Actualités

Compétitions
Résultats
Bilans
Live

Stade / Compte-rendu

Championnats de France Elite en salle : Lazraq Khlass et Bapté un cran plus haut

28 Février 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey

Mise à jour : 1 Mars 2026 (19h02)

Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP

Partager

Partager

Championnats de France Elite en salle : Lazraq Khlass et Bapté un cran plus haut

Auriana Lazraq Khlass a explosé son record personnel au pentathlon ce samedi, au terme d’une superbe bataille avec Léonie Cambours, pour le plus grand plaisir du public présent au stadium Jean-Pellez de Clermont-Métropole. Laeticia Bapté a également brillé en claquant un chrono de 7’’83 sur 60 m haies, tandis que Pablo Matéo sur 60 m et Agathe Guillemot sur 1500 m ont assommé la concurrence.

Le Temps Fort

Lazraq Khlass comme une bombe

Auriana Lazraq Khlass n’avait, jusqu’à ce samedi, jamais été une terreur du pentathlon indoor. En 2024 et 2025, elle n’avait même pas bouclé un penta complet, et jusqu’à janvier, son record culminait à 4394 points. La Messine a prouvé au stadium Jean-Pellez qu’elle avait les armes pour briller aussi fort en intérieur qu’en plein air. Accrocheuse comme à son habitude, elle a profité du retour spectaculaire de Léonie Cambours (Stade Sottevillais 76) à son meilleur niveau pour hisser son total de référence à 4634 points. Ce qui fait d’elle la quatrième performeuse française de l’histoire, derrière Antoinette Nana Djimou, Solène Ndama et Marie Collonvillé. Mais aussi la cinquième des bilans mondiaux cette année, dans une discipline où la hiérarchie ne se dessine vraiment que lors des grands championnats. Dans le détail, elle a avalé son 60 m haies en 8’’40, porté son record à 1,81 m en hauteur, a lancé son poids à 13,79 m et bondi à 6,36 m en longueur, avant de boucler son 800 m en 2’17’’18.

Avant l’explication finale, elle et Cambours se tenaient en 31 points et l’ultime levée a donné lieu à un combat épique, avec deux attaques de la Normande à la cloche, et une dernière ligne droite au couteau. « J’étais venue avant tout pour la gagne, mais je suis très contente de mon total. Je savais que j’étais en forme, et j’ai réussi à exploiter tout ce que je pouvais faire, sauf au poids où je suis vraiment déçue », notait Auriana, tout en remerciant sa dauphine pour la qualité du spectacle, « incroyable ». Léonie Cambours, elle, savourait cette journée inattendue. « Je ne pensais pas avoir les armes pour me battre autant et faire ces performances. Cela faisait trois ans que je n’avais pas fait les France, trois ans de pures galères, avec des opérations aux deux genoux et deux changements de coach », détaillait-elle. Désormais cornaquée par Laurent Hernu depuis le mois d’octobre, elle a compilé 4608 points, pour améliorer son record de cinq unités.

La Perf'

Bapté enclenche le turbo

En deux temps, Laeticia Bapté a donné un nouveau relief à sa saison hivernale déjà plus que satisfaisante. En expédiant sa série du 60 m haies en 7’’83, la coureuse de l’US Robert a retranché sept centièmes à son chrono de référence cette année, et s’est hissée jusqu’à la sixième place mondiale aux bilans. Elle a ensuite remporté sans trembler la finale, malgré l’opposition courageuse de Sacha Alessandrini, deuxième en 7’’93, son record. Avec ses 7’’86, Bapté a confirmé son impression de puissance et de facilité. « J’en avais un peu marre des chronos en 7’’90 », souriait-elle, en référence à ses douze courses (sur 14 disputées cette année) dans la dizaine supérieure depuis un mois. Celle qui avait enchaîné les meetings à un rythme frénétique ces derniers temps a « pris le temps de bien se reposer avant les championnats de France, ce qui a fait une différence ce samedi ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Comme prévu, à l’en croire. « Je me suis sentie super bien, même à l’échauffement, les jambes roulaient toutes seules. Je savais que le chrono allait descendre si je ne me fixais pas dessus », s’enthousiasmait-elle après coup. Elle prévoit d’appliquer la même méthode pour aborder les Mondiaux de Torun (Pologne) dans trois semaines : cap sur Eaubonne pour affûter les lames, sans compétition au programme. Ce déplacement en Pologne, Sacha Alessandrini est passée tout proche de s’en assurer, puisque son chrono du jour n’est qu’à un petit centième des minima. « Peut-être que je pourrai y aller via les bilans mondiaux. En tout cas, je n’ai pas de regret, j’ai fait tout mon possible pour y parvenir et je suis fière de ma prestation », souriait l’athlète du Nice Côte d’Azur Athlétisme.

La Décla

Je suis vraiment partie au sprint, comme si des chiens me coursaient

Son attaque a été particulièrement tranchante, à 350 mètres de l’arrivée. Pourtant, ce ne sont pas des molosses qu’Agathe Guillemot avait aux trousses, mais Adèle Gay. La recordwoman de France espoirs U23 l’avait devancée à la surprise générale l’été dernier sur 1500 m, lors du rendez-vous national. Alors la demi-fondeuse du Haute Bretagne avait à cœur de retrouver la plus haute marche du podium. Ce qu’elle a fait sans jamais être inquiétée, à la faveur d’un dernier 400 m avalé en un peu plus de 58’’, grâce à une fréquence de foulée qu’on lui avait rarement vue. Vainqueure en 4’17’’68, elle a largement devancé Bérénice Cleyet-Merle (Pays de Fontainebleau Athlé), 2e en 4’20’’51 après avoir doublé sur la ligne Adèle Gay (Amiens UC), 3e en 4’20’’60.

« On va dire qu’on a couru 400 m, s’exclamait la championne d’Europe en salle 2025. Avant, c’était la balade. Je n’avais qu’une seule consigne et j’ai essayé d’être bonne élève : ‘’attaquer à un moment où personne ne s’y attende et que ça soit impossible d’accrocher le wagon.’’ J’ai complètement changé de cadence. J’ai vite vu que ça décrochait mais j’ai continué, continué. Je ne pouvais pas aller plus vite, mais ça ne me faisait pas du tout mal. C’était incroyable, j’avais l’impression d’être en survitesse. C’est une brique en plus pour ce que je suis en train de construire. » Celle qui a battu quatre records de France cet hiver, le dernier dimanche dernier sur 1500 m avec une victoire remarquée à Torun en 4’00’’64, a rappelé qu’elle était une redoutable coureuse de championnats. Elle retrouvera la Pologne dans trois semaines, en ayant fait le plein de confiance à Clermont-Ferrand.

Le Chiffre

1

Avec seulement trois compétitions disputées pendant la saison estivale 2025, la dernière le 21 mai, Pablo Matéo avait vécu « une année compliquée », ce qui n’est pas loin d’être une litote. Le sprinter du Lisses AC, stoppé à l’époque par un ischio-jambier récalcitrant, a signé un retour au premier plan de haute volée ce samedi. Pour ses premiers championnats de France Elite sur 60 m, il a dominé sa série en 6’’58, son record personnel, avant d’accélérer encore la cadence en finale avec une victoire en 6’’54. Pas perturbé par les disqualifications pour faux-départ de William Aguessy et Lenny Chanteur, l’athlète de 25 ans s’est imposé devant Antoine Thoraval (EA Mondeville Hérouville), 2e en 6’’61, et son camarade d’entraînement Just Kwaou-Mathey (Evreux AC), 3e en 6’’66, le meilleur chrono de sa carrière avant de s’aligner demain sur un 60 m haies qui promet.

En 6’’54, une performance à un centième des minima pour les Mondiaux en salle de Torun, Pablo Matéo devient le quatrième Français le plus rapide de l’histoire, derrière Ronald Pognon, Jimmy Vicaut et Stéphane Cali, mais devant Christophe Lemaitre. Et récolte déjà les fruits du travail réalisé sous la houlette de Giscard Samba à Créteil, dont il a rejoint le groupe en octobre dernier. « J’ai dû quitter mon ancien groupe (à El Paso avec Mickael Hanany, ndlr) car le médical, aux Etats-Unis, ça coûte cher, et ma famille me manquait, expliquait-il. J’avais envie de rentrer auprès des miens. Aujourd’hui, je suis aux anges. » Parmi les clés de ses progrès sur la ligne droite, une mise en action beaucoup plus efficace : « J’ai un profil de coureur de 200 m. je cherche à me relever très vite pour faire jouer ma vitesse maximale. J’ai fait confiance au coach. Il m’a appris à être patient et à ne pas paniquer, et ça paye ! » Jusqu’à désormais pouvoir viser bien plus haut que prévu sur 60 m, en attendant de pouvoir s’exprimer sur ses distances de prédilection.

Les Promesses

Les perchistes en folie

On n’est pas passé loin de voir trois records de France différents tomber sur le sautoir béni du stadium Jean-Pellez. Et si Marie-Julie Bonnin n’a pas réussi à se joindre à la fête, en échouant par trois fois à 4,77 m, elle se consolait largement en ayant conservé son titre indoor avec un meilleur saut à 4,62 m. Avec, en bonus, enfin un corps qui l’avait laissée tranquille. Gênée depuis plusieurs semaines par des douleurs au dos, la championne du monde en salle n’avait validé sa présence à Clermont qu’après avoir passé une IRM qui s’était révélée rassurante, mardi, avec juste une inflammation au niveau des lombaires. « Le lundi et le mardi ont été off, le mercredi et le jeudi très light, et aujourd’hui, je suis arrivée avec des cannes de feu, retraçait la perchiste du Stade Bordelais. Peut-être un peu trop même, je me suis emballée un peu en course. Ça a été un concours sans douleur au dos et c’est ma plus grande victoire aujourd’hui. »

Ce samedi, elles ont été quatre athlètes à s’attaquer à la meilleure marque nationale tous temps de leur catégorie, et six à égaler ou améliorer leur record personnel. Nayah Cauvin (EA Mondeville Hérouville), dont la référence était jusque-là de 4,40 m et qui a tenté sans réussite 4,62 m, ce qui aurait constitué un nouveau record de France U23, a franchi 4,54 m au deuxième essai pour décrocher l’argent. Une hauteur également passée par Bérénice Petit à sa seconde tentative, devancée aux essais et finalement en bronze. On retrouve ensuite avec 4,45 m Emma Brentel (Racing Club Nantais), 4e, et Moana Peyrard, 5e. Cette dernière s’est emparée par la même occasion du record de France U20, qui était détenu par Alice Moindrot avec 4,42 m depuis 2018. « J’ai cru que j’allais pleurer, il y a eu beaucoup d’émotions, j’étais choquée, confiait la perchiste du Nice Côte d’Azur Athlétisme, qui venait de briller sous les yeux de son père, venu tout spécialement de La Réunion. » Encore junior première année, elle n’est sans doute qu’au début d’une longue série.

Plus loin au classement, Isild Drouet (Athletic Club Cotentin), 9e avec 4,35 m, a amélioré son propre record national U18, qu’elle détenait seulement depuis dimanche dernier et les France jeunes de Val-de-Reuil avec 4,27 m. Elle a montré une sacrée force de caractère, après avoir frôlé l’élimination dès son entrée dans le concours avec une barre à 4,00 m effacée seulement au troisième essai. Un spectacle que l’aînée Marie-Julie Bonnin avait pu savourer avant son entrée en lice à 4,54 m : « Ça m’a motivée de voir le résultat des filles, elles sont juste incroyables, appréciait-elle. Je pense que ça va donner envie à plein de gens de pratiquer notre discipline. La perche féminine se porte bien ! »

Et Aussi

Aux bons souvenirs de Mailagi

Stephen Louis Mailagi est né à Wallis et s’entraîne en Provence, mais il aime séjourner en Auvergne en février. Ce samedi, il a propulsé son poids de sept kilos tout près de la ligne des 20 m (19,81 m) pour conquérir l’or national.  « C’est dans cette salle que j’ai battu mes premiers records de France U23, et j’ai encore bien kiffé lancer ici. J’ai fait une très bonne série au-delà des 19,30 m, alors que je me sentais un peu fatigué », soufflait le lanceur de l’Entente Ouest Athlé 13. Précédemment dans la cage, Naomi Wuta (Dynamic Aulnay Club) avait, elle aussi, amélioré son record avec 15,97 m pour triompher dans la compétition féminine.

Dans le bac à sable, Julien Pauthonnier (Athlé Vosges Entente Clubs) a obtenu un « résultat inespéré » en remportant la couronne nationale du saut en longueur, à la faveur d’un deuxième essai mesuré à 7,94 m. Le Lorrain s’était blessé à l’adducteur il y a trois semaines, et avait mentalement fait une croix sur ses chances d’exister ce week-end. Elle aussi diminuée cet hiver, Clémence Rougier (Limoges Athlé) a régné sur le concours de triple saut féminin, en ouverture de programme, grâce à un concours bien construit, ponctué d’un bond à 13,56 m. Solène Gicquel, dos au mur après un échec à 1,90 m, a trouvé les ressources nécessaires pour franchir 1,92 m au saut en hauteur. En égalant son record, la Bretonne du Stade Rennais a devancé sa rivale Fatoumata Balley (Amiens UC) pour cueillir son cinquième titre en salle.

En répétition avant les Mondiaux de Torun, Azeddine Habz n’a pas eu à forcer son talent pour remporter le 3000 m en 8’12’’21. Après avoir laissé Arthur Gervais (Stade Bordelais) mener un train tranquille, le demi-fondeur du Val d'Europe Montévrain Athlétisme a produit son accélération à trois tours de l’arrivée, et seul Flavien Szot (Entente Savoie Athlé) a pu suivre, sans réussir à l’inquiéter. Il a ensuite laissé entendre qu’il avait peu de chances de s’aligner au départ du 1500 m dimanche, puisqu’il privilégie la distance supérieure en vue des Mondiaux de Torun.

Sur le 5000 m marche, Aurélien Quinion a vu les obstacles se multiplier sur sa route : un ischio en délicatesse, des intestins capricieux depuis deux jours, une perche qui lui tombe sur le bras après moins de 200 m de course, et un Kilian Lebreton (Haute Bretagne Athlétisme) bien décidé à lui mener la vie dure. Le marcheur de l’EFCVO a réussi à tous les surmonter, et a comblé le trou sur son rival à la mi-course, avant de produire une attaque éclaire à 500 m du but. Il a finalement atteint son objectif en 19’07’’89. Enfin, Lucie Jean-Charles (Sco Sainte-Marguerite Marseille) a créé la surprise sur 60 m, au nez et à la barbe des favorites Chloé Galet (Entente Sambre Avesnois 59) et Hélène Parisot (Entente Savoie Athlé), qui en ont perdu leurs moyens. La Provençale a été la seule à courir à la hauteur de son record, en 7’’35, pour obtenir la plus belle victoire de sa carrière.