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Equipe de France / Compte-rendu
19 Juillet 2025 - Par Guillaume Willecoq
Mise à jour : 19 Juillet 2025 (23h46)
Photos : © Lukasz Szelag / SprintShot
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Comme la veille, l’équipe de France a glané quatre médailles ce samedi aux championnats d’Europe espoirs de Bergen (Norvège). Pas d’or cette fois-ci, mais trois places de dauphin (Ana Delahaie sur 10 000 m marche, Paul Anselmini sur 1500 m, Tristan Després à la perche), ainsi que du bronze pour Alexe Déau sur 400 m, à l’issue d’une course où elle est venue titiller le record de France U23 d’une certaine Marie-José Pérec !
Quand on commence à convoquer Marie-José Pérec à la table de marque, c’est qu’on arrive sur du très, très sérieux. Telle est la performance réalisée par Alexe Déau en finale du 400 m à Bergen, puisque son chrono de 50’’94 fait d’elle la deuxième U23 française de tous les temps, à un dixième tout rond du record de France espoirs, toujours propriété de la double championne olympique de la distance. Toutes catégories d’âges confondues, seules « Marie-Jo » (48’’25), Amandine Brossier (50’’43) et Flora Gueï (50’’84) ont avalé plus vite le tour de piste que la sociétaire de l’ASA Maisons-Alfort... laquelle n’a encore que 20 ans !
Ce temps canon lui vaut aussi une médaille de bronze conforme à ce qu’on avait pu observer en séries puis en demies : derrière la Norvégienne Henriette Jaeger (titrée en 49’’74, record des championnats) et la Britannique Yemi Mary John (50’’50, record personnel), Alexe Déau était bien la plus impressionnante des athlètes engagées cette semaine sur 400 m plat, quand bien même n’affichait-elle « que » le septième chrono de référence des engagées (52’12’’). De là en revanche à retrancher plus d’une seconde à son record personnel… « Un chrono pareil, c’est incroyable, réagissait-elle à l’arrivée. Je suis tellement fière et contente. J’étais convaincue que le podium était à ma portée. Je me suis juste dit que je devais me faire plaisir et profiter du moment, sans trop réfléchir. Pour tout dire je ne me rappelle pas grand-chose de ma course ! » Le temps affiché à côté de son nom à l’arrivée, en revanche, elle n’est pas près de l’oublier.
La France du foot célébrait ces jours-ci les 25 ans de l’inoubliable victoire à l’Euro 2000 où, selon l’expression consacrée, les Bleus avaient appris aux Italiens comment reboucher une bouteille de champagne. Il faut être beau joueur et reconnaître que l’ultime saut de Simone Bertelli, celui qui pouvait offrir le titre européen à Tristan Després, a un peu revêtu des allures de but en or en faveur du Transalpin. Le perchiste de l’Entente Angevine Athlétisme avait jusque-là eu tout bon : une entrée dans le concours tardive, à 5,45 m, réussie ; la barre des 5,60 m également franchie du premier coup, lui qui a un record personnel à 5,62 m. Deux sauts, et l’or se profilait déjà tandis que tout le monde, derrière, coinçait à un moment ou à un autre : Valter Kreiss, le n°1 au bilan 2025 (5,82 m) ? Il avait franchi 5,30 m au dernier essai ; Anthony Ammirati, le Français qui a sauté 5,81 m en 2022 ? Il avait dû s’y reprendre à trois fois pour franchir 5,45 m, à deux reprises ensuite à 5,60 m…
Dans ces conditions, quand tout ce petit monde a buté sur 5,70 m, Després était en pole pour le titre, et le clan France commençait à sérieusement y croire. Restait Bertelli, ultime obstacle le séparant encore de l’or. Un record personnel à 5,63 m ; la barre du 5,45 m franchie au deuxième essai ; les deux premiers essais à 5,70 m somme toute loin du compte… Et puis ce dernier saut irréel, où il efface les 5,70 m avec une marge conséquente ! L’or échappe aux Bleus, qui se contentent d’un tir groupé illustrant une fois de plus la densité de la perche nationale : Tristan Després deuxième (5,60 m), Anthony Ammirati quatrième (5,60 m), Ismaila Sawaneh sixième (5,45 m). « C’est comme ça, philosophait Despres. Même si je venais pour l’or, cette médaille est importante à mes yeux. Elle dit que seul l’Italien a mieux sauté que moi. Je repars satisfait, avec aussi des axes de travail pour ces prochaines semaines. La transition de la course au saut est un sujet. J’arrive avec beaucoup de vitesse mais ça me perturbe pour déclencher le saut. »
C’est le nombre de secondes retranchées par Ana Delahaie au record de France U23 du 10 000 m marche, que détenait Pauline Stey depuis 2022 (45’03’’76). L’athlète du Stade Bordelais Athlétisme l’a porté à 44’07’’59, à l’issue d’une finale européenne lors de laquelle elle a pris une brillante deuxième place. Dans une course théoriquement verrouillée par deux Italiennes aux chronos de référence nettement au-dessus du lot (les deux seules sous la barre des 45’), Ana Delahaie, nantie de son côté du sixième temps d’engagement des participantes, a fait sa part du travail en se calant dans la foulée de Giulia Gabriele et Alexandrina Mihai.
A trois, elles ont progressivement essoré le peloton, garantissant sauf catastrophe une médaille à la Française à dix tours de l’arrivée. Et si Mihai est à ce moment partie seule, pour l’emporter dans un 43’49’’55 synonyme de record personnel, le rythme impulsé derrière par la championne de France Elite 2024 a fini d’asphyxier Gabriele, calée sur les talons de la tricolore mais incapable de la dépasser… avant de lâcher dans les ultimes hectomètres. Bronzée sur la distance chez les juniors il y a deux ans, Ana Delahaie gagne une place sur le podium en espoirs. « La course est partie vite et ça collait à ma stratégie, revit-elle. La forme était encore là malgré des derniers mois bien denses avec les Europe par équipes et les championnats de France. Je n’ai hélas pas pu suivre l’autre Italienne, mais une deuxième place continentale est un super résultat. Je n’ai aucun regret. » Liv Masson termine 12e, elle aussi nantie d’un nouveau record personnel (46’42’’49).
On a une belle génération sur 1500 m, on va avoir de sacrées bagarres pour les sélections.
De Paul Anselmini, meilleur Français ce jour en finale européenne à Bergen. Les temps d’engagement (deuxième, troisième et sixième) et la physionomie des séries le laissaient présager : un Bleuet au moins pouvait - devait ? - monter sur le podium du 1500 m. Mais qui, d’Anas Lagtiy Chaoudar (3’31’’58), Paul Anselmini (3’31’’63) voire Téo Dabos (3’37’’07) ? En piste, deux stratégies se confrontent. Anselmini et Dabos se portent d’emblée aux avant-postes, quitte à naviguer dans le couloir extérieur, quand le troisième larron tricolore se cale tout en queue de peloton, semelles collées à celles du grand favori de l’épreuve, Stefan Nillessen (3’29’’23).
Quand celui-ci remonte enfin et lance les hostilités entre gros bras, à 500 m de l’arrivée, Dabos recule logiquement le premier, suivi d’Anselmini pris dans des bousculades dans un premier temps, tandis qu’Anas Lagtiy Chaoudar et Filip Rak suivent le rythme du Néerlandais. Et puis, à l’entame de l’ultime ligne droite, revoilà Anselmini qui se faufile et fait parler son CV de coureur de 800 m pour doubler son compatriote puis sauter le Polonais sur la ligne (3’45’’35 contre 3’45’’42), seul l’intouchable Batave lui résistant (3’44’’87) ! Bronzé dans la même catégorie mais sur 800 m il y a deux ans, le sociétaire de l’EFCVO démontre une nouvelle fois sa polyvalence avec cette nouvelle médaille continentale. Anas termine quatrième (3’45’’88), Téo huitième (3’48’’35).
Quelques minutes à peine après la sensation Alexe Déau, c’était au tour de Felix Levasseur de se présenter au départ d’une finale sur 400 m. Fort de son record personnel abaissé à 45’’78 en séries, le sociétaire de l’Athletic Club de Colombes se serait bien vu imiter sa coéquipière, mais la marche était trop haute ce jour, ses 46’’00 l’arrimant à la cinquième place, alors qu’un nouveau « RP » aurait été nécessaire pour viser le podium (45’’34 pour le bronze du Britannique Brodie Young, et même 44’’82, record des championnats, pour l’or du Néerlandais Jonas Phijffers).
Même son de cloche pour Simon Deschamps, qui a pris la sixième place (49’’72) d’une finale du 400 m haies lors de laquelle le record des championnats est tombé, l’Allemand Owe Fischer-Breiholz (48’’01) entraînant dans son sillage trois autres records personnels sous la barre des 49’’. Rien à regretter donc pour le hurdler de l’Athlé Bocage Vendée, qui émargeait encore à 50’’ en début de semaine et aura couru deux fois sous ce chrono à Bergen, confirmant en finale son 49’’42 des demies.
Dans une finale du 5000 m où les Français n’avaient rien à perdre, Imad El Goumri Jebbouri a profité de la timidité des favoris pour rester dans le coup jusqu’au dernier tour. Mieux, c’est de lui qu’est venue l’accélération, à 800 m de la ligne, qui devait isoler le groupe de neuf voué à se jouer la gagne. Et si Niels Laros a fait valoir dans le dernier tour son leadership attendu (13’44’’74), le Français a été chercher une méritante septième place, lui qui était 14e au bilan (13’48’’16), deux rangs devant Aurélien Radja (13’52’’59). Antonin Saint-Peyre termine 15e (14’08’’90).
Clara Entresangle (11e en 9’57’’48, record personnel) et Tanya Bouet (15e, 10’14’’87), de leur côté, n’ont logiquement pas été en mesure de peser sur la finale du 3000 m steeple, jouée à hauteur de 9’30’’.
Princesse Hyman a franchi les qualifications du disque, lançant son engin à 53,50 m, soit le troisième meilleur jet du jour. Énorme déception en revanche pour Marie-Josée Bovele-Linaka, qui arrivait à Bergen en étant la seule concurrente à avoir propulsé son disque au-delà des 60 m (deux fois, même). Mais elle n’a jamais trouvé ses sensations dans l’aire de lancers norvégienne : 37,02 m, 46,19 m et un dernier essai non validé, le championnat d’Europe de la lanceuse du Nice Côte d’Azur Athlétisme s’arrête là.
Carton plein sur 3000 m steeple : Youssef Boutayeb a gagné sa série (8’41’’60). Dans la seconde, plus rapide, Pierre Boudy (6e en 8’41’’25) et Oscar Thebaud (9e en 8’41’’77) se qualifient au temps pour la finale.
A mi-parcours enfin, Maëva Bastien occupe une intéressante troisième place à l’heptathlon (3652 points).