Actualités

Compétitions
Résultats
Bilans
Live

Running / Interview

Hillary Gerardi : « C’est une histoire d’amour »

23 Septembre 2025 - Par Véronique Bury

Mise à jour : 4 Novembre 2025 (15h44)

Photos : © Paola Tertrais / FFA

Partager

Partager

Hillary Gerardi : « C’est une histoire d’amour »

Hillary Gerardi n’était pas destinée à vivre en France et à devenir une spécialiste de skyrunning. Encore moins à remporter le titre national sur le trail long à Val d’Isère en juillet dernier. Cette ancienne gymnaste née aux Etats-Unis n’a découvert le trail qu’en 2012, à 25 ans, à la suite d’un accident de ski. Depuis, elle a battu le record féminin de l’ascension du Mont-Blanc en aller-retour et obtenu la nationalité française. Rencontre avec une Franco-Américaine qui a eu le coup de foudre pour notre pays et ses montagnes.

Cet été, vous avez reconnu le parcours des championnats du monde de trail à Canfranc avec vos camarades de l’équipe de France. Racontez-nous…

C’était la première fois que je participais à un regroupement avec le collectif France et j’ai passé un super moment. Je me suis sentie bien entourée, à la fois par les autres athlètes qui ont tous été bienveillants, mais aussi par le staff. L’organisation était très professionnelle et ça a été une vraie valeur ajoutée. Quant au parcours, c’est une chance d’avoir pu le reconnaitre avant les Mondiaux. Il est certes magnifique et sauvage avec de superbes paysages, mais aussi très exigeant et très long avec pas mal de passages hors sentiers, où on ne pourra pas courir très vite. En même temps, ça correspond un peu plus à mes forces et c’est chouette. On a la chance d’avoir en France des terrains qui ressemblent beaucoup à ça et on a donc pu se préparer de manière plus spécifique. Toutes les équipes n’ont pas eu cette opportunité et ça devrait nous aider.

Lors des championnats de France à Val d’Isère, on vous a vu très émue sur la ligne d’arrivée. Que représentait ce titre pour vous ?

Je n’ai toujours pas de mots pour décrire ce que j’ai vécu ce jour-là. Mon objectif était juste de décrocher ma sélection en équipe de France. Je ne me serais pas permise d’imaginer remporter le titre de championne de France. Ça a donc dépassé toutes mes attentes et finir première a été un énorme honneur. Je vis en France depuis 15 ans, j’ai choisi ce pays, j’ai découvert le trail ici. Je l’associe donc à la France et non pas à mon pays natal. C’est un aboutissement incroyable et c’est pour cette raison que j’étais très émue. Je n’arrivais pas à croire ce qui venait de se passer. Sans compter, qu’il y avait aussi tout l’épuisement lié à la fin de course. J’ai tout donné pour arriver en tête et c’est ce qu’on voit sur cette ligne d’arrivée : toute cette émotion entre épuisement, fierté et symbolique.

Depuis quand aviez-vous cette sélection en tête ?

C’est devenu un objectif concret en 2024, lorsque j’ai obtenu la nationalité française, mais ça faisait plus de deux ans que l’on y pensait avec mon entraineur Antonio Gallego, qui est aussi le coach de l’équipe de France de course en montagne. On a construit cet objectif ensemble, qui nous tenait vraiment à cœur. Mais la naturalisation est un long processus et je n’avais toujours pas eu de réponse en 2023, avant les précédents Mondiaux. Je suis en France depuis quinze ans mais j’ai changé de statut à plusieurs reprises (étudiante, salariée…). On a également déménagé avec mon mari et ça a retardé le processus. Mais on avait commencé à rassembler les documents il y a plus de huit ans, quand on habitait encore à Grenoble.

Vous êtes née dans le Vermont aux États-Unis, comment avez-vous atterri en France ?

C’est une histoire d’amour. Mon copain, qui est devenu mon mari, est lui aussi né aux États-Unis. Mais il avait effectué une année Erasmus au lycée, à Annecy, et un semestre à Grenoble, et il voulait vraiment revenir en France. Moi je n’envisageais pas à l’époque de vivre dans l’Hexagone, je ne parlais pas français, mais j’ai accepté de le suivre. Il était assistant de langue anglaise dans une école publique et je pensais juste venir une année pour skier l’hiver et rentrer. Et finalement, je suis restée !

Qu’est-ce qui vous a plu ?

Au début, c’était plus de la curiosité, une envie de découvrir chaque année de nouvelles choses. Et puis, assez rapidement, on s’est trouvé un entourage, une famille, des gens avec qui on a tissé des liens très forts. On adore aussi la nourriture, le bon vin, les boulangeries… et la montagne ! En France, il y a une proximité entre la ville et la montagne que l’on ne retrouve pas aux États-Unis. À Grenoble ou même à Chamonix, on peut avoir une vie sociale et culturelle riche. C’est fabuleux !

Vous êtes devenue une spécialiste de skyrunning avec notamment, à votre actif, le record féminin de l’ascension du Mont Blanc en aller-retour depuis Chamonix. Quelle est votre histoire avec la montagne et la course à pied ?

J’ai pratiqué la montagne pendant de longues années, mais à l’époque, je ne courais pas. Plus jeune, j’ai pratiqué la gymnastique pendant treize ans ainsi que pas mal de sports collectifs, dont la crosse, un sport d’origine amérindienne très populaire en Amérique du Nord. Je pensais même que je détestais courir. Car pour moi, la course à pied, c’était sur la route et ça ne m’intéressait pas… En revanche, lorsque j’ai commencé à travailler en refuge de montagne aux États-Unis, je me suis rendu compte que j’aimais bien me déplacer rapidement sur les sentiers pour aller voir des amis ou faire des portages de nourriture. Je faisais déjà du trail sans le savoir. À cette époque, je faisais surtout beaucoup de ski, d’escalade et d’alpinisme, et lorsque nous nous sommes installés à Grenoble nous avons continué à faire beaucoup de montagne. Et puis en 2012, j’ai été victime d’un accident de ski qui aurait vraiment pu mal finir (une chute de 450 m dans un couloir étroit jusqu’à une crevasse, ndlr) et j’ai commencé à chercher une autre manière d’évoluer en montagne. C’est à ce moment-là que mon mari m’a suggéré d’essayer le trail. J’ai participé à mes premières courses dans le massif de la Chartreuse et je me suis rapidement passionnée pour ce type d’effort. J’aimais bien aussi la communauté qu’il y avait autour de ce sport, bienveillante et accueillante. C’est ce qui m’a donné envie d’en faire davantage.

Après Grenoble, vous vous êtes installée dans la vallée de Chamonix, à quoi ressemble votre quotidien ?

Je ne vis pas complètement de mon sport, mais ma vie et celle de mon mari, guide de haute montagne, tournent toujours autour de la montagne. Quand on est arrivés, on a tous les deux commencé à travailler au CREA Mont-Blanc (Centre de Recherche sur les Écosystèmes d’Altitude). J’ai arrêté depuis 2022, mais je continue à bosser en tant que consultante sur des projets en lien avec l’environnement, les changements climatiques et la biodiversité. Je fais aussi de la traduction spécialisée et je suis impliquée dans la vie associative locale, notamment au sein de l’association « En passant par la montagne », qui permet à des personnes défavorisées, handicapée ou incarcérées, exclues de la montagne, de venir la découvrir.

Et côté entraînement, comment fonctionnez-vous ?

Ça varie en fonction des saisons, des phases d’entraînement et de compétition. Généralement, je travaille sur des blocs thématiques de trois semaines. Je m’entraine une fois par jour, mais quand c’est intense je peux monter à deux séances quotidiennes. Quoi qu’il arrive, je m’octroie toujours une journée off par semaine car je prends le repos et le sommeil très au sérieux. Pour moi, ça fait partie intégrante de l’entrainement.

Vous avez travaillé au CREA sur les changements climatiques en haute montagne et vous êtes également très impliquée au sein du Climate Sport Camp, racontez-nous d’où vous vient ce besoin de vous engager.

J’ai toujours été très intéressée par ces sujets. Quand j’ai commencé à travailler à l’université, puis au CREA Mont-Blanc, mon intérêt s’est encore renforcé. Mais je pense que c’est surtout à partir de 2020, quand toutes les courses ont été annulées à cause de la crise sanitaire, que j’ai commencé à prendre un peu plus de recul quant à ma propre pratique et à me questionner sur ce que je pouvais faire pour concilier mes valeurs et mon sport. Avec « Climate Sport Camp », j’ai l’opportunité d’échanger avec d’autres athlètes, ça me permet de me sentir moins seule. J’ai également pu rencontrer d’autres athlètes de l’association « ClimatoSportifs » et ça été très chouette de pouvoir échanger avec d’autres sportifs de disciplines différentes.

À 38 ans aujourd’hui, comment imaginez-vous la suite de votre carrière ?

Je sais que le record de vitesse que j’avais établi en ski-alpinisme entre Chamonix et Zermatt (108 km en 26h21’), avec mon amie Valentine Fabre, a été battu l’année dernière. J’ai donc très envie d’y retourner. J’aimerais aussi beaucoup construire un projet avec Elise Poncet, que j’ai accompagné dans son récent record d’ascension en ski-alpinisme sur le Mont-Blanc. Mais on verra ce que nous réserve l’avenir. La seule chose qui est sûre, c’est que si je continue ce sport, c’est parce que je l’adore et que je me fais vraiment plaisir. Si ce n’était plus le cas, je pense que j’arrêterai.