Equipe de France / Compte-rendu
22 Mars 2026 - Par Florian Gaudin-Winer
Mise à jour : 23 Mars 2026 (22h17)
Photos : © Stéphane Kempinaire / KMSP
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Agathe Guillemot est devenue la première Française à descendre sous la barrière des quatre minutes sur le 1500 m piste courte, en 3’59’’71. Un magnifique chrono qui ne lui a malheureusement pas suffi pour décrocher une médaille, puisqu’elle s’est classée 4e d’une finale mondiale de très haut niveau. Clara Liberman, 6e du 800 m, et Marie-Julie Bonnin, 7e à la perche, ont également obtenu des places de finalistes.
« Purée, j’ai envie de chialer, et en même temps, je suis contente. » Avec son franc-parler habituel de Finistérienne, Agathe Guillemot, quelques minutes après sa course, résumait devant la presse les sentiments à double tranchant qui l’ont assaillie une fois la ligne d’arrivée franchie. La championne d’Europe indoor 2025 venait de réaliser une finale du 1500 m magnifique. Toujours bien placée, même si elle avait dû pendant un bon moment batailler avec la Kényane Ejore-Sanders pour conserver sa position dans la première partie du peloton, elle occupait encore la 3e place à cinquante mètres de l’arrivée. Derrière la Britannique Georgia Hunter Bell et l’Australienne Jessica Hull, mais devant l’Ethiopienne Birke Haylom, qui avait imprimé un train d’enfer (2’38’’73 au 1000 m) avant de coincer dans le dernier tour. Le podium tendait les bras à la Tricolore. Sauf que l’Américaine Nikki Hiltz réalisait un énorme retour et doublait la Tricolore dans les derniers mètres, la privant du bronze pour seulement trois centièmes.
« Je n’ai aucun regret. J’ai tout donné jusqu’au bout, je connaissais mes adversaires et je n’ai absolument pas relâché dans cette dernière ligne droite, certifiait la demi-fondeuse coachée par Alann Moreau. Je plonge sur la ligne, je regarde le tableau et je vois 4e. Je vois aussi 3’59’’, mais en vrai, je n’en ai rien à faire. » Pourtant, en 3’59’’71, elle vient de devenir la première Française à basculer sous la barrière des quatre minutes en salle, en améliorant son propre record de France piste courte de 91 centièmes. Un résultat qu’elle saura très vite apprécier à sa juste valeur. Mais en grande compétitrice, terminer derrière Hunter Bell (3’58’’53), Hull (3’59’’45) et donc Hiltz lui laissait un petit goût amer. « J’adore le chocolat mais quand même, trouvait-elle la force de blaguer. Les voir se faire un câlin, c’est un peu dur. J’aime pas trop les câlins, mais moi aussi, je voulais faire un tour d’honneur. C’est rageant, j’étais dans la forme de ma vie. On se rapproche, je suis sur la bonne voie. Maintenant, il va falloir les battre. »
Je vais rentrer chez moi hyper frustrée. Je vais m’en mordre les doigts un bon moment.
D’un tempérament lumineux, Marie-Julie Bonnin gardait le sourire au moment de dresser le bilan de sa finale mondiale. Mais la perchiste du Stade Bordelais s’en voulait. Plus que le résultat, loin d’être déshonorant avec une 7e place grâce à un saut à 4,70 m, à six centimètres de son record, elle regrettait la manière. Et notamment ses échecs au premier essai à cette hauteur et à 4,55 m, qui lui coûtent une médaille puisque la Suissesse Angelica Moser, la Tchèque Amalie Svabikova et la Néo-Zélandaise Imogen Ayris partagent le bronze à la même hauteur, mais en ayant franchi ces deux barres du premier coup. « C’est horrible ! Franchement, je ne sais pas comment je vais m’en remettre. Mais en même temps, ça m’apprendra à faire des essais pour rien. Des refus dans un concours, ça n’est pas possible soufflait-elle, en référence à sa première tentative à 4,70 m. Je ne déclenche pas alors que je suis sur mes marques. J’ai peut-être manqué de lucidité et de fraicheur. » Le concours a été dominé par la Britannique Molly Caudery (4,85 m) devant la Slovène Tina Sutej (4,80 m). Autant d’athlètes qu’elle retrouvera à Birmingham lors des championnats d’Europe, à l’exception d’Ayris. Avec une revanche à prendre, à coup sûr.
Vingt ans après Elisabeth Grousselle, au pied du podium à Moscou en 2006, une Française est finaliste aux Mondiaux en salle sur 800 m, en la personne de Clara Liberman. La sociétaire du Haute Bretagne Athlétisme s’est classée 6e en 2’03’’30 d’une finale de grand standing, remportée par la Britannique Keely Hodgkinson. La recordwoman du monde était en démonstration, avec un record des championnats en 1’55’’30 pour devancer la Suissesse Audrey Werro (2e en 1’56’’64, record national) et l’Américaine Addison Wiley (3e en 1’58’’36). La marche était encore un peu haute pour l’athlète coachée par Marc Reuzé, émoussée après ses courses des deux derniers jours.
« J’avais déjà disputé des ‘’finales’’ vendredi et samedi, analysait-elle. C’était ma troisième donc, à un moment donné, le corps dit un peu stop. Quand tu te retrouves larguée au bout de 400 m, c’est un peu difficile dans la tête. » Vice-championne d’Europe l’an dernier, elle retenait le nouveau palier franchi à Torun : « Je suis hyper contente de mon championnat. C’est hyper positif, je vois tout ce qu’il me reste à travailler pour, un jour, batailler avec ces filles-là. »
C’est une attitude qui dit tout de ses ambitions. Beaucoup se seraient sans doute contentés d’une 9e place mondiale pour leur premier grand championnat avec l’équipe de France A, à l’âge de 23 ans. Pas Titouan Le Grix, déçu de terminer à ce rang en 3’42’’69, à l’issue d’une course marquée par l’accélération progressive à partir du 400 m de l’Espagnol Mariano Garcia, vainqueur en 3’39’’63 devant le champion du monde de Tokyo, le Portugais Isaac Nader (3’40’’06). « Avec neuf qualifiés, donc 33 % de décrocher une médaille, je me disais que tout était possible. Honnêtement, je n’ai pas d’excuses, assénait l’étudiant de Wingate University (Caroline du Nord). Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Je n’avais rien. Dès que ça a accéléré, il y a eu comme une coupure. Je suis très frustré car des finales mondiales, on n’en fait pas tous les jours, même si je sais qu’on va me dire que c’était la première et que c’est de l’expérience. »
La finale, Laeticia Bapté et Sacha Alessandrini n’ont pas réussi à la rallier sur 60 m haies. Elles se sont respectivement classées 5e en 7’’97 et 7e en 7’’98 de leur demi-finale, après avoir commis des fautes techniques sur la première partie de course.
« Clairement, ce n’est pas un bon résultat en termes de médailles. La troisième place de Yann Schrub est magnifique, il a montré la voie à suivre à toute l’équipe de France en passant un cap pour décrocher sa première récompense à ce niveau-là. Il n’a pas manqué grand-chose pour d’autres podiums : sans le zéro à la perche de ‘’Mak’’ (Makenson Gletty) ou les trois centièmes qui manquent à Agathe, le bilan n’aurait plus rien eu à voir. Mais ça n’a pas été le cas, donc ça veut dire qu’il manque encore des choses pour passer cette dernière marche. Il faut aussi regarder le comportement de nos 24 athlètes. Il y a eu très peu de déceptions. De manière générale, j’ai bien aimé l’attitude des athlètes. Plusieurs jeunes nous ont montré qu’ils avaient du talent et du tempérament pour être à leur place dans ces grands championnats. Quand on regarde le nombre de finalistes, on n’est pas loin d’avoir un bilan plutôt bon. Ça veut dire qu’il faut encore se mettre au travail. On aura déjà une meilleure vision des choses après les championnats d’Europe de Birmingham cet été. »