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Championnats de France Elite : Kpatcha et Black, des coups de chaud pour débuter

24 Juillet 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey

Mise à jour : 25 Juillet 2026 (15h10)

Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP

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Championnats de France Elite : Kpatcha et Black, des coups de chaud pour débuter

Hilary Kpatcha a fait lever le stadium d’Albi lors de la première journée des France Elite, disputée dans la fournaise tarnaise ce vendredi, en retombant à 6,98 m dans le bac de saut en longueur. Isabelle Black est devenue la troisième performeuse française de l’histoire sur 400 m, à la grâce de sa série avalée en 50’’57. Des résultats synonymes de records des championnats, tout comme les 61,69 m d’Alizée Minard au javelot et les 9’26’’74 d’Alice Finot sur 3000 m steeple.

Le Temps Fort

Kpatcha à réaction

Jamais les championnats de France Elite n’avaient connu pareil feu d’artifice au saut en longueur féminin. Sur la piste qui a si souvent souri aux sprinters, mais en sens inverse pour coller au sens du vent, les sauteuses françaises ont régalé le public du stadium d’Albi. Alors certes, le vent trop favorable a donné un relief avantageux à bon nombre de concurrentes, dont sept ont bondi à plus de 6,60 m. Mais les deux héroïnes de la soirée ont fait tomber la foudre dans des conditions tout à fait régulières. Yanis David (CA montreuil 93) a allumé la mèche au deuxième essai, en retombant à 6,86 m (+1,6), améliorant ainsi son record qui datait de 2019. « J’ai connu beaucoup de blessures et de pépins physiques depuis, mais je n’ai jamais abandonné. Et c’est l’année d’un grand changement que je bats mon record, puisque j’ai quitté les Etats-Unis pour m’entraîner à Montreuil avec Jorice Bassola l’an dernier, ça montre que j’avais raison », se réjouissait la Guadeloupéenne.

Menacée et contrainte de sortir le grand jeu, Hilary Kpatcha lui a répondu en deux temps. D’abord avec un bond à 6,81 m quelques minutes plus tard, puis en enflammant la soirée grâce à ses 6,98 m à son cinquième passage. Ni plus ni moins que le deuxième meilleur saut de sa carrière, derrière ses 7,02 m de 2025, qu’elle a fêté par une explosion de joie fulgurante. C’est pourtant sur un ton très mesuré, tout en retenue, qu’elle s’est présentée devant la presse pour commenter ce moment de grâce. « J’étais trop heureuse après le saut. Mais l’histoire qu’il faut retenir aujourd’hui, c’est que j’ai réussi à rester concentrée, sans être déstabilisée par les aléas et les évènements. J’ai construit mon concours avec de l’engagement et de la maitrise autour des éléments techniques nécessaires pour sauter loin », soufflait l’athlète du Nice Côte d’Azur Athlétisme. « Sur sa faim » en quittant le sautoir de la Diamond League de Londres il y a six jours, l’élève de Kafétien Gomis à l’Insep a (enfin) retrouvé les repères et sensations qu’elle avait entrevus de l’autre côté de la Manche. Si elle les emmène dans ses bagages à Birmingham, elle ne devrait pas être loin de la boîte au moment de faire les comptes.

Troisième avec 6,72 m (+1,7), Rogilia Bissemo (EFS Reims Athlétisme) devra attendre la décision du comité de sélection pour savoir si elle rejoint ses deux consœurs dans leur conquête de l’Europe.

La Perf'

Minard, lanceuse de rendez-vous majeurs

Ses supporters avaient tout prévu. Même ce tableau un poil kitch sur lequel Alizée Minard, assise sur un trône et couronne sur la tête, est surmontée du titre « God save the queen Minard, road to Birmingham ». La lanceuse de l’Amiens UC n’est pas encore dans l’avion pour l’Angleterre. Mais elle a fait un grand pas vers les championnats d’Europe, en expédiant son javelot à 61,69 m. Une performance qui lui permet d’améliorer son record personnel, qui remontait au 28 juin (61,51 m), de faire tomber le record des championnats (61,49 m par Alexis Alaïs en 2019 à Saint-Etienne, 3e aujourd’hui) et surtout de réaliser pour la deuxième fois les minima B pour le rendez-vous continental. Ce qui en fait désormais une athlète prioritaire à la sélection, en tant que large championne de France devant sa grande rivale et amie Jade Maraval, 2e du jour avec 58,79 m.

« Au deuxième essai, j’ai senti qu’il y avait un étirement dans mon épaule qui n’avait rien à voir avec les autres lancers, raconte Alizée Minard. Je pense que j’ai passé un petit cap dans ma tête à Paris (lors du meeting Diamond League, ndlr). Refaire ça aujourd’hui, c’est le signe que ce sont des échéances comme celles-là dont j’ai besoin pour m’exprimer pleinement. J’adore ça, vraiment ! » Même quand quelques éléments contraires se mettent en travers de sa route, comme ce torticolis qui l’a embêtée plusieurs semaines et qui s’est enfin calmé au cours des derniers jours, lui permettant d’attaquer la compétition à 100 % de ses capacités.

A 29 ans, elle récolte les fruits d’une organisation désormais bien rôdée. Installée à Bordeaux, elle suit à distance les conseils de Romain Katchavenda, qui s’occupe à la fois de sa technique javelot et de sa préparation physique, et de Jordan Bourdaget, en charge de la course et des bondissements. Surtout, celle qui travaille au quotidien pour Elite Athlète, une entreprise qui fait le lien entre athlètes talentueux et universités américaines, a longtemps été sans piste fixe, n’étant pas licenciée dans un club de l’agglomération bordelaise. Elle ne jongle désormais plus qu’entre deux stades et une salle de musculation.

Alizée Minard devra patienter jusqu’au milieu de semaine prochaine pour en savoir plus sur la suite de sa saison. Mais à l’évocation de Birmingham, ses yeux pétillent : « Ce serait l’opportunité d’aller le plus loin possible dans la compétition, de viser le podium. Clairement, je ne me fixe pas de limites. »

La Promesse

Black , l’air de rien

L’après-midi commençait tout juste, par des séries qui permettent aux spectateurs de se mettre gentiment dans l’ambiance d’un week-end de championnat de France. Et soudain, alors que le thermomètre atteignait les 40 degrés, Isabelle Black est venue coller une claque à tout le monde. Nette, brute, de celle dont on se souvient. En dégommant sa série du 400 m en 50’’47, la sociétaire du Montpellier Athletic Méditerranée Métropole a retranché plus de six dixièmes à son record, et s’est hissée au troisième rang des bilans français de l’histoire, juste derrière Amandine Brossier, et une certaine Marie-José Pérec. Incrédule face à sa propre prestation, Black était « en pleine tempête émotionnelle ».

Si elle s’attendait à descendre sous les 51’’ au vu du contenu de ses entraînements récents, elle ne s’imaginait pas courir si vite, encore moins au premier tour. « Me rapprocher de Marie-Jo me tient vraiment à cœur, parce que c’est une très bonne copine à ma maman, rappelait-elle. Ca va au-delà du sport, on s’envoie des messages, on s’appelle. D’ailleurs, elle dit souvent que c’est grâce à elle que j’existe, parce que si elle n’avait pas été là, mes parents (NDLR : Roger Black et Elsa Devassoigne) ne se seraient pas rencontrés ! » En pleine confiance avant sa finale samedi, elle mesurait les fruits de sa décision de rallier son pays natal, l’Angleterre, pour s’y entraîner sous les ordres de Tony Lester, à Londres. « Il y a eu beaucoup de changements, aussi bien sur le plan de la préparation physique que de l’approche mentale de la course en elle-même. Je bosse dur et je m’accroche à mes rêves. » Le prochain pourrait être de passer sous les 50’’, qui lui ouvrirait les portes d’un autre monde.

La Décla

Être la première à battre Mélina aux France, c’est une fierté

L’heure est arrivée : après vingt-cinq ans de règne ininterrompu (sauf pendant ses deux grossesses), Mélina Robert-Michon (Lyon Athlétisme) a connu sa première défaite aux championnats de France Elite. Légitimement fière de son coup, Amanda Ngandu-Ntumba (CA du Roannais) pouvait savourer son succès, acquis grâce à un « concours bien construit jusqu’au dernier essai », et couronné d’une performance de pointe à 60,47 m. Sans oublier de rendre hommage à son aînée, qui n’a pu faire mieux que 56,69 m. « Elle m’a inspirée, m’aide à progresser quand on s’entraîne ensemble, et comme toutes les lanceuses aujourd’hui, j’admire ce qu’elle fait », appuyait-elle. Un exemple de transition dans le respect mutuel et la douceur.

Et aussi

Finot reprend confiance

Pour sa première compétition depuis le 7 juin, Alice Finot avait besoin de retrouver des repères et des sensations. Alors elle a pris ses responsabilités, en assumant le train en tête de course dès les premiers mètres du 3000 m steeple. Et, rapidement, le duel annoncé face à Clara Entresangle s’est confirmé. La demi-fondeuse de l’AS Cavaillon, révélation de la saison estivale avec son record de France U23 en 9’17’’88, a été la seule en mesure de la suivre. L’opposition de style entre les deux athlètes saisissantes. D’un côté la quatrième des Jeux olympiques de Paris, 35 ans, silhouette élancée et foulée ample de son mètre soixante-douze. De l’autre le petit gabarit de l’espoir de 21 ans, diablement accrocheuse. Au final, c’est dans le dernier tour qu’Alice Finot, très à l’aise sur les obstacles et à la relance, a fait la différence pour l’emporter en 9’26’’74, améliorant d’un peu plus de trois secondes son record des championnats.

« C’était une rentrée pour moi, j’avais vraiment envie de me prouver des choses, confiait l’athlète coachée par l’Espagnol Manuel Martinez Ageitos, un duo récompensé à l’arrivée par des trophées European Athletics remis par Jean Gracia, président de la FFA. Ça faisait un moment que je n’avais pas eu ces sensations en meeting ou en championnat, depuis les Jeux il y a deux ans. Je suis contente d’avoir réalisé une course aboutie au niveau de l’attitude, en menant. Moi qui suis plutôt une chasseuse, j’ai été chassée. Je suis sortie de ma zone de confort. J’ai coché toutes les cases que je voulais avant les championnats d’Europe. » Elle se présentera à Birmingham avec un titre continental à défendre et des jambes retrouvées. Clara Entresangle, elle, fait une belle vice-championne de France en 9’31’’37.

Si Alice Finot s’est offert une sixième médaille d’or aux France Elite, la quatrième consécutive et un record pour une steepleuse, Lolassonn Djouhan a, lui, fait monter sa collection à onze titres pour dépasser enfin Jean-Claude Retel. Le spécialiste du disque du Martigues Sport Athlé a dû composer avec un Marc-Alexandre Delin (ASC Zénith) tenace, 2e avec 59,40 m. Il a été le seul à dépasser la barrière des 60 mètres, avec un sixième jet à 61,66 m.

Elijah Pasquier a dominé le concours de la hauteur masculine, en effaçant une barre à 2,18 m au deuxième essai, moins d’une semaine après avoir décroché la victoire chez les U23 à Charléty. Le sociétaire du Stade Sottevillais 76, 20 ans, a ensuite réalisé des tentatives prometteuses à 2,24 m, une hauteur à laquelle il ne lui a pas manqué grand-chose. Encore en délicatesse avec sa technique dans le virage, il regrettait de ne pas être passé, ce qui aurait pu l’envoyer vers Birmingham.

Enfin, le 10 000 m marche féminin, dernière épreuve de la journée avec un départ donné à 22h, a souri à Pauline Stey. L'athlète d'Alsace Nord, redescendue ce vendredi matin des hauteurs de Font-Romeu, a réalisé un negative split pour franchir en vainqueure la ligne d'arrivée en 43'57''69. Elle a devancé l'épatante Maële Biré-Heslouis (Pays Saint-Lois), 2e en 44'07''99, et Ana Delahaie (Stade Bordelais), 3e en 44'23''72.