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Stade / Compte-rendu
25 Juillet 2026 - Par F. Gaudin-Winer - E. Nappey
Mise à jour : 27 Juillet 2026 (19h17)
Photos : © P. Millereau - S. Kempinaire / KMSP
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Louey Ouerrat et Alexis Miellet se sont respectivement imposés sur 800 m et 3000 m steeple, en faisant parler leurs qualités de finisseurs dans des courses où les prétendants à une sélection pour les championnats d’Europe étaient légion. Lors d’une deuxième journée d’une densité exceptionnelle à Albi, Yann Chaussinand (marteau) et Agathe Guillemot (1500 m) ont assumé leur statut de patrons, alors que les sauteurs Marie-Julie Bonnin (perche), Solène Gicquel (hauteur) et Erwan Konaté (longueur) se sont imposés avec les minima B pour Birmingham à la clé. Sur le tour de piste, Muhammad Abdallah Kounta et Isabelle Black ont brillé.
A la fin, j’avais de la marge, donc je me suis permis de lever la main. En tant qu’athlète, on a le droit et même le devoir de célébrer comme ça.
On n’aurait pas forcément parié, avant cette finale du 800 m masculin, que le vainqueur aurait tout le loisir de fêter sa première place par une célébration maison, tant la course s’annonçait serrée et explosive. Mais Louey Ouerrat a bien été l’homme fort de ce double tour de piste, disputé dans des conditions bien moins étouffantes que vendredi. Le sociétaire de l’Athletic Vosges Entente Clubs s’est offert son premier titre Elite en plein air à l’issue d’une course quasi parfaite. Toujours bien placé, avec Théo Thévenet et Jordan Terrasse devant lui « un peu en bouclier » pour le protéger des rafales qui traversaient le Stadium, il a placé son attaque à 150 mètres de l’arrivée. Gabriel Tual, enfermé, n’a pas été en mesure de répliquer et a fourni son effort trop tardivement. Et c’est donc Louey Ouerrat qui a franchi en premier la ligne d’arrivée, en 1’44’’91, 16 centièmes devant le champion d’Europe licencié à l’US Talence.
« Ça a été un pur kiff, savourait l’élève de Bruno Gajer. J’étais dans un état de transe, avec de l’adrénaline. Ce premier titre en plein air est un accomplissement, il y avait vraiment tout le monde. Je suis sur les bonnes bases. Maintenant, il ne faut surtout pas se relâcher. Aux championnats d’Europe, il ne faudra pas non plus être figurant. » Ce qui n’est, visiblement, pas le genre de la maison. Derrière Ouerrat et Tual, Yanis Meziane (Athlé 91) s’est arraché pour conserver le bronze en 1’45’’12, sept centièmes devant Corentin Le Clezio (EA Cergy Pontoise), revenu comme d’habitude de très loin. Jordan Terrasse, 5e en 1’45’’57, a coincé dans les cinquante derniers mètres.
Même dans mon club, ils commençaient à dire : ‘’il est trop vieux maintenant, il ne peut plus faire de bons chronos et il a perdu sa giclette’’
On a retrouvé le Alexis Miellet de Rome 2024. Celui dont le finish dévastateur écœurait ses adversaires, alors qu’il découvrait tout juste les obstacles après une longue carrière de miler. Le champion d’Europe en titre, en difficulté depuis deux ans avec des blessures à répétition, est en train de retrouver ses sensations au meilleur moment. Dans une course qui sentait la poudre, avec au départ sept steeplers ayant réalisé les minima B pour les championnats d’Europe de Birmingham, le demi-fondeur du Dijon UC, 31 ans, a réalisé un dernier tour en costaud. Son accélération progressive, avec une technique sur les barrières de très haute volée et une foulée impeccable déployée, a fait le trou sur toute la concurrence avec aisance et a lui a même permis de savourer sa victoire dans la dernière ligne droite, conclue en 8’24’’64 malgré les à-coups. Grâce à sa fameuse « giclette. Ne vous inquiétez pas, elle est toujours là et on peut ressortir l’arme secrète quand il le faut », glissait-il, l’œil malicieux, devant la presse.
Derrière celui qui courait l’esprit libre, en sa qualité de sélectionnable pour le rendez-vous continental grâce à sa victoire en terre italienne, le talentueux U23 Pierre Boudy (Free Run Athlé 37) a créé la sensation. Auteur d’une folle remontée, le polyvalent athlète de bientôt 22 ans a décroché l’argent en 8’24’’99 et devient donc athlète prioritaire à la sélection, conformément aux modalités, puisqu’il avait réalisé les minima B (8’20’’00) à deux reprises au cours de l’été. Ce podium surprise et rajeuni, derrière l’aîné Miellet, est complété par Oscar Thebaud (Ouest Vendée), lui aussi espoir et 3e en 8’25’’43. Nicolas-Marie Daru (CA Montreuil 93), meilleur performeur français de l’été, a dû se contenter de la 4e place en 8’25’’43.
L’embêtant, quand on enchaîne les concours à plus de 79 mètres - les neuf derniers pour Yann Chaussinand, dont cinq à plus de 80 mètres - est que cela a presque tendance à banaliser des jets de standing international. Et le lanceur du Clermont Auvergne Athlétisme, que l’on n’a pas envie de contredire vu son gabarit, rappelait avec justesse qu’il fallait considérer ses 79,60 m du jour à leur juste valeur. D’ailleurs, le marteau n’était retombé qu’une fois plus loin en finale des France Elite, avec les 80,41 m de Nicolas Figère en 2002.
Sacré champion de France pour la quatrième fois consécutive, comme avant lui Quentin Bigot et Jérôme Bortoluzzi, Yann Chaussinand s’est servi du concours du jour comme « d’une bonne répétition avant Birmingham. J’ai essayé des choses, expliquait celui qui avait pris la route pour Albi seulement le matin. Je sors d’une grosse semaine d’entraînement, ce concours était dans la continuité. Malheureusement, il m’a manqué un peu de concurrence et d’émulation. » Il sera servi outre-Manche, le marteau étant peut-être la discipline actuellement la plus dense à très haut niveau à l’échelle continentale. « J’ai eu une belle régularité tout au long de la saison, je pense que ça va payer en championnats », concluait-il.
Qu’ont en commun Marie-Julie Bonnin, Solène Gicquel et Erwan Konaté ? Pas de blague belge ici, ces trois-là ont simplement décroché le titre de champion de France de leur spécialité en s’acquittant des minima B pour les championnats d'Europe, qu’ils chassaient depuis des semaines. A la perche, la représentante du Stade Bordelais s’est remis la tête à l’endroit en franchissant 4,60 m, malgré la pluie, le vent tourbillonnant, et la pression mise par l'épatante revenante Margot Chevrier, qui a franchi 4,55 m sans trembler pour mettre une option sur la couronne nationale. ‘’MJ’’ a dû s’y reprendre à trois fois à la même hauteur, avant de trouver la délivrance à la barre suivante. « ça fait tellement de bien, parce que ça arrive au bon moment », soufflait-elle, avant de confier qu’elle sentait avoir « trouvé le bon filon à l’entraînement depuis deux semaines », surmontant ainsi les « claques » prises lors des meetings qu’elle a disputés en juin et juillet. A noter la 3e place de Bérénice Petit (OC Orléans Cercle Jules Ferry) avec 4,55 m.
La Bretonne Solène Gicquel (Stade Rennais Athlétisme) a conservé son bien au saut en hauteur, tout en égalant son record à 1,92 m, dès sa première tentative. Elle a ensuite attaqué 1,94 m, la marque qu’elle avait « en tête de bout en bout du concours », car cela lui aurait offert les minima A et donc une place prioritaire devant le comité de sélection. Même si elle n’a pas rempli à la lettre tous les critères énoncés avant le début de la saison pour être parmi les athlètes "prioritaires à la sélection", tout comme la championne du monde en salle de la perche en 2025, toutes les deux ont gonflé leur dossier avec des arguments de choix pour se présenter devant les décideurs qui attribueront les billets pour Birmingham, en espérant figurer dans la liste de noms de la ''sélection complémentaire''. Même constat pour Erwan Konaté (Amiens UC), auteur d’un bond à 8,09 m à son quatrième passage à la planche lors de la finale de la longueur. « Il a fallu aller chercher cette performance, c’était hyper compliqué ! Les filles ont eu des conditions parfaites hier, et pour nous, il y avait du vent et de la pluie », comparait-il au moment de quitter le stade en boitillant, la faute à une mauvaise réception lors de son dernier essai.
Un record des championnats en chasse un autre. Après Isabelle Black vendredi, c’est Muhammad Abdallah Kounta (Val d’Europe Montévrain Athlétisme) qui s’est illustré lors des séries du 400 m masculin ce samedi. Remarquable de maitrise tout au long de son tour de piste, et bien aidé par un Yann Spillmann dans la forme de sa vie, Kounta a coupé la ligne en 44’’98 après s'être permis quelques clins d'oeil avec ce dernier dans les ultimes mètres, devenant le premier Français à courir en moins de 45’’ aux championnats de France. Jusqu’alors, la marque de référence appartenait à Olivier Noirot, depuis ses 45’’07 en 1991. « Je n’étais pas vraiment venu chercher un chrono, ce n’est pas l’objectif du moment, je veux juste enchaîner deux courses en deux jours, pour préparer Birmingham », tempérait ‘’Misry’’ après sa démonstration.
Avec Samuel Vessat auteur d’un 45’’21 de bon aloi lors de sa série, et Yann Spillman (45''06) qui a explosé son record dans la foulée de Kounta, ce sont trois hommes et non deux, comme initialement envisagé, qui attirreront la lumière au départ de la course la plus explosive du week-end, dimanche, dans le Tarn.
Après son premier tour supersonique la veille, Isabelle Black a confirmé son nouveau statut lors de la finale ce samedi. Si Marina Lasserre (AAS Sarcelles) a fait illusion pendant 150 m à la faveur d’un départ vitaminé, la Montpelliéraine a enclenché le turbo dans le deuxième virage pour reléguer la concurrence au rang de figurantes. Dans des conditions bien moins favorables que vendredi, avec une averse tombée juste avant le départ et des bourrasques de vent à avaler, Black a composté une deuxième fois son ticket d’entrée dans la cours des grandes, en 50’’58.
De retour tout près de son meilleur niveau, avec un chrono de 54’’05 à Madrid (Espagne) le 16 juillet, Louise Maraval abordait le rendez-vous d’Albi en pleine confiance et avec une troisième médaille d’or aux France Elite à décrocher. La spécialiste du 400 m haies de l’Entente Sèvre n’aura malheureusement pas la possibilité de défendre ses chances en finale, ce dimanche. Après avoir ajouté une foulée de plus à son schéma habituel, elle s’est retrouvée trop près du neuvième obstacle et l’a percuté de plein fouet, à l’entrée de la dernière ligne droite. La finaliste des Jeux de Paris, qui était jusque-là largement en tête, s’est relevée puis s’est arrachée pour aller chercher la deuxième place. Elle a finalement été disqualifiée, en raison d’un franchissement illicite au niveau de sa jambe d’attaque. « J’étais là pour gagner, ça fait mal », soufflait l’athlète de bientôt 25 ans, inconsolable après sa course.
La très attendue finale du 100 m haies a accouché d’un duel très accroché entre Laeticia Bapté (US Robert) et Sacha Alessandrini (Nice Côte d’Azur), remporté par cette dernière dans les ultimes mètres. Au coude à coude dès le premier intervalle, la Martiniquaise et l’Azuréenne ont pâti du fort vent de face (-1,7 m/s), qui a ruiné leurs espoirs d’un gros chrono. Alessandrini a rallié l’arrivée en 12’’81, trois centièmes devant sa camarade, qu’elle devrait retrouver lors du voyage à Birmingham dans quinze jours. Agathe Guillemot (CAB Pont-l’Abbé) et Adèle Gay (Amiens UC) ont également fait frissonner les spectateurs du stadium municipal au gré d’un dernier tour absolument fou, faisant suite à un premier kilomètre franchement lent lors de la finale du 1500 m. Elle a été chronométrée en 55’’85 dans les 400 derniers mètres, ce qui fait d’elle la deuxième plus rapide du monde dans ce secteur derrière la légendaire Faith Kipyegon, dans des contextes certes très différents. « C’est énorme ! J’hésitais entre plusieurs stratégies, donc on a choisi l’option dans laquelle je me sentais la plus forte, sauf qu’Adèle a répondu plus que ce que je pensais. C’est trop cool, dans les 30 derniers mètres, j’ai même senti des sensations de 4x400 m. »
Sur la distance supérieure, Anaëlle Guillonnet (Décines Meyzieu Athlétisme) a su attendre son heure pour conquérir sa première victoire aux championnats de France, en 15’46’’60, après avoir bataillé avec Julia David-Smith (Nantes Métropole Athlétisme) dans les 500 derniers mètres. Aurélien Quinion (EFCVO) a laissé le manche pendant les quatre premiers kilomètres de son 10 000 m marche, avant de relancer l’allure quand les jeunes Lucas Dreville (Entente Oise Athlétisme) et Quentin Chenuet (Athlé 91) ont commencé à ralentir. Le double finaliste des derniers Mondiaux a coupé la ligne en 38’43’’56, bien plus vite que prévu, avant de regagner Font-Romeu d’où il était descendu quelques heures auparavant. Deuxième, Kilian Lebreton (Haute Bretagne Athlétisme) a fait voler en éclats son record en 38’57’’82.
Enfin, la ligne droite a sacré Gemima Joseph (Amazonie Athletic Academy), seule au monde en 11’’26 (-1,7), et Théo Schaub (Entente Grand Mulhouse), lauréat du derby alsacien contre Jeff Erius en 10’’38 (-1,4), alors que Pablo Matéo (Lisses AC) n’a pas pu défendre ses chances en finale en raison d’une blessure musculaire dès les premiers mètres.
Felise Vahai Sosaia est bien l’étendard du javelot hexagonal cette saison. Le Néo-Calédonien du CA Jules Garnier a largement dominé la finale, grâce à un cinquième jet mesuré à 81,27 m, à moins d’un mètre de son record (82,11 m). Teuraiterai Tupaia (CA Montreuil 93) a amélioré sa meilleure performance de la saison pour décrocher l’argent avec 75,67 m. Toujours dans les lancers mais au poids, Stephen Louis Mailagi (Entente Ouest Athlé 13) a fait respecter la logique en l’emportant avec 19,44 m, un lancer réalisé à sa sixième et dernière tentative.
Côté sauts, Ilionis Guillaume (Grand Paris Seine et Oise) a réparé une anomalie en montant pour la première fois sur la plus haute marche du podium aux France Elite. Avec 14,14 m (+0,6) à son ultime essai, elle aussi, elle s’est approchée à 6 centimètres des minima B pour Birmingham. Un résultat qui la satisfaisait, après avoir failli mettre un terme à sa carrière l’hiver dernier avant de démarrer une nouvelle carrière sous la houlette d’Antony Yaïch à l’Insep.
Enfin, Maxime Moitie-Charnois (Entente Pays Fayence) s'est approché de son record personnel au décathlon en scorant 8110 points, avec trois nouvelles performances de référence au compteur (10’’66 sur 100 m, 7,48 m à la longueur, 5,10 m à la perche). Ruben Gado (Clermont Auvergne Athlétisme) fait un beau dauphin avec 7840 unités.