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La séance clé de Jimmy Gressier

23 Juin 2026 - Par Véronique Bury

Photos : © Stéphane Kempinaire / KMSP

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La séance clé de Jimmy Gressier

J’aime Courir poursuit sa série consacrée à des séances clés, racontées par leurs acteurs principaux. Aujourd’hui, Jimmy Gressier nous décrit un entraînement effectué dix jours avant de pulvériser, en 12’51’’, son propre record d’Europe du 5 km lors de l’Urban Trail de Lille le samedi 4 avril.

Le programme

10 x 1000 m en 2’38’’-2’39’’, à l’exception du 5e en 2’29’’ et du dernier en 2’24’’. R : 1’ (en trottinant ou en marchant).

Où et quand

Le mercredi 25 mars 2026 vers 18h, sur la piste de Potchefstroom (Afrique du Sud), à 1300 m d’altitude. Il faisait doux, autour de 22 degrés.

Le contexte

Cet entraînement a conclu un stage de quatre semaines en altitude, lors duquel l’accent avait été mis sur les allures seuil. En pleine période d’affûtage, Jimmy Gressier avait notamment effectué 10 x 400 m en 55’’ de moyenne et 20 x 300 m en 42’’ lors des jours précédents cette dernière grosse séance de travail. « L’idée était de faire monter la forme en vue du 5 km de Lille », son objectif. Il a effectué cet entraînement en étant accompagné à vélo par un camarade. Après cette séance, il est rentré en France et a levé le pied, en veillant à bien récupérer au niveau du sommeil, de l’alimentation et de l’hydratation, et en effectuant essentiellement des footings de récupération.

Les sensations de Jimmy Gressier

« C’est une séance que j’apprécie et que j’ai l’habitude d’effectuer depuis de nombreuses années, car elle me sert de repère. Je l’ai d’ailleurs réalisée l’an dernier juste avant mon titre de champion du monde du 10 000 m. Le volume est assez important, sans que les portions soient trop longues. Ce qui me convient bien, puisque j’évite les 2000 m ou les 3000 m à l’entraînement, que je trouve trop fatigants mentalement. Là, on reste sur deux tours et demi de piste, ce qui permet de garder de la fraicheur mentale tout en étant sur un effort assez long pour pouvoir s’exprimer.

Lors de cette séance, l’objectif était de rester dans un certain confort, sur une allure 10 000 m, tout en activant l’anaérobie avec une accélération franche lors de la 5e répétition, où je suis passé de 2’39’’ à 2’29’’ au 1000 m. Ca a permis de créer un pic de lactate, pour ensuite retrouver une allure 10 000 m. Ce changement de rythme représentait la principale difficulté, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir l’encaisser. Mais j’ai la chance d’être quelqu’un qui parvient à resynthétiser rapidement le lactate, ma machine aérobie fonctionne très bien, ce qui s’est d’ailleurs vérifié lors des des prises qui ont suivi. Lors du dernier 1000 m, l’objectif était de finir en accélération progressive et le plus rapidement possible, afin de travailler la fin de course tout en amenant de la vélocité dans la foulée. Là aussi, ça fait toujours du bien de voir que l’on est capable finir vite.

Même si j’étais en altitude, je me suis senti assez facile lors des premières répétitions. La cinquième, avec le changement de rythme, est toujours plus dure. Il faut bien 400 à 500 mètres pour que le corps comprenne qu’on lui demande de changer d’allure. Mais c’est surtout ensuite, lorsqu’on rebascule sur l’allure 10 000 m, que c’est encore plus difficile. L’allure est lente mais le cardio est monté et les muscles sont quasi tétanisés. Il faut réussir à tenir et à récupérer, tout en continuant sur le bon tempo. Lors de la 6e course, j’étais un peu fatigué, et ça a commencé à piquer plus sérieusement lors de la 7e. Ça a recommencé à aller un peu mieux sur les 8e et 9e. En revanche, accélérer à nouveau lors du dernier 1000 m a été un peu difficile, même si je n’avais plus besoin de calculer. J’ai couru en 2’24’’, en partant assez lentement et en finissant très vite. Ça m’a mis en confiance, je me suis senti prêt pour le 5 km de Lille. »

A vous de jouer

Jimmy Gressier décrypte sa séance et donne les clés à ceux qui souhaitent s’en inspirer.

« C’est une séance que j’ai découverte avec Adrien Taouji (qui est redevenu son entraîneur fin avril, ndlr) et qui me permet de savoir si je suis en forme. Elle reste plutôt destinée à des athlètes de haut niveau et aguerris, car la récupération est très courte. Il faut donc avoir beaucoup de caisse et de capacité aérobie pour pouvoir récupérer, tout en courant sur des allures 10 000 m. Sans compter que l’on doit aussi accélérer au milieu à allure 3000 m et finir ensuite très vite à allure 1500 m. Ce n’est donc pas donné à tout le monde.

A un niveau moindre, il est possible d’effectuer cette séance après avoir effectué quelques aménagements. On peut par exemple diminuer le nombre de répétitions, en descendant entre 6 et 8 par exemple, et on peut aussi allonger le temps de récupération, en allant jusqu’à 1’30’’ et même 2’ après le 1000 m à allure 3000 m. »