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Running / La séance clé
4 Février 2026 - Par Véronique Bury
Mise à jour : 8 Février 2026 (01h06)
Photos : © Lukasz Szelag / SprintShot
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La série consacrée à des séances clés, racontées par leurs acteurs principaux, se poursuit. Aujourd’hui, le fondeur d’Athlé Pays de Lorient, Antonin Saint-Peyre, nous décrit une séance effectuée dix jours avant le semi-marathon de Houston (Etats-Unis), qu’il a achevé en 1h01’12’’ pour devenir le treizième meilleur Français de tous les temps sur la distance.
Après un échauffement de cinq kilomètres à 12km/h, Antonin a enchainé quelques gammes et étirements basiques, puis il a troqué ses baskets pour une paire de ‘’carbone’’ et il a fini par quelques lignes droites. Le cœur de la séance consistait ensuite en une série de 4 x 3000 m, entrecoupées de récupération passive de 2’. L’allure demandée était celle qu’il prévoyait au semi-marathon de Houston, soit 2’55’’ au kilo. Il a couru les quatre séquences en 8’48’’, 8’45’’, 8’45’’ et 8’41’’, avant de finir par cinq kilomètres de récup’ à 12 km/h. Dans l’après-midi, il a rechaussé les baskets pour un petit footing de récupération de 8 km.
Le vendredi 2 janvier à 9 h, sur une partie relativement plate du chemin de halage de la voie verte de Lorient. Il faisait « un temps breton », avec un ciel gris. Il ne faisait pas très froid, environ 10 °C, mais l’atmosphère était humide.
Dernière séquence stratégique avant le jour J, cette séance devait servir avant tout à affiner l’allure sur laquelle Antonin allait courir son semi avec ses chaussures carbone tout en lui apportant de la confiance. La semaine précédente, il avait effectué une autre séance de 6 x 2000 m sur le même parcours, avec les mêmes chaussures et à la même allure, mais avec une récupération plus active. « Ce sont les deux seules séances spécifiques à allure semi que j’ai effectuées avant Houston », rappelle l’athlète du Morbihan. Avant cette phase préparatoire de trois semaines, effectuée tel un stage pendant ses vacances chez ses parents en Bretagne, le jeune homme avait préparé sa saison de cross avec majoritairement des séances de seuil. « J’ai couru entre 140 et 160 km pendant six à huit semaines. Puis j’ai diminué le kilométrage pour le début de la saison indoor, où j’ai couru un 5000 m en 13’39’’ et un 3000 m en 7’51’’. » En France, Antonin a pu courir avec quelques partenaires ou amis de passage, mais il a effectué cette séance spécifique seul. « J’étais juste accompagné en vélo par mon père et un ami était venu filmer l’entraînement ». Il a ensuite levé le pied sur la troisième semaine, pour passer à un volume de 125 km hebdomadaire, contre 142 km et 157 km les deux précédentes. « J’ai juste fait quelques footings et un rappel d’allure léger à J-4, juste avant de m’envoler pour les Etats-Unis. »
« C’était le lendemain du Nouvel An. Même si j’avais fait attention à ne pas me coucher trop tard, je sentais que j’étais fatigué et que je manquais d’énergie et de fraîcheur. Je n’étais pas vraiment dedans et je savais que ça allait être difficile avant même d’attaquer cette séance. Au niveau des sensations, je n’avais pas de bonnes jambes, et cela a été super dur de tenir l’allure. D’autant que j’étais tout seul et qu’il y avait beaucoup de vent. J’ai vraiment dû me pousser pour réussir à rester dans les allures tout du long. Mais finalement, après coup, cette sortie m’a quand même énormément soulagé car j’ai tenu les chronos tout en étant progressif. Cela montre que j’avais réussi à gérer la séance même si je n’étais pas bien physiquement. Généralement, je ne suis jamais trop en confiance avant une course. J’ai tendance à cogiter sur les dernières séances en me projetant et, à chaque fois, cela devient compliqué parce que cela ne se passe pas au mieux… Mais cette fois-ci, cela a été un peu différent. Car même si les sensations n’étaient pas supers, cette séance a servi de déclic. C’était la première fois que je découvrais la douleur du semi-marathon. Une douleur très lente et très longue. Avant ça, je m’étais toujours senti bien sur les allures spécifiques. Je n’avais jamais été dans le dur comme ça et c’est ce qui m’a permis d’être mieux préparé pour le jour de la compétition. J’avais gouté à cette douleur-là, qui arrive après les 15 premiers kilomètres et qui peut nous faire flancher. Je pense que cela m’a beaucoup aidé pendant la course, car je savais ce qui m’attendait, et cela m’a permis de me mettre dans le dur plus facilement et de mieux le supporter. »
« Ce type de séance sert tout simplement à simuler l’effort de course, afin que l’athlète se rende compte de la tâche qu’il aura à effectuer et de la douleur qu’il pourrait ressentir sur la fin de course. Elle sert également à mieux connaitre l’allure et à s’en imprégner, pour qu’elle devienne naturelle pendant la course. L’idée est que l’athlète soit ensuite le plus régulier possible. C’est une séance qui peut aussi l’aider à se sentir prêt. Elle s’adresse à tous les coureurs qui préparent un semi-marathon, qu’ils soient athlètes de haut niveau ou simples amateurs. Il suffit juste d’ajuster l’allure à son niveau en fonction du chrono que l’on vise le jour J. On peut également apporter un peu de variétés en l’effectuant sous la forme d’une pyramide de type 2000 m - 3000 m - 4000 m - 3000 m - 2000 m. Dans tous les cas, il faut veiller à ne pas la placer trop loin de la course, ni trop près, afin de laisser le temps au corps de récupérer. À J-10, c’est l’idéal. C’est une séance qui marque le début de l’affûtage et le moment où l’athlète peut se dire que le travail est fait. »