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Charlotte Dumas : « J’ai toujours eu envie de faire du haut niveau »

6 Février 2026 - Par Florian Gaudin-Winer

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Charlotte Dumas : « J’ai toujours eu envie de faire du haut niveau »

Brillante lors du deuxième 800 m de sa saison, le 30 janvier à Miramas, avec une victoire en 2’00’’26 devant Agathe Guillemot, synonyme de record personnel et de minima pour les Mondiaux en salle de Torun (Pologne), Charlotte Dumas est une des athlètes qui monte dans une des épreuves les plus denses de l’athlétisme français actuellement. A 28 ans, la demi-fondeuse du Clermont Auvergne Athlétisme s’autorise à viser haut, après son éclosion sur le tard.

Dans quel état d’esprit avez-vous abordé ce 800 m de Miramas ?

Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. J’étais rentrée une semaine plus tôt d’un stage en altitude à Iten (Kenya) et, en termes de sensations, c’était un peu ‘’cata’’. Les jambes n’étaient pas trop là. J’avais couru à Lyon dans la foulée de mon retour et, avant Miramas, je n’étais pas du tout confiante. Mais je savais que dans un bon jour, vu les séances que j’avais faite en stage, je pouvais réaliser une belle course. Et c’est ce qui s’est passé.

Comment avez-vous construit votre effort ?

Je suis partie dans le train des filles. Je me suis sentie très bien pendant les trois premiers tours, qui sont passés très vite. Maeliss Trapeau était à ma droite, c’était compliqué de doubler. Elle a légèrement lâché aux alentours du 500 mètres. Ça m’a permis de passer avant le dernier tour. J’ai doublé dans le virage et ça a bien répondu. Puis j’ai attaqué à 200 m de l’arrivée.

Vous vous imposez devant des pointures comme Agathe Guillemot et Clara Liberman…

Honnêtement, les courses après lesquelles on peut dire qu’on est entièrement satisfaite, c’est rare. Mais là, j’ai réussi à faire tout ce que j’espérais : gagner la course en battant deux filles très costaudes et réaliser les minima pour les championnats du monde en salle de Torun. C’était osé de mettre ce coup d’accélération, mais ce n’était pas suicidaire. Je sentais que j’en étais capable.

Le 800 m français est sur une excellente dynamique chez les femmes, avec une belle bataille pour les places en grands championnats. Comment le vivez-vous ?

C’est compliqué à gérer, mais je pense qu’on se tire toutes vers le haut. C’est ce qui fait qu’on atteint ce niveau-là. Honnêtement, je pense que c’est plus un bien qu’un mal. Quand l’une fait une perf’, on se dit : ‘’pourquoi pas moi ?’’.

Comment expliquez-vous vos progrès ?

Le cap, je l’ai passé l’an dernier en salle. Cette performance est un peu la suite logique, même si ma saison estivale a été un peu compliquée à cause de petites douleurs au tendon d’Achille qui m’ont empêchée de réaliser les chronos espérés. Après les championnats d’Europe en salle (à Apeldoorn, où elle avait atteint les demi-finales pour sa première sélection en équipe de France, ndlr), je suis partie en stage fédéral à Potchefstroom (Afrique du Sud) pendant un mois. Tous les voyants étaient au vert. Mais avec l’enchainement des déplacements tous les week-ends et mes journées bien chargées, je me suis un peu épuisée et j’ai commencé à avoir des douleurs au tendon d’Achille, qui m’ont gênée toute la saison.

Le premier tournant a eu lieu lorsque vous avez quitté Lyon il y a trois ans, pour aller vous entraîner à Clermont-Ferrand avec Jean-François Pontier...

Ça se passait très bien avec mon ancien coach, Grégory Duval, qui m’a aussi fait passer des caps sur 400 m haies puis sur 800 m. Mais j’avais vraiment besoin de changer de cadre. J’ai compris que si je voulais progresser, il fallait que je délaisse un peu certaines choses, notamment au niveau professionnel. Si je partais à Clermont-Ferrand, j’avais une opportunité de télétravail. Il y a un an et demi, je travaillais encore à mon compte (comme architecte d’intérieur, ndlr) tout en ayant un CDI. J’ai quitté ce dernier. Enfin, j’ai rejoint en Auvergne mon partenaire de vie, Thibaut Collet.

Vous ne faisiez pas partie des toutes meilleures dans les catégories jeunes et vous avez percé sur le tard…

J’ai toujours eu envie de faire du haut niveau, mais je pense que je n’ai jamais vraiment compris ce que c’était et ce que ça demandait. J’ai été sur les listes ministérielles sur 400 m haies et 2000 m steeple, mais c’est vrai que je ne faisais pas complètement la part des choses à côté. On va dire, entre guillemets, que j’étais aussi un peu feignante (rires). Partager ma vie avec un athlète de haut niveau m’a aussi aidée à comprendre comment ça fonctionnait et quel sacrifice il fallait faire pour atteindre ce niveau. J’ai construit ça doucement mais sûrement.

Quelles sont vos ambitions ? Le temps passe vite à 28 ans…

Je prends exemple sur d’autres athlètes qui sont arrivés sur le tard. Je me dis que s’ils y sont arrivés, pourquoi ça ne serait pas possible pour moi. Le passage sous la barrière des deux minutes, j’espère que c’est pour ma prochaine compétition. Et je viserai bien sûr cet été la qualification pour les championnats d’Europe de Birmingham. J’ai maintenant en tête les Jeux olympiques de Los Angeles, bien évidemment. A long terme, c’est l’objectif. Mais je vis plutôt au jour le jour, sans me projeter trop loin.