Stade / Compte-rendu
26 Juillet 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey
Mise à jour : 28 Juillet 2026 (11h07)
Photos : © G. Hamon / Stadion et P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
Partager
En 44’’24, Samuel Vessat s’est emparé du record de France du 400 m au terme d’une finale d’anthologie ce dimanche lors de la dernière journée des championnats de France à Albi. Meta Tumba a survolé le 400 m haies dans un nouveau record de France U23, tandis que Rénelle Lamote a remporté la grande bataille du 800 m féminin, avant le bouquet final tiré par les frères Collet au saut à la perche.
Samuel Vessat a battu deux records de France ce dimanche. Celui du 400 m, en 44’’24. Et celui de la sortie la plus rapide de la piste après un titre national, puisque le sprinter du Saint-Denis Emotion a quitté le tartan rouge et bleu d’Albi le plus vite possible, sans réaction apparente. C’est qu’il ne s’était pas rendu compte qu’il venait de faire tomber la meilleure marque nationale hexagonale de tous les temps, ces 44’’46 de Leslie Djhone qui tenaient depuis 22 ans. Et qu’en plus, l’infatigable athlète de 24 ans avait encore une course à son programme, la finale du 200 m (7e en 21’’16), une distance sur laquelle il avait disputé les séries un peu plus d’une heure avant son tour de piste.
Le désormais quatrième meilleur performeur européen de tous les temps a démontré, une nouvelle fois, sa capacité incroyable à enchaîner les efforts, en réalisant un départ tonitruant dans son style tout en puissance, les épaules en avant et la tête rentrée dans les épaules. Et le duel annoncé avec Muhammad Abdallah Kounta a bien eu lieu. Car le sociétaire du Val d’Europe Montevrain, à la foulée tout en souplesse, est revenu sur l’étudiant en commerce international de l’université US de Purdue (Indiana). Mais ce dernier a réussi à remettre de la cadence dans les derniers mètres pour l’emporter. Avant de se livrer dans une analyse très « américaine » : « Pouvoir exécuter convenablement était l’essentiel. Le but était de répéter le travail sur la fatigue pour préparer les Europe, où il y aura des courses à haute intensité. Aujourd’hui, c’est passé. Je suis super content. »
Muhammad Abdallah Kounta fait un superbe vice-champion de France, avec un record personnel en 44’’55. Le podium est complété par Yann Spillmann (Entente Franconville Cesame Val d’Oise), qui devient le cinquième meilleur performeur français de tous les temps en 44’’92, dans une course où, derrière, ils sont cinq à se tenir entre 45’’39 et 45’’71. Une excellente nouvelle pour le 4x400 m tricolore, dans l’optique des championnats d’Europe. Une compétition lors de laquelle Samuel Vessat, deuxième meilleur performeur continental derrière le Britannique Matthew Hudson-Smith, pourra se présenter avec de légitimes ambitions. « Là-bas, ce seront des gars en 43’’, habitués au très haut niveau. L’objectif sera de les tenir au maximum », promet l’élève de Tony Miller et Alioune Ndiaye à l’ascension fulgurante, puisqu’il n’a commencé sérieusement l’athlétisme qu’il y a deux ans, après avoir tenté de percer dans le basket.
Leslie Djhone, présent au Stadium ce dimanche et présenté par Vessat comme « le goat, je n’ai pas le quart de son palmarès », promet à son successeur un avenir radieux. « Il est neuf, il a tellement de choses encore à changer dans sa course en termes de fluidité et il va gagner en expérience. Ça va être un phénomène ! Les 43’’80 vont être à sa portée très rapidement. » Et si l’on avait assisté, à Albi, à la naissance d’un futur très grand ?
La perche française regorge d’histoires de famille, et les Collet en ont écrit un nouveau savoureux chapitre ce dimanche. Alors que Thibaut a l’habitude de briller aux championnats de France, c’est cette fois son frère aîné, Mathieu, qui a pris la lumière dans la fin de journée tarnaise. En passant 5,76 m puis 5,82 m, au premier essai à chaque fois, il a amélioré deux fois son record et mis une pression maximale sur l’ensemble de ses rivaux. Tous se sont cassé les dents sur ces barres, sauf son petit frère Thibaut, moins aérien mais toujours aussi accrocheur. Alors que le doublé familial était assuré, c’est lui qui est venu écrire la conclusion en franchissant 5,87 m à sa dernière tentative, pour rafler la couronne nationale pour la septième fois, salle et plein air confondus. « C’est un moment très particulier, dont on a rêvé pendant des années, savourait-il. Je suis très heureux d’avoir gagné, mais aujourd’hui, c’est Mathieu qu’il faut mettre en avant. Cela faisait depuis 2019 qu’il tournait autour de ces hauteurs, et il a beaucoup entendu qu’il ne progresserait plus, ou ce genre de choses. C’est un exemple de résilience, et aujourd’hui, il a été impérial ! », vantait le petit frère, pas peu fier de son dauphin de frangin.
A son tour, Mathieu ne pouvait que se féliciter d’avoir « trouvé la recette pour passer ces barres » dont il était proche depuis des lustres. « J’ai fait de 5,70 m mon camp de base cette année, mais il fallait monter d’un cran. J’ai su le faire aujourd’hui, et en voyant ce gros saut à 5,82 m, je me dis qu’il faut regarder encore plus haut désormais », se projetait-il. Pas fâché du scénario, il reconnaissait quand même s’être « vu champion de France, bien sûr ! Mais il a de l’orgueil, ce petit con (sic) », se marrait-il devant les journalistes. « Je l’avais prévenu avant mon dernier essai, que j’allais passer, répliquait Thibaut, tout sourire. J’ai toujours été le petit frère qui ne lâche rien, je suis un chien de la casse ! » Ils auront tout le temps de se refaire le film dans les prochains jours, avant de réaliser peut-être un autre rêve de gosse : à Birmingham, ils pourraient bien partager leur chambre et une sélection internationale aux championnats d’Europe.
On avait travaillé le cassé avec mon coach. Donc quelques mètres avant la ligne, j’essayais de me pencher un peu
Rénelle Lamote avait bien fait de mettre tous les atouts de son côté pour résister au retour de Clara Liberman et l’emporter sur 800 m en 1’58’’70, record des championnats, 12 centièmes devant la sociétaire du Haute Bretagne Bretagne Athlétisme, qui, elle, a chu sur la ligne d’arrivée. L’élève de Bruno Gajer au Montpellier Athletic Méditerranée Métropole a réalisé une course de patronne, en l’absence d’Anaïs Bourgoin, forfait après avoir ressenti vendredi à l’entraînement une gêne à l’ischio. Elle n’a pas hésité à prendre la suite d’Agnès Raharolahy en tête de peloton à 300 m de l’arrivée, cette dernière ayant lancé la course sur des bases très rapides (57’’5 au 400 m). « J’ai vu qu’Agnès partait et je me suis dit que c’était une aubaine, confiait Rénelle en tentant de reprendre son souffle. Il ne fallait surtout pas ralentir, car ça aurait été beaucoup plus difficile pour moi de gagner une course lente. »
Dans la dernière ligne droite, on a vu la triple vice-championne d’Europe tourner la tête vers le côté. « Je me suis dit : purée, je ne sens pas les filles. J’ai mis un coup d’œil et j’ai finalement senti leur énergie, qu’elles n’allaient rien lâcher. Je me suis arrachée et j’ai bien fait, car sinon, ça ne passait pas. C’était super important pour moi de gagner aujourd’hui, cette victoire me fait du bien. J’avais regardé mes stats : je n’avais plus gagné une course depuis la série des France en 2024. » Au rayon statistiques, Rénelle Lamote devient championne de France du double tour de piste pour la septième fois et dépasse Maryvonne Dupureur et Nathalie Toumas, avec lesquelles elle partageait jusque-là le record de victoires.
Celle qui a abaissé son temps de référence à 1’56’’93 devient, avec cette victoire, athlète prioritaire à la sélection pour les championnats d’Europe, tout comme Clara Liberman. La camarade de club de cette dernière, Léna Kandissounon, monte sur la troisième marche du podium en 2’00’’15, alors que Charlotte Dumas (Clermont Auvergne), 4e en 2’00’’59, et Julia Cherot (Athlé du Pays de Vannes), 5e en 2’00’’60, terminent un peu plus loin, à l’issue de la finale nationale la plus dense de tous les temps.
Etonnamment, Thomas Gogois n’avait jamais été champion de France Elite du triple saut. Le spécialiste de l’Amiens UC, vainqueur en U20 (2017) et U23 (2022), a réparé cette anomalie ce dimanche à Albi. Le médaillé de bronze des Europe 2024 a décollé à 17,02 m dès son entrée en matière, mettant un coup sur la nuque de ses adversaires, dont ils ne se sont pas remis. Il a ensuite pu « mettre en place de nouvelles choses travaillées ces dernières semaines » avec son entraîneur Alain Doré et Louis-Grégory Occin, sans parvenir à faire progresser sa marque au tableau d’affichage. Enzo Hodebar (EFCVO) a pris la médaille d’argent avec 16,66 m, un centimètre de mieux que Jonathan Seremes (Stade Bordelais).
Son hurlement de joie en découvrant son chrono disait tout. Vainqueure en finale du 400 m haies en 55’’22, Méta Tumba s’est emparé du record de France U23 en 55’’22, à l’issue d’une course maitrisée de bout en bout. Elle efface des tablettes les 55’’49 de Sylvanie Morandais, qui tenaient depuis 2001. « C’est un chrono que je cherchais depuis le début de la saison, rappelait la hurdleuse du Grand Angoulême Athlétisme. Réussir à le faire au meilleur des moments, c’est vraiment incroyable. J’ai ressenti énormément de joie et de fierté en passant la ligne. C’est aussi un vrai soulagement. »
Sacrée plus d’une seconde devant Shana Grebo (Stade Bordelais), 2e en 56’’66, l’athlète de 20 ans, double médaillée internationale chez les juniors, a réalisé sur le fil les minima B pour les championnats d’Europe, après une saison loin d’être linéaire. « Il a fallu trouver une nouvelle organisation car je n’ai plus de coach depuis le mois de mars, expliquait-elle. La FFA m’a pas mal aidée, je fonctionne à distance avec les coaches de Nantes, Emmanuel (Huruguen) et Samuel (Auneau), vu que je suis restée à Angoulême. » Plus relâchée dans ses entames de course, et par ricochet très saignante dans la dernière ligne droite, Méta Tumba a encore de la marge.
Longtemps dans les clous pour atteindre les 6250 points à l’heptathlon, malgré une première journée en-deçà de ses espérances, Esther Condé-Turpin a mis tout son cœur dans le 800 m final, mais a terminé à une grosse seconde du chrono qui lui aurait offert les minimas B pour les championnats d’Europe de Birmingham. « Ce qui me laisse des regrets, c’est les bourrasques de vent pendant le 100 m haies, j’ai eu l’impression de courir avec un parachute. Alors que d’habitude, les haies, c’est mon épreuve, là où je score le plus… », rageait-elle au moment de tirer le bilan.
Rose Loga (ACLAM Chartres) a de sérieuses chances de voir les Midlands de l’Ouest en août, puisqu’elle a remporté sans coup férir le concours de marteau, avec 70,98 m dès son premier essai. Une satisfaction teintée de soupir, puisqu’elle regrettait de ne pas avoir pu faire de cette performance une base d’envol pour la suite de son concours.
Comme en 2024 à Angers, Romain Mornet (AC La Roche-sur-Yon) a fait parler son sens de la course et sa vitesse dans la dernière ligne droite du 1500 m. Il a profité d’une toute petite brèche laissée à la corde par Azeddine Habz pour s’engouffrer dans le tunnel qui l’a mené vers la victoire en 3’41’’03, devant Paul Anselmini (EFCVO) et Titouan Le Grix (Montpellier AMM), alors que le recordman de France a dû se contenter du 6e rang.
Just Kwaou-Mathey (Evreux AC) a triomphé à l’expérience lors de la finale du 110 m haies, qu’il a bouclée en 13’’34 (-0,5), soit un petit centième de mieux que son chrono des demi-finales. Deuxième en 13’’43, Théo Pedre (SC Universitaire de France) a fait le nécessaire pour être prioritaire devant le comité de sélection pour les championnats d’Europe. Gemima Joseph (Amazonie Athletic Academy) a enchaîné un deuxième récital sur 200 m, en 23’’20 (-0,2), malgré un manque de préparation spécifique qui a pimenté sa deuxième moitié d’effort. Théo Schaub (Entente Grand Mulhouse Athlé) a également réalisé le doublé 100 m – 200 m en dominant en fin de parcours Ryan Zézé (Stade Bordelais), en 20’’68 (-0,2). Enfin, Amanda Ngandu Ntumba (CA du Roannais) a, elle aussi, doublé la mise en propulsant son poids à 16,21 m, quarante-huit heures après avoir débloqué son compteur estival au disque.
Sébastien Homo, manager adjoint du programme Los Angeles 2028 : « Ces championnats de France étaient riches en performance, avec beaucoup d’athlètes qui ont confirmé ce qu’ils avaient montré au cours des dernières semaines, et aussi de nouvelles têtes. C’est encourageant, parce que cela dynamise l’ensemble des disciplines. Il y a des situations délicates à arbitrer pour composer la sélection pour les championnats d’Europe, mais c’est le rôle du comité de sélection. Tous les éléments et paramètres seront pris en compte pour aboutir à une équipe de France la plus compétitive possible. Certains débats seront probablement assez longs. Le but, c’est d’emmener à Birmingham tous ceux qui répondent à l’objectif fédéral, qui est d’être en capacité de figurer dans le top 8 européen en individuel. »