Actualités
Actualités
Running / Compte-rendu
8 Mars 2026 - Par Etienne Nappey
Mise à jour : 16 Mars 2026 (23h01)
Photos : © Gwendal Hamon / Capture My Sport
Partager
Félix Bour a conquis un deuxième titre consécutif de champion de France de cross ce dimanche à Carhaix, dans une ferveur populaire incomparable. Chez les femmes, Margot Dajoux a créé la surprise en privant Léonie Périault du doublé dans la dernière ligne droite. Maël Gouyette a triomphé sur le cross court qui a vu un triplé breton, alors que Flavie Renouard a enfin conquis l’or national dans les labours.
Les 30 000 spectateurs qui ont assisté aux championnats de France de cross ce week-end en ont vu de toutes les couleurs. Dans la course longue masculine, c’est le noir qui a prévalu, comme l’an passé, avec la nouvelle victoire de Félix Bour pour le Racing Multi Athlon. Bien caché pendant les huit premières minutes, le Lorrain a fait exploser le paquet d’un coup d’accélérateur brutal que seul Bastien Augusto a osé suivre, tentant même de contre-attaquer par la suite. De retour d’un stage au Kenya, marqué par un voyage retour compliqué par la situation internationale, le Berrichon du Bourges Entente Athlétisme a finalement plié les ailes à l’amorce de la dernière grande boucle, laissant son rival s’envoler.
« Je suis très heureux d'entrer dans le cercle fermé de ceux qui ont conservé leur titre, je crois que je suis le troisième homme seulement au XXIe siècle (avec Driss El Himer et Hassan Chahdi, NDLR). J’ai fait une grosse sortie de 34 km jeudi, et j’ai essayé de récupérer au maximum ces deux derniers jours, pour trouver de la fraîcheur. Sur ce type de cross usant, il faut vraiment avoir du jus à la fin », soufflait Bour, en pleine préparation du marathon de Paris.
Derrière, son coéquipier kényan John Aimun a pris la deuxième place, devant Augusto. « Ce qui domine à chaud, c’est de la déception. J’étais venu pour gagner, la deuxième place, j’ai déjà connu », pestait ce dernier. Il espère désormais que le travail fourni ces dernières semaines paiera lors du 10 km de Lille, où il visera « un chrono sous les 27’ ». Nicolas Vitré (CA du Pays Saumurois) a complété le podium en s’arrachant dans les derniers hectomètres pour prendre le dessus sur Baptiste Jard (Décines Meyzieu Athlétisme), premier des quatre hommes en bleu dans le top 10 ce dimanche. C’est « le plus beau résultat de [la] carrière » pour le Saumurois de 27 ans. Pierre Boudy (Free Run 37) a pris une belle huitième place au scratch et coiffé la couronne des U23. Onzième, Florian Carvalho (Pays de Fontainebleau Athlé Sud 77) est le premier master à avoir passé la ligne d’arrivée, grâce à des jambes d’une fraîcheur plus vue depuis quelques années.
Après un round d’observation, la course longue féminine a pris des airs de remake de 2025 lors de la deuxième boucle du parcours, lorsque Léonie Périault a décidé de durcir le rythme, seulement suivie à quelques mètres par Marie Loheac Bouchard. Le mano a mano entre la triathlète du Racing Multi Athlon et la locale d’Iroise Athlétisme a tenu en haleine les spectateurs jusqu’au retour dans le jeu inattendu de Margot Dajoux. Championne de France U20 sur le même parcours en 2023, l’espoir du Clermont Auvergne Athlétisme a rejoint Périault en tête à trois bornes de l’arrivée, alors que la Kényane Emmaculet Jepkosgei (RMA) s’était déjà envolée depuis longtemps. La dernière grande boucle et son cœur iconique et si casse-pattes a livré un suspens insoutenable, qui s’est achevé par la victoire de Dajoux au terme d’une dernière ligne droite rageuse.
« Dans mes scénarios, je n’avais jamais imaginé ça. Il y a des jours comme ça, où tout se passe bien, c’est la magie du cross ! », expliquait l’Auvergnate, qui peinait à croire en la véracité de ce qui venait de se jouer, et s’est pris la tête à deux mains plusieurs fois après avoir coupé la ligne. « J’ai fait mon rythme sans trop forcer pour ne pas dépasser la ligne rouge. Je suis remontée progressivement, et à l’entame du dernier tour, j’ai entendu quelqu’un me crier que je pouvais gagner. Ça m’a surpris, mais je me suis prise au jeu », souriait-elle, aux anges.
Deuxième, comme en 2024, Périault faisait contre mauvaise fortune bon cœur, pour son « premier cross de la saison. Je voulais être prudente, et je me suis sans doute emballée un peu vite en sentant que j’avais de bonnes jambes. Mais mon objectif était de m’amuser, et c’est ce que j’ai fait, même si le sprint final n’est toujours pas mon fort apparemment », glissait-elle avec humour. Malgré une fin de parcours difficile, Marie Loheac Bouchard a réussi à conserver sa place sur le podium à la maison, et cela suffisait à son bonheur. « J’ai visé la première place et j’y ai mis tout mon cœur, mais je n’ai aucun regret. Margot a très, très bien couru en étant plus patiente que nous. » Huitième, Blandine L’hirondel (Alençon Running Club) est montée sur la plus haute marche du podium chez les masters, pour ce qui pourrait bien être le dernier cross de sa carrière.
Sans surprise, les Gwenn Ha Du ont flotté au vent en nombre ce dimanche dans le Finistère. Mais même dans leurs rêves les plus fous, les plus optimistes des milliers de supporters bretons n’auraient pas imaginé le dénouement idyllique du cross court masculin. Maël Gouyette (Haute Bretagne Athlétisme), qui avait affiché sans se cacher ses ambitions dès le début de la semaine, a tenu promesse en faisant voler en éclat le peloton dès la mi-course. Seul son jeune coéquipier Léo Conil et le favori Antoine Senard (EFCVO) ont pris sa foulée, mais n’ont rien pu faire lorsque l’olympien expatrié en Norvège a décidé de s’isoler dans les derniers hectomètres. « A chaque virage, chaque relance, j’avais la sensation de pouvoir en remettre une, c’était galvanisant. Dans une carrière, on ne vit pas souvent ça. Je vais savourer ça avec mes proches, c’est un résultat qui est dans le top 3 de ma carrière, à quelques kilomètres de la maison », se rengorgeait le Bretillien.
Et quand Senard a coincé, vaincu par une saison à rallonge, Benoit Campion (Stade Brestois) est revenu comme un diable de l’arrière « en faisant sauter tout le câblage », pour prendre la médaille d’argent devant Conil, réalisant ainsi un triplé qui restera dans les annales régionales. « Les Régionaux, c’était un championnat de Bretagne. Les interrégionaux, pareil. Et les France aussi ! C’est un régal », clamait, euphorique, Campion. Le Brestois, victime d’une fracture de fatigue en juillet dernier, a appris au même moment que Carhaix accueillerait les France de cross en mars. « C’est ce qui m’a poussé à aller en piscine, en muscu et sur le vélo ces derniers mois, alors que je n’aime pas trop ça ! » Troisième, Léo Conil (Haute Bretagne Athlétisme) a surpassé ses espoirs les plus dingues et ajouté une bonne dose de plaisir en plus à sa victoire chez les U23.
La course féminine s’est achevée avec un drapeau normand brandi fièrement sur les épaules de la lauréate, mais dans ces moments-là, les rivalités régionales s’estompent au profit du respect dû aux performances marquées par la persévérance et la patience. Abonnée à la place de vice-championne de France, sur la piste, mais aussi en cross court l’an passé à Challans, Flavie Renouard a trouvé la clef pour monter sur la plus haute marche du podium cette année, près de cinq ans après sa première (et unique avant ce jour) victoire en Elite, sur 3000 m steeple. Laissant intelligemment partir la Tunisienne Marwa Bouzayani (Racing Multi Athlon), elle s’est concentrée sur l’opposition proposée par Aude Clavier (Amiens UC) pour faire la différence dans les deux derniers kilomètres. « J’adore Carhaix. L’ambiance était incroyable, et un parcours comme celui-là, varié avec de la boue, c’est tout ce que j’aime. J’ai fini avec le sourire jusqu’aux oreilles », s’époumonnait la demi-fondeuse du Caen AC, désormais installée en Savoie. Clavier, elle, avait le sourire plus crispé, de n’avoir pas réussi à glaner « le titre qui me fait le plus rêver, et qui fera qu’une fois que je serai championne de France de cross, j’arrêterai cette discipline, qui est vraiment dure ». Emilie Girard (Racing Multi Athlon) a pris la médaille de bronze, en revenant en toute fin d’effort sur Ambre Grasset (Neuilly-Plaisance Sports), championne de France U23.
Les deux courses U20 ont mis en évidence la domination du Racing Multi Athlon, avec les triomphes conjugués de Laly Porentru et Leni Remer Mancini. Le triathlète a réalisé un sacré numéro en étouffant tous ses concurrents, à commencer par Aloïs Abraham. Le coureur du Muret AC, tube de l’année 2025 et excellent aux Mondiaux mi-janvier, a tout tenté pour rester dans la foulée de Remer Mancini, mais a fini par s’avouer vaincu dans le dernier passage du mythique cœur de Carhaix. « La boucle est bouclée, et j’avais à cœur de bien faire pour ma dernière année chez les juniors », expliquait le champion, pas certain de fréquenter les terrains de cross dans les années à venir en raison de sa carrière dans le tri. Elle aussi adepte du triple effort, Porentru a écrasé la concurrence, sans même l’avoir voulu, en se détachant dès la première boucle de la course. Seule la Belge Elodie Smetz (Pom’sy) a, un temps, résisté à sa cadence. « C’est un peu un rêve pour moi, je tournais autour de la victoire depuis quelques années. Et il y a encore une semaine, je n’étais pas sure de venir, parce que j’étais en méforme tout l’hiver, mais avec l’ambiance de Carhaix, je ne voulais rater ça pour rien au monde », s’amusait-elle.
Gaspard Petit (Gap Hautes-Alpes Athlétisme) s’est montré le plus rusé dans la course des U18, en laissant Meziane Benhammou (Entente Ouest Athlé 13) et Maxime Potier (Boulogne-sur-Mer AC) s’épuiser en menant grand train, et a produit son effort pile au bon moment dans la dernière ligne droite pour se parer d’or. Son homologue Jade El Himer (Unitas Brumath) est la nouvelle championne de France U18, devant Lilou Ventura (Clermont Auvergne Athlétisme), au terme d’un finish très serré remporté par la Belge Elise Pletinck (Racing Multi Athlon). La Ligue d’Auvergne-Rhône-Alpes a dominé la Coupe de France U16 aussi bien chez les filles que chez les garçons.
Enfin, Clément Lhotellerie (Charleville-Mézières Athlétisme) a conquis la victoire chez les masters, en début de programme, en appliquant la méthode du rouleau compresseur. L’ancien cycliste, champion de France Elite de cyclo-cross en 2015, a écœuré ses adversaires un à un, jusqu’à Emmanuel Meyssat (Coquelicot 42), sacré trois ans plus tôt au même endroit, le dernier à lui tenir tête. Vainqueur sortant, Yohan Durand (Dordogne Athlétisme) a soufflé la médaille de bronze in extremis à Benjamin Choquert (Nancy Athlétisme Métropole).