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La séance clé d'Agathe Guillemot

17 Février 2026 - Par Véronique Bury

Mise à jour : 18 Février 2026 (11h28)

Photos : © Maxime Delobel / CaptureMySport

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La séance clé d'Agathe Guillemot

Athle.fr poursuit sa série consacrée à des séances clés, racontées par leurs acteurs principaux. Aujourd’hui, la championne d’Europe en salle du 1500 m, Agathe Guillemot, nous décrit une séance effectuée seize jours avant le meeting de l’Eure à Val-de-Reuil, lors duquel elle a explosé de plus de deux secondes son propre record de France du mile (1609 m) en 4’23’27’’ (contre 4’25’’99), deux jours seulement après avoir déjà amélioré son temps de référence sur 800 m en 2’00’’30 à Miramas. Et une semaine tout juste avant de battre à nouveau son record sur 1500 m en 4’02’’12 à Karlsruhe Allemagne).

Le programme

14 X 200 m en 31’’

Après un footing de 20 minutes à 12,2 km/h (4’55’’ au kilo), Agathe poursuit son échauffement avec quelques gammes, cinq minutes de course tempo « entre le seuil 1 et le seuil 2, soit à 3’20’’ au kilomètre » et deux dernières lignes droites. Elle enfile ensuite ses pointes pour attaquer le cœur de la séance dans l’enceinte du stade couvert Robert Poirier de Rennes : une série de 14 x 200 m départ lancé, avec 45 secondes de récupération passive. Le chrono demandé était d’environ 31’’, avec comme consigne « d’être dans le contrôle et les intentions de foulée d’un 1500 m ». Au final, Agathe a couru en moyenne en 30’’70 ses 200 m. Après une prise de lactate (11,2 mmol/l), elle achève sa séance par un petit footing d’une dizaine de minutes à 12 km/h pour faire redescendre le cardio. À noter qu’elle avait effectué un footing de 40 minutes le matin, ce qui lui fait un total de 20 km dans la journée.

Où et quand

Le 16 janvier à 17 heures, sur la piste du stade couvert Robert Poirier à Rennes. Il faisait bon, 20 degrés à l’intérieur, mais bien plus frais à l’extérieur avec un temps couvert et humide.

Le contexte

Cette séance a conclu une semaine de reprise effectuée en douceur (100 km de course à pied du 12 au 18 janvier tout de même, et 1h de vélo), après la médaille d’argent décrochée par Agathe avec ses coéquipiers du relais mixte lors des Mondiaux de cross. Avant cette séquence, Agathe avait veillé à bien récupérer du voyage aux États-Unis et du décalage horaire. Elle se sentait « ok musculairement » pour attaquer « cette première séance spécifique de la saison ». « Si je n’avais pas bien récupéré, on l’aurait sans doute décalée à un peu plus tard », admet-elle. Les semaines précédentes, la Bretonne avait effectué davantage de volume et de séances longues, notamment en vue des Europe de cross mi-décembre. Elle n’avait pas effectué de séance spé cross avant le relais des Mondiaux, qui s’inscrivait dans sa préparation pour la salle au vu de la distance au programme (2 km).

Lors de cet entraînement, elle s’est échauffée avec son coach (Alann Moreau) avant d’effectuer ses 200 m en solo. Elle est ensuite partie en stage fédéral une dizaine de jours à Monte-Gordo (Portugal) où elle a réalisé deux nouvelles séances spécifiques (800 m et 1500 m) les 20 et 24 janvier. « Entre les deux, j’ai fait un peu de seuil, du footing, de la musculation et du volume à basse intensité… Et j’ai levé le pied la dernière semaine en faisant moins de volume (90km) et de qualité. »

Les sensations d'Agathe Guillemot

« Je ne fais pas énormément de séances de qualité à l’entraînement, mais quand il y en a au programme j’essaie toujours de m’impliquer à 200 %. Là, c’était la première de la saison et il y avait encore un peu de fatigue après les championnats du monde. Le début de semaine avait d’ailleurs été un peu compliqué car on avait beaucoup voyagé, avec pas mal d’heures d’avion pour trois ou quatre jours seulement passés aux États-Unis. On avait même fait une nuit blanche au retour, dans la nuit du dimanche au lundi. Malgré tout, j’avais beaucoup dormi après, avec des nuits de plus de dix heures, et je sentais que j’avais bien récupéré côté sommeil. Mais musculairement, il fallait être sûr de ne pas remettre trop de fatigue dessus car je repartais en stage derrière…
Je pensais que ça allait être dur mais, au final, je me suis pas mal surprise lors de cette séance, qui s’est vraiment super bien déroulée. J’avais l’impression de répéter quelque chose sans puiser dans mes réserves, c’était assez simple et ça roulait vraiment tout seul. J’ai fait 14 tours de pistes (200 m), mais j’aurais très bien pu en faire 16 ou 18. Je ne sentais pas mon corps se fatiguer et réussir à tenir cette allure sur autant de 200 m m’a donné beaucoup de confiance moi, d’autant que la récupération était assez courte. Ma foulée était bien et le rythme convenait parfaitement à ce que j’attendais.
C’est pour cette raison que j’estime qu’il s’agit d’une séance clé. Je l’ai d’ailleurs notée « Crazy on the pace » sur mon compte Strava. Ça roulait vraiment et je me sentais sur une allure de croisière. Cette séance m’a permis de cocher une dernière case concernant l’allure course. Elle m’a d’ailleurs beaucoup aidée ensuite lors de mon mile, lorsque je me suis retrouvée assez rapidement toute seule, sans lièvre, juste avec la wavelight. »

A vous de jouer

Alann Moreau, coach d’Agathe Guillemot, décrypte la séance de son athlète et donne les clés à ceux qui souhaitent s’en inspirer.

« L’objectif de cette séance n’est pas forcément de reproduire la physiologie de l’effort du 1500 m ou du mile, mais plutôt de travailler à trouver du confort dans sa foulée et son allure de course. Physiologiquement, c’est une séance facile qui sert à se préparer en vue d’un 1500 m ou d’un mile, voire d’un 3000 m. Mais dans ce cas, il faudra songer à allonger un peu plus la durée d’effort, car 200 m, c’est relativement court. Au niveau de la programmation, c’est une séance qui se place généralement entre dix à cinq jours de l’objectif, car elle laisse peu de traces, mais on peut très bien la réaliser à n’importe quel moment de la saison.
Dans le cas d’Agathe, comme elle avait effectué tout son début d’hiver en cross, avec surtout des efforts longs, on s’en est servi pour faire la transition vers la salle afin de l’aider à retrouver ses repères. Dans tous les cas, l’objectif est d’automatiser sa foulée et pas de simuler l’effort de la course. Il est donc important de rester dans le contrôle, de courir de manière régulière et de ne pas aller trop vite. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que le temps de récupération n’est pas très généreux. Concernant l’allure, un coureur qui a déjà une valeur de référence sur 1500 m peut prendre la moyenne de ses 200 m et reproduire ce rythme, sans chercher à aller plus vite. S’il est amateur et sans références, il vaut mieux commencer par des répétitions sur 100 m, afin de réussir à jauger le tempo à adopter. Puis, quand il se sent à l’aise et que la séance est facile sur 8x100 m, il peut passer à 4x200 m puis 6 x 200 m, et aller ainsi progressivement au fil des semaines jusqu’à quatorze répétitions. »