Equipe de France / Compte-rendu
8 Août 2026 - Par Florian Gaudin-Winer
Mise à jour : 8 Août 2026 (11h01)
Photos : © SprintShot Team / FFA
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Aloïs Abraham s’est offert la deuxième place sur 3000 m en 7’47’’79, à l’issue d’une course complètement dingue. Déjà la troisième médaille pour les Bleuets à Eugene, qui réalisent des Mondiaux magnifiques. Et les chances de podium sont encore nombreuses, à l’image du décathlon où Maël-Bephassou Lannurien occupe la tête à mi-parcours.
Qui d’autre que lui pouvait garder la tête froide, dans une course au scénario aussi fou ? Deux semaines après avoir fêté ses 18 ans, Aloïs Abraham aurait pu céder à l’impétuosité et à l’envie, lorsque le Kényan Emmanuel Kiprono a dynamité la finale du 3000 m après seulement 400 m de course. Mais le fondeur surdoué du Muret AC, en plus d’avoir des jambes de feu, possède déjà un sens de la course aiguisé. Alors, plutôt que de s’accrocher à la foulée du coureur des hauts plateaux aux temps de passage étourdissants (2’26’’52 au 1000 m - et même 2'22'' entre le 400 m et le 1400 m - et 4’55’’43 au 2000 m) et de son compatriote Edwin Elkana, il s’est sagement calé derrière l’Ougandais Dan Kipyeko. Enfin, sagement, en 2’32’’74 au kilomètre quand même.
Le rythme a ensuite faibli et, pendant que l’extraterrestre Kiprono ralentissait à peine et s’envolait vers la victoire avec un record des championnats à la clé en 7’28’’28, à neuf centièmes du record du monde, un regroupement général s’opérait derrière avec encore huit athlètes en lice pour l’argent et le bronze à un tour de l’arrivée. Encore une fois, Aloïs Abraham, quatrième à 400 m de la ligne, faisait le bon choix, en suivant l’accélération progressive du Japonais Ojiro Honda. Les deux hommes débordaient à l’entame du dernier virage un Elkana en perdition, et le recordman de France U20 du 1500 m (3’35’’64) et du 3000 m (7’46’’78) faisait la différence dans l’ultime ligne droite pour devenir vice-champion du monde en 7’47’’79 (57’’ sur le dernier 400 m), devant le fondeur nippon (7’48’’49).
« Il a réalisé une course d’une maturité incroyable pour un junior 1, en faisant preuve d’intelligence et de patience », saluait Pierre-Charles Peuf, manager du programme 2032, encore tout étourdi par la démonstration tactique de la pépite du fond tricolore. Aloïs Abraham, entraîné par son père Alexis, devient le premier Français à monter sur un podium dans une épreuve de demi-fond depuis… 26 ans et l’argent, déjà, de Florent Lacasse sur 800 m à Santiago du Chili en 2000. Dans la même course, Nadim Mameche a crânement tenté sa chance, en suivant le groupe de chasse pendant les premiers hectomètres. S’il a progressivement rétrogradé, il est tout de même aller chercher une belle seizième place en 8’01’’28, à seulement 34 centièmes de son temps de référence.
On peut améliorer son record de 15 centièmes, grimper au cinquième rang du bilan national tous temps juniors, et ne peut pas décrocher son billet pour la finale du 200 m. Béatrice Tassin a subi la dure loi des Mondiaux U20, d’une densité exceptionnelle dans les épreuves de sprint, mais a réalisé une superbe prestation sur la piste du mythique Hayward Field. Deuxième de sa série le matin en 23’’50 (-0,3), la sprinteuse de l’AAS Sarcelles coachée par Olivier Darnal a considérablement accéléré l’allure en demi-finales, en coupant la ligne d’arrivée en 23’’27 (+0,5). Un chrono synonyme de cinquième place dans une course survolée par la Jamaïcaine Shanoya Makalia Douglas, alors qu’il fallait intégrer le top 3 pour être de la grande explication. Rose Djagbre a vu son parcours s’arrêter au même stade. Quatrième de sa série en 23’’86 (+0,8), elle s’est classée septième de sa demie en 23’’56 (+1,2).
Les hurdlers ont aussi affolé les chronos sur 110 m haies, avec trois athlètes en 13’’ ou moins dès les demi-finales. L'Américain Le'Ezra Brown a été le plus rapide en 12’’82, il est vrai bien aidé par un vent trop favorable (+2,7), devant le Japonais Jeremy Koga (12’’95) et le compatriote de Brown, Zacchaeus Brocks (13’’00). Ils sont plus que jamais dans la course au podium, à laquelle ne pourra malheureusement pas se mêler Ewenn Vernack. Le sociétaire de l’AS Cavaillon avait pourtant idéalement commencé sa compétition, avec un record personnel amélioré de 4 centièmes en 13’’22 (+0,6) le matin, synonyme de troisième temps des séries. Mais, peut-être un peu émoussé, il a tapé le deuxième obstacle en demies et, malgré un gros retour, il a dû se contenter du quatrième rang en 13’’36 (+0,9), à 6 centièmes de la troisième et dernière place qualificative pour la finale. Rageant. Lucas Domergue, pour sa première année chez les U20, n’a pas démérité avec une série en 13’’57 (vent nul) puis une demi-finale en 13’’53 (2,7), un chrono trop juste pour aller plus loin.
Les combinards sont plus que jamais dans le coup. Après cinq épreuves, Mael-Bephassou Lannurien occupe la tête du décathlon avec 4258 points. Un total légèrement en avance sur les bases de son record personnel, qui récompense une première journée solide avec, en particulier, un record amélioré de 2 centimètres à la hauteur grâce à un superbe saut à 2,12 m, mais aussi un 100 m en 10’’89 et un 400 m en 48’’00. Plus en retrait à la longueur et au poids, le Breton compte 101 unités de plus que son dauphin au classement, le Suédois Liam Belo da Silva, touché au talon mais à la deuxième journée plus solide que Lannurien sur le papier. Kilian Trochain, en embuscade à la septième place avec 4065 points, peut rêver d’un top 5, voire d’un podium. Le Montpelliérain a amélioré trois de ses records personnels : au poids (14,47 m), à la hauteur (1,97 m) et sur 400 m (48’’32). S’il continue sur sa lancée…
Milann Klemenic a de l’ambition et ne cachait pas sa déception à l’arrivée de la finale du 400 m. Premier Français de l’histoire à se hisser à ce niveau-là sur le tour de piste aux Mondiaux U20, le sprinter de l’Elan Sportif de Trélissac a dû se contenter de la 9e place en 46’’31. Les jambes étaient sans doute un peu lourdes dans la dernière ligne droite, après son record de France en 45’’83 dès les séries puis ses 45’’87 en demies, la veille. Un dernier défi l’attend, avec ses camarades du 4x400 m.
Au rayon des bonnes nouvelles, le vice-champion d’Europe U18 Maidis Gorrillot a décroché sa qualification pour la finale de la longueur dès le premier essai, avec un bond mesuré à 7,59 m (+2,2). Très serein, le talentueux cadet tentera d’aller chercher un top 5 face aux meilleurs, à commencer par l'Italien Daniele Leonardo Inzoli, impressionnant avec ses 8,15 m en qualifications. Rémi Mourié ne sera pas de la partie. Touché à l’ischio depuis plusieurs semaines, il n’a pas pu véritablement défendre ses chances (6,07 m).
Sur 100 m haies, Lenny Pawlowicz a été éliminée en demi-finales. Elle n’a pas à rougir de sa prestation avec une quatrième place en 13’’35 (+0,5), à trois centièmes de son record personnel, après ses 13’’62 (+0,7) en séries. Auxane Kingue, un peu en retrait sur la deuxième partie de saison, a quitté la compétition dès le premier tour, en 13’’68 (+0,5).
Pas de finale non plus pour Anaïse Meier sur 800 m. La Strasbourgeoise n’a pas été en mesure de se mêler à la lutte pour la qualification dans les 200 derniers mètres de sa demi-finale, avec une sixième place en 2’07’’02. Enfin, Charlotte Sorin a terminé 20e des qualifications de la hauteur avec 1,72 m. Une barre franchie au premier essai, avant de coincer à 1,79 m.