, seulement devancés par les Allemands qui ont fait une compétition incroyable (250 points, 26 médailles, ndlr), cohérente avec ce qu’on voit venir depuis les U20. Mais 147 points, c’est dense aussi, et révélateur du niveau de l’équipe, là où les médailles traduisent plus les individualités. Je suis content de ce que les athlètes m’ont montré cette semaine, en piste et à côté : encore une fois l’état d’esprit a été excellent, ils se sont soutenus, on a mis le feu au stade… C’était une belle compétition. »