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Erwan Konaté : « Les championnats, je suis né pour ça »

25 Juillet 2025 - Par Florian Gaudin-Winer

Mise à jour : 25 Juillet 2025 (17h05)

Photos : © Lukasz Szelag / SprintShot

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Erwan Konaté : « Les championnats, je suis né pour ça »

Le sauteur en longueur de l’Amiens UC revient de loin. Double champion du monde U20, il a connu une traversée du désert de près de deux ans, marquée par une avalanche de blessures. Un contexte qui l’a poussé à prendre il y a deux mois la direction de l’Espagne, pour rejoindre le groupe d’entraînement d’Ivan Pedroso à Guadalajara, en périphérie de Madrid. Champion d’Europe U23 à Bergen (Norvège) il y a une semaine avec un bond à 8,25 m, synonyme de renaissance, l’athlète de 22 ans assume de grandes ambitions.

Etes-vous toujours un peu dans les nuages depuis votre envol norvégien ?

Je vous avoue que je n’y suis resté qu’un court instant, jusqu’au podium. Step by step, mais ma tête est en finale à Tokyo, et d’abord aux France Elite pour pouvoir améliorer tout ça. A Bergen, ça n’était que ma quatrième compétition de la saison. Je veux confirmer et devenir encore plus fort pour pouvoir arriver aux championnats du monde et tout gagner.

Goûter à l’or après toutes les galères que vous avez traversées, ça a dû être une émotion forte…

Franchement oui, j’ai bien savouré cette médaille, même si ça n’est pas fini. J’étais surtout super content de voir dans les yeux de mes coéquipiers et des cadres techniques du bonheur et de la fierté. Je voulais donner un élan à toute cette équipe de France en leur disant : ‘’si moi je l’ai fait, vous pouvez le faire aussi ! ‘’

Vous êtes-vous vous-même surpris en décollant à 8,25 m lors de ces championnats d’Europe U23 ?

Franchement, pas du tout. C’est très bien d’avoir enfin validé ce saut à 8,25 m. Mais les autres essais étaient tous dans ces eaux-là et j’avais déjà senti en qualifications que j’avais les pattes. Plus tôt dans la saison, lors de mes 8,09 m (à Moulins, le 5 juillet), je n’avais pas fini mon saut.

Ce bond synonyme de record personnel est très abouti ?

Non, il y a encore de la marge. Je l’ai fait en étant totalement cuit. Je n’avais pas très bien amorcé mon concours donc j’étais totalement K.O. J’ai rassemblé l’énergie qu’il me restait et j’y suis allé un peu comme pour un ‘’saut de la mort’’. Quand j’arriverai à mieux maitriser mes concours, j’aurai assez d’énergie pour continuer à faire de belles choses.

Vous avez été deux fois champion du monde chez les U20. Là, vous avez de nouveau brillé en espoirs. Comment arrivez-vous à vous transcender lors des grands championnats ?

Je suis né pour ça, je pense (rires). Et puis à chaque fois que je porte le maillot de l’équipe de France, il y a quelque chose que je ne ressens pas forcément mais qui est présent, vu les médailles que j’ai ramenées. Pour mon pays, je dois gagner et faire résonner La Marseillaise.

Après avoir brillé en juniors, vous avez connu deux saisons de galères et de blessures…

J’étais dans une forme optimale en 2022 après mon titre mondial U20 à Cali (Colombie), mais je n’ai pas été sélectionné pour les championnats d’Europe de Munich. Ça a été une première frustration qui m’a vraiment fait mal au cœur. J’ai dû prendre mon mal en patience. En 2023, je dispute les Mondiaux indoor d’Istanbul, mais je passe à côté de ma finale (7e avec 7,65 m). Je vais ensuite aux Europe U23 avec de grands espoirs de victoire, mais je suis victime d’une fracture du talus en qualifications. Je ne sais pas que je suis blessé et je saute quand même en finale, mais je passe à côté (11e avec 6,83 m, ndlr). Pareil aux championnats de France, où je retombe à 8,02 m (3e) mais où je me pète l’ischio. Les médecins décident de ne pas m’envoyer aux championnats du monde de Budapest, ça a été encore une fois une déception. En 2024, l’année des Jeux et des Europe de Rome, je me déchire tous les ligaments de la cheville une semaine avant cette dernière compétition. Je serre les dents, j’essaye de revenir le plus vite possible à un bon niveau et je m’aligne aux championnats de France. J’arrive à courir et à sauter, mais impossible de mettre une vraie impulsion (7e avec 7,59 m). Mon corps n’avait pas récupéré.

Comment avez-vous tenu pendant ces deux années ?

Le doute était plus que présent. Je me demandais si je n’étais pas trop prétentieux à penser que j’allais être le meilleur du monde. Mais comme je l’ai expliqué à beaucoup de mes amis sportifs, c’est quand le sort s’acharne contre toi et que tout est difficile qu’il faut continuer, car ça veut dire que le futur sera encore meilleur. Les 5 % qui réussissent à s’accrocher sont ceux qui vont avoir une carrière et des histoires exceptionnelles à raconter. Ceux qui m’ont le plus aidé, en dehors bien sûr de ma famille, ont été des amis n’évoluant pas dans le milieu du sport. Ils ont eu cette insouciance et cette inconscience de me dire : ‘’oui Erwan, tu vas être le plus fort, il n’y a aucun problème’’. J’avais besoin de retrouver mon innocence pour m’auto-persuader que j’étais capable de le faire et ça a plutôt bien marché.

Racontez-nous ce début de saison 2025…

Ça y est, j’en ai marre. Je me dis qu’il faut que je prenne des décisions et je décide de partir. Au départ, je dois aller aux Etats-Unis. Mais je reçois une offre de la part de Teddy Tamgho, qui me parle d’Ivan Pedroso et de son groupe. C’est le choix le plus logique et le plus intéressant pour moi, au vu du passé de sportif (quadruple champion du monde, record à 8,71 m) et d’entraîneur d’Ivan. A chaque fois qu’il a pris un jeune sous son aile, à l’image des triple sauteurs Jordan (Diaz, champion olympique à Paris, ndlr) ou Yulimar (Rojas, championne olympique à Tokyo et quadruple championne du monde), il les a amenés au plus haut. Me voilà avec lui depuis deux mois et on voit déjà ce que ça donne.

Comment travaillez-vous avec Ivan Pedroso ?

Si Ivan a accepté que je rejoigne son groupe, c’est parce que je veux devenir champion du monde. Sinon, ça ne l’intéresse pas. Sa méthode est très différente de ce que j’ai connu en France. Il va m’apporter une nouvelle technique de course et de saut. Pour l’instant, on n’a pu seulement travailler le premier aspect. Il m’a appelé après ma victoire à Bergen et m’a dit : ‘’c’est bien, maintenant tu sais courir, donc on va apprendre à sauter’’. Quand on te lance ça alors que tu viens de sauter à 8,25 m, tu te dis que le futur va être plutôt agréable. Avec lui, je découvre aussi une autre manière d’appréhender les compétitions, comme si c’étaient des virgules et pas des points.

Quelles sont vos conditions d’entraînement en Espagne ?

J’ai quitté l’Insep et déménagé à Guadalajara (à 65 km de Madrid, ndlr). C’est complètement différent de ce que j’avais connu jusque-là. Je dois me faire à manger, payer un loyer et mon électricité. Je n’ai pas de kiné en bas de chez moi. Si je suis blessé, je rentre en France. En Espagne, c’est difficile de trouver un appartement. J’ai donc dû passer deux mois à l’hôtel, sachant que je n’ai plus de sponsor. C’est quand même un sacrifice de prendre ce genre de décisions.

En cas de sélection pour les Mondiaux de Tokyo, on sent que vous avez de grandes ambitions…

Quand tu portes le maillot de l’équipe de France, c’est pour entendre l’hymne national et être sur le podium. Et puis, j’ai cette rage en moi après toutes les frustrations vécues. Ça me donne envie de valider quelque chose chez les grands.