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Stade / Compte-rendu
1 Mars 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey
Mise à jour : 2 Mars 2026 (12h26)
Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
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Baptiste Thiery s’est offert un premier sacre national en dominant Thibaut Collet au terme d’une finale passionnante au saut à la perche, alors que Wilhem Belocian a pris le meilleur sur Just Kwaou-Mathey sur le 60 m haies, ce dimanche à Clermont-Métropole. Pauline Stey y a battu le record de France du 3000 m marche, tandis que la locale Charlotte Dumas a triomphé au terme d’un 800 m musclé.
Une victoire tient parfois à un changement d’état d’esprit. « Je me prenais trop la tête lors de mes dernières courses, j’ai décidé de lâcher et de laisser mon corps s’exprimer comme il le souhaitait », confiait Wilhem Belocian, quelques minutes après la finale du 60 m haies. Une stratégie payante, puisque le hurdler du Lille Métropole Athlétisme, déjà impressionnant en série avec un chrono en 7’’53 tout en relâchement, a dominé la grande explication en 7’’45, quatre centièmes devant un Just Kwaou-Mathey diminué après s’être ouvert malencontreusement le pied dimanche matin, et six devant Romain Lecoeur. « Ça fait plaisir de décrocher la médaille et de faire un très bon chrono, qui me place bien au niveau mondial, savourait l’élève de Ladji Doucouré à l’Insep, désormais quatrième homme le plus rapide de la planète cet hiver. J’ai retrouvé mon côté félin et relâché, et c’est ce qui a payé. » Il s’agit de son cinquième titre Elite indoor, et le troisième consécutif. Une série impressionnante, dans une discipline où la concurrence fait rage chaque année.
Avec ses 7’’45, le troisième meilleur temps de sa carrière à trois centièmes de son record personnel, il fera partie des prétendants au podium mondial à Torun, dans trois semaines. Où il devrait logiquement être accompagné par Romain Lecoeur. Dans l’ombre du duo habitué à truster les podiums internationaux, le sociétaire du Stade Sottevillais continue à progresser, du haut de ses 28 ans. En 7’’53, soit un centième de moins que les minima pour les Mondiaux, il a explosé son record de douze centièmes ce dimanche. Et il pourrait profiter de la fin de saison de son camarade d’entraînement Just Kwaou-Mathey, qui préfère se tourner désormais vers l’été, pour décrocher le deuxième billet direction la Pologne. Un pote qui le soutient déjà au quotidien, car « s’entraîner avec Just, c’est comme faire une Diamond League tous les jours ». Avant les diamants, ce sont peut-être les championnats du monde qui l’attendent.
Le duel annoncé entre Thibaut Collet et Baptiste Thiery a bien eu lieu ce dimanche à Clermont, et les amateurs du genre se sont régalés. Le Grenoblois installé en Auvergne a dégainé le premier en prenant les commandes du concours dès 5,60 m, puis a continué son sans-faute à 5,75 m puis 5,80 m. Encore efficace à 5,85 m, barre qu’il a dominée à son deuxième essai, Collet semblait avoir réglé la situation. « Dos au mur », Thiery a renversé la vapeur en effaçant 5,90 m lors de son ultime tentative. « C’était la quinzième fois cette saison que je m’attaquais à cette barre, il était temps que ça tombe, et au bon moment », calculait le nouveau champion de France. L’athlète de la Jeunesse Sportive Franciscaine, qui s’entraîne à l’Insep sous la houlette de Gérald Baudouin, a fait d’une pierre deux coups : le premier titre national de sa carrière, et les minima pour les Mondiaux de Torun. « Avec Thibaut, on s’est tirés vers le haut. Ce qui a fait la différence, c’est l’esprit de guerrier. Les championnats, ça révèle, et j’aime ça », savourait-il à sa sortie du sautoir. Fier de sa « victoire à l’extérieur », puisqu’une bonne partie des athlètes du concours sautaient à domicile, le Martiniquais a apprécié cette « bagarre bon enfant », mais encore plus son « très, très bon saut » lors de son premier essai à 6 m. Une barre qu’il n’a tentée que deux fois, avant de ranger ses perches, en raison de la fatigue. Il pourrait s’y aventurer de nouveau dès la semaine prochaine à Rouen.
Déçu d’avoir laissé filer « sa » couronne, Thibaut Collet versait quand même dans la satisfaction prudente une fois la pression retombée. « J’étais stressé et en manque de confiance, car je revenais d’un ischio déchiré. Barre après barre, je me sentais de mieux en mieux, ça montre que je peux battre mon record prochainement », suggérait-il. Lucide, il savait qu’avec son rival du jour, il est bien parti pour « se tirer la bourre un paquet de fois à l’avenir ». Valentin Lavillenie (Toulon Métropole Athlétisme) a complété le podium, à la faveur d’un saut réussi à 5,75 m, son meilleur résultat depuis mars 2022.
Les France sur semi-marathon la semaine prochaine seront un autre défi, mais la vitesse est utile à l’endurance
Le crochet de Pauline Stey par l’Auvergne a été fructueux, puisque la marcheuse alsacienne y a battu son propre record de France du 3000 m marche, en 12’13’’75. Une claque de plus de dix secondes, alors que la sociétaire de l’Alsace Nord Athlé avait essentiellement préparé l’échéance de dimanche prochain lors d’un récent stage au Portugal. Le 8 mars, elle sera à Lens, pour les premiers championnats de France sur la nouvelle distance du semi-marathon. Elle y retrouvera Clémence Beretta et Camille Moutard pour une explication qui promet beaucoup. Elle l’abordera en pleine confiance, après avoir atteint les trois objectifs fixés par son coach, Eddy Riva : « partir vite et se mettre à l’envers, battre le record de France et prendre un maximum de plaisir ». Dans sa foulée pendant les deux premiers kilomètres, la junior Chloé Le Roch (CJF Saint-Malo) a ensuite connu un coup de moins bien, mais a tout de même tenu la distance pour améliorer son record national U20, en passant pour la première fois sous les 12’30’’ (12’29’’87).
Champion de France pour la première fois en indoor, après deux victoires en plein air (2024 et 2025), Muhammad Abdallah Kounta a fait le nécessaire pour se qualifier pour les Mondiaux de Torun, en remportant la finale du 400 m en 45’’62 ce dimanche. Le sprinter du Val d’Europe Montévrain Athlétisme avouait quand même qu’il lui manquait le record de France, établi à 45’’38 par Samuel Vessat 48 heures plus tôt, pour combler son appétit. « Je suis gourmand, j’en veux toujours plus. J’ai manqué un peu de rythme aujourd’hui, mais je pense pouvoir aller encore plus vite très prochainement. Je fais de très belles choses à l’entraînement, j’ai un gros chrono dans les jambes, qui pourrait en choquer plus d’un ! », clamait-il devant les journalistes. Dans ses rêves des prochaines semaines, « une finale » aux championnats du monde en Pologne, et de gros chronos en plein air. « Vous verrez, cet été, on ne sera pas que deux, on sera beaucoup plus… », prophétisait-il.
Par deux fois, les tribunes du Stadium Jean-Pellez ont été secoués par une longue clameur. Et curieusement, sur les terres de Renaud Lavillenie et de nombreux plieurs de gaule, ce ne fut pas pour du saut à la perche. Mais pour du 800 m, puisque les quadruples tours de piste masculins et féminins ont été dominés par des demi-fondeurs du Clermont Auvergne Athlétisme. Charlotte Dumas a été la première à entrer en piste. Et a offert, avec ses acolytes, une course spectaculaire. Partie en tête, elle a repoussé pendant tout l’avant-dernier tour les assauts de Clara Liberman (Haute Bretagne Athlétisme), placée à son extérieur. Quitte à jouer parfois des coudes, dans le plus pur esprit de la discipline. Puis elle a repoussé dans l’ultime ligne droite les assauts de l’autre Bretonne, Léna Kandissounon, pour l’emporter en 2’02’’32. Cette dernière décroche l’argent en 2’02’’46, devant Liberman, 3e en 2’02’’57. « L’ambiance était incroyable, je pense que je ne le vivrai qu’une fois dans ma vie, à part si j’ai de nouveau des championnats de France à domicile, rayonnait l’athlète coachée par Jean-François Pontier. Je me suis sentie porter toute la course et même avant, j’étais investie d’une mission aujourd’hui. ! Il fallait assurer la qualification pour les Mondiaux, c’est 100 % réussi et je peux souffler. Je suis soulagée ! »
Une heure plus tard, Jordan Terrasse allait, lui aussi, faire se lever le public. En réalisant une course de patron, en tête du départ à l’arrivée avec une stratégie offensive qui consacre son changement de statut. Vainqueur en 1’46’’37 devant Corentin Le Clezio (EA Cergy Pontoise), 2e en 1’46’’56 en revenant comme d’habitude de l’arrière, et Melvyn Cavagnoux (CS Bourgoin-Jallieu), 3e en 1’46’’59, le transfuge du 400 m haies, auteur cet hiver des minima pour Torun grâce à un record abaissé à 1’45’’57, obtient le statut d’athlète prioritaire pour la sélection, tout comme sa partenaire de club. Lui aussi gardera longtemps en mémoire les minutes vécues dans la cocotte clermontoise : « Être champion de France à la maison, c’est extraordinaire ! C’est la plus belle course de ma vie. Ça faisait trois semaines que j’attendais ce moment. J’avais les oreilles qui sifflaient pendant toute la course tellement il y avait de bruit. Ça m’a donné une troisième jambe ! » La plus belle course de sa vie, peut-être. Mais porter le maillot bleu de l’équipe de France seniors pour la première fois, fin mars, pourrait lui offrir aussi des souvenirs d’exception.
On annonçait un heptathlon très serré, avec de nombreux prétendants à l’or et un ticket pour les Mondiaux. Mais finalement, Téo Bastien l’a emporté haut la main en portant son record personnel à 6078 points. Il a été le seul à passer la barrière des 6000, dont sont restés assez loin Maxime Moitié-Charnois (E. Pays de Fayence A.), 2e avec 5867 unités, et Luc Brewin (US Talence), 3e avec 5834 points. Le Réunionnais, en retrait à la longueur (7,41 m) par rapport à son niveau habituel, a su reprendre son élan lors de la deuxième journée, avec un record à la perche grâce à un saut à 5,05 m et un 1000 m en 2’51’’50, pas si loin de son chrono de référence « avec 10 kilos de moins à l’époque, a-t-il précisé. J’ai su me remobiliser. L’objectif final n’est pas encore atteint, mais j’ai montré que je suis prêt et en forme pour aller aux championnats du monde. »
A la longueur, Vanessa Lokuli (Amiens UC), qui avait délaissé les sautoirs en compétition depuis un mois pour peaufiner sa technique à l’entraînement, a récolté les fruits de cette stratégie avec le plus beau saut de sa jeune carrière, mesuré à 6,64 m. Une performance réalisée au 5e essai, alors qu’elle avait déjà, lors de son bond précédent, amélioré son record avec 6,52 m. « C’est mon premier titre chez les seniors, donc c’est cool et c’est hyper gratifiant. J’espère en décrocher d’autres », a-t-elle promis.
Toujours côté sauts, la hauteur masculine s’est éternisée et a d’ailleurs conclu la journée, alors que l’ensemble des autres épreuves s’étaient achevées. Il faut dire que le U23 Joevin Kouko (AC de Colombes) s’est attaqué à huit barres différentes, en portant son record à 2,16 m. Il s’agit là aussi d’une grande première, tout comme la victoire d’Amath Faye au triple saut avec 16,62 m, devant Melvin Raffin (Grand Paris Seine et Oise) qui n’a validé qu’un saut, à 16,45 m, alors qu’il avait des jambes de feu.
Sur 200 m, la spécialiste du 400 m Isabelle Black (Montpellier A2M) a fait forte impression en l’emportant en 23’’30, record explosé, alors qu’elle était au couloir 4. De très bon augure avant de retrouver l’été prochain sa distance de prédilection. Sur la même distance mais chez les hommes, joli due entre l’espoir Lenny Chanteur (EFCVO) et Théo Schaub (E. Grand Mulhouse A.), qui n’étaient jamais allés aussi vite en salle avec des chronos respectifs en 20’’68 et 20’’79. Sur l’anneau mais sur 400 m, ça a également été serré entre Amandine Brossier (SCO Angers Athlé), en or en 52’’31, et Camille Seri Ghenai (Nice Côte d’Azur A.), de retour à son meilleur niveau et qui termine à 12 centièmes.
Enfin, le 1500 m masculin et le 3000 m féminin ont sacré des vainqueurs surprises. Sur la première distance, en l’absence de Romain Mornet, forfait après avoir ressenti une gêne à l’ischio gauche, et d’Azeddine Habz, en or samedi sur 3000 m, Titouan Le Grix (Montpellier A2M) a pris la relève avec brio en s’imposant avec autorité en 3’45’’51. Sur 3000 m, Augustine Haquet (UA Versailles) a fait parler son finish dans les 600 derniers mètres pour l’emporter en 9’17’’23, Sarah Madeleine, qui a ressenti une douleur à l’adducteur à l’échauffement, n’a pas été en mesure de prendre le départ de la course.
« Les athlètes ont été tirés vers le haut par l’ambiance, mais aussi parce que les leaders ont joué le jeu, ce qui est contagieux puisque on a vu des jeunes battre des records de France, ou leur record tout court. Avoir challengé nos potentiels internationaux a fonctionné. Surtout, ils ont bien réagi et accepté nos critères, comme le fait, par exemple, qu’il n’y avait pas d’athlètes protégés en vue de la sélection. La culture de la gagne se construit à travers des étapes comme celle-là : des championnats de France de très haut niveau. Nos minima étaient exigeants cet hiver et on va probablement avoir une sélection autour d’une vingtaine d’athlètes aux Mondiaux de Torun, ce qui est du jamais vu. L’exigence paye, tout comme le travail réalisé par ces derniers, leurs entraîneurs et leur staff. »