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Running / La séance clé
22 Septembre 2026 - Par Véronique Bury
Photos : © Alanis Duc / FFA
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Athle.fr poursuit sa série consacrée à des séances d’entrainement clés, racontées par leurs acteurs principaux. Aujourd’hui, Remy Brassac nous décrit une sortie effectuée un peu moins de trois semaines avant sa victoire sur la TDS lors de la semaine UTMB, un trail de 150 km et 9300 m de dénivelé positif, qu’il a remportée en 19 heures et 28 minutes le 25 août dernier.
Après un échauffement « très soft » de 15-20 minutes à 6km/h, Rémy a commencé sa séance par une première séquence de 30 minutes d’effort au seuil (SV2) dans la bosse du glacier de la Grande Motte, au-dessus de Tignes. Il est ensuite redescendu au point de départ en récupération active (20 minutes), avant d’enchainer sur une boucle de 35 kilomètres à l’allure de compétition. « Il s’agissait d’une allure qui devait me permettre de viser un top 5, et qui me situait entre le milieu et le haut de ma zone 2 au niveau cardio. » Il a parcouru ces 35 km en 4h05’, en évoluant sur un chemin technique avec pas mal de cailloux. Il a ensuite terminé cette séance en retrouvant d’autres athlètes pour une petite quinzaine de minutes autour du lac de Tignes. La séance, au total, a duré 5h20’, pour 45 km et 2800 m de dénivelé positif.
À Tignes, le jeudi 6 août, entre 8h et 14h, sur les sentiers autour du glacier de la Grande Motte et du col de la Sachette, entre 2100 et 2900 m d’altitude, et sur un parcours respectant le ratio distance/dénivelé de la TDS. Malgré la canicule dans la vallée, les conditions météorologiques étaient excellentes en altitude avec des températures oscillant entre 15°C et 20°C.
Remy Brassac était arrivé à Tignes le 25 juillet. Après quatre jours d’acclimatation, il a démarré son stage en altitude par un premier gros bloc de travail de quatre jours avec 220 km pour 15 000 m de dénivelé. Cette séance s’inscrivait dans un deuxième bloc de travail similaire à la première semaine (240 km pour 15 000 m D+) et se positionnait en deuxième journée. L’idée était de travailler sur une situation de fatigue importante afin de simuler une fin de course d’ultra où les athlètes se retrouvent à courir dans un état de fatigue important. Remy Brassac n’a pas effectué cette séance seul. « On était un groupe d’une grosse dizaine d’athlètes au départ, mais on s’est vite retrouvé un peu isolés, car chacun était sur ses propres allures de course ». Malgré tout, le Lozérien a tout de même pu courir 90% de cette séance avec deux autres athlètes, Aubin Ferrari et Pierre Livache, vainqueur du Grand Trail des Templiers de l’an dernier. « J’avais déjà fait un petit stage de prépa avec Pierre avant les championnats de France cette année, mais c’était la première fois que je courais avec Aubin, même si on s’était déjà croisés pas mal de fois. » Derrière cette séance, il a effectué une journée de récup avec juste un petit footing de 5km, de la mobilité, des étirements et du gainage et une rando de 14 kilomètres en famille avant d’attaquer la dernière très grosse sortie (65 km et 4000 m de D+ en 8h15’) avant la TDS. Il a ensuite diminué un peu la charge de travail et a remis un peu d’intensité sur certaines séances avant l’échéance.
« Même si j’avais effectué une bonne acclimatation, les premières séances à Tignes ont été vraiment difficiles pour moi et j’appréhendais un peu la deuxième semaine de stage. Pourtant dès le début du deuxième bloc, j’ai senti que les sensations étaient meilleures, et cette séance fait partie de celles que j’ai vraiment bien réussies. Pourtant, je la redoutais quand même un peu, car j’étais pas mal fatigué. Mine de rien, les 30 minutes de SV2 en bosse dans la montée du glacier, ça fait un peu peur, mais finalement cela s’est super bien passé. Je me souviens d’avoir commencé sur un SV2 plutôt bien placé et à bon rythme. Ensuite, j’ai le souvenir d’avoir fait le train quasi tout du long des 35 bornes, signe de ma forme. Au final, c’est une séance qui m’a conforté dans le fait que la TDS pouvait vraiment bien se passer car avec la sur-fatigue de la semaine précédente et la sur-fatigue du travail au seuil, je voyais bien que j’arrivais quand même à sortir des trucs chouettes. Cela m’a conforté aussi sur mon état de forme à ce moment-là, d’autant qu’elle ne m’a même pas laissé de traces derrière. Cela m’a aussi permis de valider l’allure sur laquelle je comptais partir. C’était important pour moi car c’était mon premier trail aussi long, ce qui me valait un part d’appréhension. En fait, je n’ai rien changé sur ma philosophie avant d’aborder la course, cela m’a juste ôté un peu de pression car si je courais à cette allure-là et avec cette même aisance, j’étais certain d’aller jusqu’au bout. Après, je n’imaginais quand même pas remporter la course. C’était mon premier ultra et le parcours était quand même très compliqué. Finalement, les sensations que j’ai ressenties à Tignes sur cette séance, je les ai retrouvées pendant la TDS. De fil en aiguille, je suis passé en tête de course, et j’y suis resté. »
« C’est une séance assez atypique, que l’on fait assez rarement. Elle est un peu empirique, dans la mesure où l’on va chercher à épuiser les réserves énergétiques en glycogène de l’athlète, avec un effort de 30’ à 40’ à une certaine intensité en première partie de programme. L’objectif est de créer une fatigue musculaire avant de travailler l’allure de course ciblée pendant 30 à 35 kilomètres, afin de permettre à l’athlète de se retrouver dans une situation proche de celle qu’il retrouvera dans toute la deuxième partie de course d’un ultra. C’est une séance qui se place plutôt à trois ou quatre semaines de l’épreuve, car elle peut être impactante, autant psychologiquement que physiquement. C’est d’ailleurs une séance d’optimisation de la performance qui s’adresse plutôt à des athlètes de haut niveau ou de très bon niveau, c’est-à-dire ceux qui visent le premier tiers du classement. Il est en effet difficile de travailler sur des allures spécifiques sur des courses comme la TDS ou l’UTMB, car ce ne sont pas des allures très rapides. De ce fait, lorsque l’on propose une séance à allure spécifique sur quatre à six heures d’effort, l’athlète de haut niveau ne trouve pas ça très difficile, contrairement à ce type de séance où il aborde la séquence à allure spécifique dans un état d’épuisement énergétique. Pour des athlètes de niveau inférieur, la priorité n’est pas la même. Il est préférable pour eux de faire plus de volume et de travailler les descentes engagées pour être assez fort le jour J. Pour cela, je leur conseillerais davantage de faire deux jours consécutifs de sortie longues entre quatre et six heures, car cela correspondra davantage à leur objectif et à la philosophie d’un ultra de leur niveau. En revanche, c’est une séance qui peut être transposable pour préparer des trails plus courts comme ceux des championnats de France ou les Templiers, c’est-à-dire entre 60 et 80 km. L’idée sera alors d’effectuer un effort au seuil (SV2) de 30’ à 40’ avant de courir entre trois et quatre à allure spécifique. »