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Running / Compte-rendu
29 Mars 2026 - Par Etienne Nappey
Mise à jour : 1 Avril 2026 (14h26)
Photos : © Gwendal Hamon / Capture My Sport
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Audrey Tanguy a remporté les championnats de France de trail longue distance ce dimanche au Mont Ventoux après une pause maternité, alors que Cécile Jarousseau a conservé sa couronne du trail court après presque un an sans courir en compétition. Chez les hommes, Pierre Galbourdin s’est montré le plus costaud sur le court, alors que Florian Bernabeu-Séguy a créé la surprise sur le long.
Ce sont deux sourires bien connus du monde du trail qui ont illuminé la journée aux pieds du Mont-Ventoux ce dimanche, après des mois où on ne les avait plus trop vus. Audrey Tanguy a signé son retour à son meilleur niveau en remportant pour la première fois les championnats de France de trail long, un peu moins de deux ans après avoir donné naissance à un petit Marceau. Cécile Jarousseau a, pour sa part, doublé la mise sur le trail court, mettant fin à une longue période sans compétition en raison d’une kyrielle de blessures qui ont pourri son année 2025.
Pour la professeure des écoles Audrey Tanguy, les 50 km (et 2500 m de dénivelé positif) autour de Bédoin passant par le mythique Géant de Provence ont longtemps ressemblé à une leçon donnée à ses adversaires. En tête dès le premier virage, l’athlète de l’UO Albertville Tarentaise a géré la montée à sa main, et n’a pas semblé souffrir du vent glacial balayant la partie sommitale du Ventoux. « Je n’avais aucun repère par rapport aux autres, donc j’ai fait ma course en me concentrant sur mon parcours. Je pensais pouvoir terminer deuxième comme quarantième, donc je n’avais pas trop de pression. Ce que je savais, c’est que la course serait serrée et que rien ne serait joué avant la fin, je n’avais pas le droit à une défaillance. Et j’étais bien contente qu’elles ne puissent pas me voir dans les parties boisées », se marrait la jeune maman épanouie.
L’expérimentée Savoyarde avait vu juste, puisque ses cinq minutes d’avance au passage au Chalet Reynard se sont progressivement effilochées, mais elle en a tout de même conservé deux et demie de marge sur Marie Goncalves et Anne-Cécile Thévenot à l’arrivée. « C’est la première fois que je suis championne de France, cette fois la Marseillaise va retentir pour moi, je suis très contente », s’enthousiasmait-elle après avoir bouclé son effort en 4h58’02’’. Sa première dauphine, Marie Goncalves, savourait sa médaille d’argent après une descente effrénée, au goût de revanche, un an après avoir « un peu raté » la précédente levée des France à Val d’Isère. « Je n’ai pas cherché à suivre Audrey, car j’avais comme consigne d’arriver au sommet pas trop entamée, d’autant que la descente était longue et pleine de relances, expliquait-elle. Il me tenait à cœur de retrouver la sélection nationale. Je suis très contente, d’autant que je vais retrouver ma coéquipière du Décines Meyzieu Athlétisme en Slovénie, c’est trop bien ! » Arrivée trente secondes plus tard, sa camarade Anne-Cécile Thévenot a, en effet, rempli les conditions demandées pour être du déplacement aux championnats d’Europe à Kamnik (Slovénie) début juin. Elle a notamment repoussé Adeline Martin (CA du Roannais), grande habituée du Ventoux, à plus de huit minutes (4e).
Chez les hommes, un fait de course malheureux a chamboulé la course aux abords du Chalet-Reynard, peu de temps avant la mi-course. Le groupe de six hommes (comprenant notamment Antoine Charvolin, Arnaud Bonin, Robin Juillaguet, Mathieu Delpeuch et Rémy Brassac), qui avait pris la poudre d’escampette dans la longue montée vers le Ventoux, s’est égaré sur les sentiers du Mont Chauve. Les favoris ont ainsi perdu toute chance de victoire en même temps que leur chemin, accusant un débours de plus de quinze minutes après avoir retrouvé la bonne piste. C’est alors Pierre Livache (Villeneuve d’Ascq Frétin Athlétisme), qui les avait longtemps accompagnés pendant l’ascension, qui a pris les commandes des opérations. Le vainqueur des Templiers 2025 a, hélas, dû les céder rapidement à la suite d’une chute qui l’a contraint à l’abandon.
C’est donc Florian Bernabeu-Séguy (Annecy Athlétisme) qui s’est retrouvé propulsé ouvreur, sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait. « C’est le cameraman qui me l’a annoncé, je ne m’y attendais pas. Jusqu’alors, j’étais aux alentours du top 10, ce qui correspondait à mes ambitions du jour. A partir de ce moment-là, je n’ai plus pensé qu’à une chose : tout donner pour rester en tête », raisonnait-il. Au terme d’une descente qui a vu les classements provisoires valser comme les branches des arbres soufflées par le vent la nuit précédente, l’Annécien a relevé ce challenge inattendu, y laissant jusqu’à la dernière goutte de son énergie. « Ca a été très dur et très long. Quand j’ai compris que j’allais gagner ? Jamais en fait, puisque je me suis retourné jusqu’au bout. J’ai encore besoin de temps pour réaliser ce qui s’est passé », racontait-il, après avoir passé un long moment dans les bras de son coach, Adrien Séguret, incrédule et assommé par la brutalité de son effort, conclu en 4h18’01’’.
Auteur d’une remontée remarquable dans les quinze derniers kilomètres, Xavier Bartoli (La Suarellaise) est monté sur la deuxième marche du podium, à 4’50’’ du champion de France. « Ce sont des sentiments mitigés. Je suis à la fois très content de mon résultat, et un peu étonné par le déroulé de l’épreuve. C’est dommage, mais c’est la course », soufflait celui qui a également coiffé la couronne chez les masters. S’étant lui aussi perdu, de façon moins rédhibitoire, il a avalé la descente avec « la rage pour reprendre ceux qui m’avaient doublé pendant que je n’étais plus sur la trace ». La troisième place est revenue à Valentin Benard (Gien Athlé Marathon), à un peu moins de six minutes de Bernabeu-Séguy, pour une poignée de secondes devant Anthonin Iragne (Adour Pyrénées Athlétisme).
Le trail court (29 km pour 1500 m de dénivelé positif) a offert aux spectateurs son lot de suspens et de frissons, puisque les trois premiers, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, se tenaient dans la même minute. Malgré une chute quelques mètres après le départ, Cécile Jarousseau (Racing Multi Athlon) a trouvé les ressources pour remonter progressivement sur l’avant de la course. « Cela m’a forcée à être prudente, mais c’est aussi ce que j’avais prévu. J’ai laissé un peu de jus dans l’opération de remontée, mais je me suis focalisée sur le parcours. Il était très joueur et plus roulant que je l’aurais cru », expliquait la tenante du titre. Ce n’est qu’à quatre kilomètres du but qu’elle a repris la jeune Tiphaine Bazile (CA du Roannais), longtemps en pole position avant de payer un peu son audace et sa fougue sur la fin du parcours. « Cette victoire a la saveur du renouveau, parce que le dernier départ que j’avais pris, c’était il y a un an, à Val d’Isère. Ensuite, je me suis blessée aux deux tendons. Et j’ai aussi eu une grosse bronchite en février, donc ma préparation était tout sauf optimale. J’ai enfin retrouvé des sensations de course, et j’espère que j’aurai une saison pleine cette année », souriait Jarousseau, qui a fait le plein de confiance pour 2026.
Maëlle Beauvir (AL Echirolles) a terminé deuxième, à une trentaine de secondes, « au mental ». Celle qui mène un « double projet » en trail et en course en montagne a obtenu ce dimanche le meilleur résultat de sa carrière sans boussole. « C’est parti très vite, et il fallait bien se placer pour ne pas se retrouver coincée. J’ai galéré à remonter la file, et je suis tombée plein de fois en essayant de doubler, mais je me sentais incroyablement bien dans les descentes. J’ai réussi à bien gérer ma course en étant stratégique », positivait-elle, tout en remerciant son équipe de soutien à tour de bras. Encore U23, Tiphaine Bazile est finalement montée sur la troisième marche du podium scratch, en plus de la victoire dans sa catégorie, et a posé des jalons pour les années à venir par le panache qu’elle a déployé pendant plus de 25 kilomètres. Camille Poquet (Annecy Athlétisme) est la première masters à avoir rallié l’arrivée, en onzième position au scratch.
La version masculine a oscillé entre course d’attente et coups de boutoir parmi la dizaine de favoris se jaugeant autant qu’ils se dévoilaient pendant près de vingt bornes. Quentin Meyleu (Clermont Auvergne Athlétisme) a été le premier à planter une banderille, avant que Benjamin Roubiol (Annecy Athlétisme) ne prenne les choses en main. Le double champion de France du long a progressivement élimé le groupe, jusqu’à se retrouver en compagnie exclusive de son camarade de club Pierre Galbourdin. Et c’est ce dernier qui a décroché le pompon, en 2h00’20’’, après avoir placé une accélération décisive à trois kilomètres de l’arrivée. « C’est Ben qui a fait tout le boulot, et j’aurais bien aimé finir avec lui, mais en me retournant, je voyais qu’un maillot violet revenait de l’arrière. J’avais peur de perdre si on se faisait rejoindre, donc j’ai appuyé un peu avec ce que j’avais et ça a suffi », retraçait le néo-champion de France.
Pas fâché pour deux sous, Roubiol était plutôt « content d’avoir bien géré sur un parcours intéressant. J’ai été offensif comme je le voulais, et Pierre a fait la différence sur le plat final. » La troisième place est revenue à Thomas Butez, le fameux maillot violet (rose ?) revenu comme un diable de l’arrière, pour décrocher le bronze, comme en 2025. Loïc Robert (Esclops d’Azun) s’est classé quatrième, devant Quentin et Alexandre Meyleu. Gautier Airiau (CS Méribel) a dominé le classement des masters, tout en s’insérant de justesse dans le top 10 au scratch.