Equipe de France / Interview
21 Septembre 2025 - Par Etienne Nappey
Mise à jour : 24 Septembre 2025 (20h55)
Photos : © Philippe Millereau / KMSP
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Le directeur technique national Frank Bignet, et le directeur de la haute performance, Romain Barras, ont pris le temps de livrer leurs observations sur les neuf jours de compétition au Japon et sur les enseignements à en tirer pour préparer les prochaines échéances internationales.
Je dirais simplement que Jimmy Gressier a ouvert le champ des possibles. Il a montré qu’avec sa capacité d’analyser le contexte d’un championnat du monde, et une préparation sportive précise dans les mois, semaines et jours qui précèdent, c’est possible. Il a cru en lui. Cette conviction est venue en cheminant, tout au long de la saison à travers ses résultats. Sur ces deux courses, il a osé au moment opportun. Il a embarqué avec lui quatorze autres finalistes, c’est encourageant. Deux médailles et seize finales, c’est une bonne base. Mais je suis forcément insatisfait, parce que je pense qu’on peut et doit mieux faire encore.
D’abord en étant plus précis dans l’accompagnement des athlètes et dans la prise en compte de leur singularité. Certains ont manqué de projection. Ils auront une nouvelle opportunité dans deux ans à Pékin. Ce sera notre prochain grand rendez-vous, même s’il y aura des championnats d’Europe, en individuel et par équipes, et des relais mondiaux, et le prochain révélateur de notre état de santé sportif. On y retrouvera des conditions environnementales quasi-identiques et un calendrier similaire, puisque ce sera mi-septembre. Il y a tout un tas de petits détails sur lesquels travailler, à travers des diagnostics les plus fins possibles. Le travail de la Fédération est aussi d’apporter des solutions à nos athlètes.
La prévention des blessures fait vraiment partie des chantiers que nous devons engager, même si ça ne concerne pas que la France. On l’a vu, on ne peut pas arriver aux Mondiaux en étant à 95 %, sans être sûr de soi et de ses capacités. Certains ont compris qu’il était préférable de ne pas venir, parce que quand vous avez l’habitude de jouer des médailles, vous n’apprenez pas grand-chose en vous accrochant à tout prix pour accéder à une finale. Il va falloir être capable de prendre en compte notre capacité à renoncer.
Le demi-fond est peut-être la spécialité qui a le mieux appréhendé le contexte d’un grand championnat. Ils ont su optimiser tous les aspects de la performance. Il y a une vraie dynamique, au-delà de Jimmy Gressier, et je souhaite que cela inspire tout le monde.
J’avais à cœur de terminer proprement le travail entamé. Il faut se rappeler d’où on vient : à Eugene, en 2022, nous avions une médaille et huit finalistes, soit moitié moins qu’aujourd’hui. Des chantiers ont été menés. Ce qui paie dans le sport de haut niveau, c’est la régularité et la continuité. Il faut suivre la voie entamée et mise en place. Le demi-fond en est l’exemple : on arrive à rassembler les athlètes en dehors des temps de compétition, et c’est ainsi que l’on progresse. La haute performance, c’est se tirer vers le haut ensemble, pas s’entraîner seul dans son coin. A titre personnel, il y a eu des moments difficiles, d’autres plus beaux. C’est le lot d’un directeur de la haute performance en athlétisme.
Los Angeles 2028 est en marche. On n’avait pas tablé que presque tous nos meilleurs de Paris soient blessés cette année, comme Cyréna Samba-Mayela, Clément Ducos, Alice Finot, et nos résultats 2025 sont encourageants. Il faut aussi compter avec les jeunes qui ont montré aux championnats d’Europe U23 à Bergen qui vont alimenter la dynamique des prochaines années. Trois ans, c’est très long. Certains athlètes vont régresser, d’autres progresser fortement, et d’autres encore exploser en année olympique. C’est le lot de l’athlétisme. A nous de les accompagner au mieux et les orienter vers la haute performance.
Un championnat, qui plus est au niveau mondial, est le reflet d’une saison. On ne peut pas arriver à 95 % de sa forme et se dire qu’on compensera avec un autre élément, comme en sport collectif. Si on n’est pas à 120 % sur la piste, on n’a pas de médaille. Quand on a une saison chaotique, en dents de scie, il est difficile d’être bon en championnat. En revanche, si on a une continuité sur dix ou douze mois d’entraînement, on peut construire une bonne base de réussite. Jimmy (Gressier) en est la meilleure preuve.