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Méline Rollin : Paris sur la route de Los Angeles

25 Mars 2026 - Par Véronique Bury

Mise à jour : 26 Mars 2026 (11h27)

Photos : © Philippe Millereau - Alexis Boichard / KMSP

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Méline Rollin : Paris sur la route de Los Angeles

En 2024, Meline Rollin s’était emparée du record de France de Christelle Daunay en explosant de plus de deux minutes (2h24’12’’) son précédent chrono sur marathon. Malheureusement blessée, elle a ensuite dû se contenter d’une 70e place aux Jeux olympiques de Paris. Depuis, l’Ardennaise qui vit à Lille n’aspire plus qu’à une chose : revivre les Jeux mais en étant en pleine possession de ses moyens. Elle y pense déjà au moment de s’aligner au départ du marathon de Paris, le 12 avril prochain.

Pour votre retour à la compétition sur le 10 km de Valence, en janvier dernier, vous avez couru en 32’42’’, pas loin de votre meilleur chrono sur cette distance. C’est une belle façon d’entamer la saison après une coupure de plus de 3 mois ?

J’ai été agréablement surprise de ce chrono car, l’année dernière, j’avais couru en 32’38’’ alors que j’étais en bien meilleure forme. Là, je n’avais pas vraiment fait de préparation pour cette course. J’y suis allée sur ma capacité à résister et j’étais d’ailleurs vraiment au taquet dès le début. Cela m’a permis de voir que j’étais déjà bien sans avoir effectué de gros entrainements. C’est encourageant et c’est une bonne façon de lancer l’année.

On va également vous retrouver sur marathon, à Paris, 16 mois après votre dernière participation sur cette distance aux Jeux olympiques. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

J’ai hâte de retourner sur marathon, hâte de repartir sur une préparation. Je n’en ai pas fait l’année dernière parce que je n’en avais pas forcément l’envie, ni le temps. J’ai eu une petite blessure et j’ai été aussi pas mal prise par les travaux de rénovation de ma maison. Mais, aujourd’hui, j’en ai très envie ! En plus, c’est à Paris. Ce n’est pas le même parcours qu’aux Jeux, mais je pense que l’ambiance va être top… Après, cela fait quand même 16 mois et j’ai parfois l’impression de revenir à zéro, comme avant mon premier marathon. Je me pose des tas de questions alors que ce sera mon cinquième marathon et que je connais quand même la distance.

À Paris, vous aviez souffert d’une fissure au niveau du sacrum, qui vous a empêché de vous exprimer durant la course. Cet épisode est-il digéré ?

Oui, même s’il y aura toujours une petite pointe de frustration. Ça aurait pu être n’importe quelle autre course, cela n’aurait pas été si grave, mais là les Jeux… Déjà on n’en fait pas 50 dans une carrière, mais en plus à la maison, je sais que ça n’arrivera plus. J’étais donc vraiment frustrée parce que j’étais en forme et que je n’ai rien vu venir de cette blessure. Une semaine avant, il n’y avait aucun signe annonciateur. Mentalement, ça a été très dur. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que je n’ai pas fait énormément de courses l’année dernière. J’avais besoin de faire autre chose, de me remotiver. Aujourd’hui, j’ai envie de revivre des Jeux olympiques, cette fois-ci en pleine possession de mes moyens.

Les Jeux, c’est justement ce qui vous avait fait monter sur marathon dès 2022, à seulement 24 ans. Est-ce une distance que vous appréciez particulièrement ?

Oui, pour plusieurs raisons. J’aime bien la préparation qui se fait sur plusieurs mois. C’est beaucoup de discipline et on voit les progrès semaine après semaine. Des marathons, on en fait pas tous les jours, c’est vraiment l’aboutissement d’une prépa assez conséquente. Et puis, il y a le jour de la course et la course en elle-même. Le fait que cela soit un effort qui dure procure tellement d’émotions que l’on ne retrouve pas forcément sur d’autres distances. Sur un marathon, on peut se sentir moins bien à un moment donné, se dire que l’on ne va pas y arriver et puis quelques minutes plus tard retrouver de l’énergie et se rebooster. Bien sûr, le moment le plus intense reste le passage de la ligne d’arrivée après presque deux heures et demie d’effort. C’est un mélange de beaucoup de choses, un soulagement, de la fierté, de la joie, mais aussi de la déception parfois. Parce que cela ne se passe pas toujours comme on l’espère. Mais au final, il y a toujours la satisfaction d’être allée au bout et le soulagement de ne pas avoir craqué. Sans compter que ce sont des courses assez importantes à chaque fois, avec des milliers de personnes qui sont là pour la même chose. C’est assez fou en fait.

Revenons à votre histoire avec la course à pied, comment tout a commencé pour vous ?

C’est un peu le hasard. Petite, j’avais essayé plusieurs activités, notamment des spectacles de danse, mais je n’avais pas encore trouvé un sport qui me plaisait quand mon père s’est mis à la course à pied, dans un club de mon village, comme ma meilleure amie. Je devais avoir huit ou neuf ans et j’ai eu envie d’essayer à mon tour. Comme j’ai vite progressé, je me suis prise au jeu des compétitions et tout s’est enchainé. Mon frère a suivi un an après moi et c’est devenu une histoire familiale. Surtout sur les cross où on partait à quatre. Mon frère n’a jamais été autant à fond que moi, mais ma meilleure amie court toujours dans le même club que moi. Elle avait fait une petite pause pendant ses études, mais mon coach a réussi à lui faire reprendre une licence pour les interclubs, il y a quatre ou cinq ans, et maintenant elle court le 10 kms en 36’ et elle est à fond ! Je trouve ça super chouette que l’on ait commencé toutes les deux dans le même club et que l’on continue encore, vingt ans plus tard, avec le même coach.

A quel moment vous êtes-vous tournée vers le demi-fond ?

Comme tout le monde, j’ai fait un peu de tout en poussine, et notamment du triathlon. Je faisais donc du saut en longueur, du javelot et du 1000 m. Mais je préférais déjà le 1000 m, à cette époque. Je n’ai jamais trop essayé le sprint car cela ne m’attirait pas forcément, les haies encore moins. Je me suis surtout intéressée au 1000 m, car c’est là où je scorais le plus de point au triathlon. J’aimais bien aussi le saut en longueur, et quand j’ai arrêté le javelot, j’ai continué encore un peu à sauter. Je devais faire 4,10 m ou 4,20 m à l’époque. Mais j’ai décidé de me concentrer sur le demi-fond et notamment le 1000 m, en minimes, car c’est sur cette discipline que je préférais m’entrainer.

Azis Zidane vous entraine depuis dix ans au Grac Athlétisme, c’est lui qui vous a fait évoluer sur marathon en 2022. Quel rôle a t-il joué dans votre carrière ?

Quand je l’ai rejoint, à 16 ans, je n’étais pas forcément dans l’optique de continuer à m’entrainer autant. Je n’avais d’ailleurs pas encore connu de sélections internationales et je ne me projetais pas sur une pratique de haut-niveau. C’est mon père qui lui avait juste demandé s’il accepterait de m’entrainer, car j’avais envie de changer de coach à l’époque. Dès que je suis arrivée avec lui, j’ai très vite progressé. J’ai gagné 30 secondes sur 3000 m dès ma première année et cela m’a remotivée (troisième sur 3000 m aux France cadettes en 2015, l’Ardennaise a terminé deuxième deux ans plus tard chez les juniors, avant de remporter le titre espoirs sur 5000 m en 2019, NDLR). Il m’a ensuite fait tester le 10 km et la course sur route, et cela m’a beaucoup plus. Mais au départ, ce n’était pas prévu que l’on aille si tôt sur marathon. Je devais juste faire un premier semi en 2020, mais il a été annulé à cause du covid. Je l’ai finalement fait en 2022 à Paris, et cela s’est super bien passé. J’ai adoré. Et ce n’est qu’après ce premier semi qu’il m’a proposé de tester le marathon fin 2022. Cela nous laissait huit-neuf mois pour le préparer tranquillement. Je n’y serais pas forcément allée s’il ne me l’avait pas proposé. Il était persuadé que c’était la distance sur laquelle j’avais le plus de capacités. Il disait : « plus ce sera long et meilleure tu seras ». J’ai couru en 2h30’27’’ et après ça, il m’a convaincue que l’on pouvait essayer d’aller chercher les minimas pour les Jeux en optimisant la préparation. Il était vraiment persuadé que les minimas étaient atteignables alors que moi, pas du tout ! Mais dès le deuxième essai, je n’étais effectivement plus si loin (2h26’58’’, à cinq secondes des minimas) et j’ai finalement réussi à me qualifier dès le troisième en 2024. C’est vraiment grâce à lui que tout cela est arrivé.

À Séville en 2024, vous ne faites pas que les minimas olympiques, vous battez aussi le record de France de Chrystelle Daunay avec votre chrono en 2h24’12’’. Une sacrée performance…

C’est le plus beau moment de ma petite carrière ! C’était ma dernière tentative pour me qualifier aux Jeux. Je n’étais pas forcément stressée : j’avais fait une très bonne prépa et toute ma famille était venue m’encourager à Séville, mon copain aussi. J’étais super bien entourée. Pendant la course, il y a eu pas mal de rebondissements, des moments difficiles où je n’y croyais plus, mais je me suis accrochée et à l’arrivée ça a été un trop plein d’émotions ! Moi qui ne pleure jamais en compétitions, j’ai versé quelques larmes. Ça a vraiment été très intense, le plus beau moment que j’ai pu vivre grâce au sport.

Vous aviez bénéficié en 2023 d’un aménagement de travail au sein de votre entreprise (elle est ingénieure informaticienne chez Decathlon), pour préparer ce marathon. En quoi cela vous a-t-il aidé et qu’en est-il aujourd’hui ?

Je suis effectivement passée à 40% en 2023 et cela a tout changé. Car pour mon premier marathon, j’étais encore à temps plein, sans aménagements. On m’avait juste autorisée à arriver un peu plus tard au travail le matin et j’avais pris des congés sans solde. Cela m’a donc énormément aidée, pas forcément à m’entrainer beaucoup plus, mais à mieux récupérer et à avoir du temps pour aller faire des soins. Après Séville et ma qualif’, j’ai été détaché à 100% pour préparer les Jeux olympiques et, depuis, je suis repassée à 50%. Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas la meilleure solution car j’avais tout le temps la tête au travail. Et pour partir en stage, ce n’était pas l’idéal. Cette année, j’ai donc demandé à passer à 30% en regroupant mon temps de travail sur certaines périodes. Je vais par exemple travailler à temps plein pendant trois mois et demi après le marathon de Paris et je serai ensuite totalement détachée pour ma préparation de Valence en fin d’année.

Vous vivez et travaillez dans la région lilloise depuis plusieurs années, loin de votre coach, n’est-ce pas trop difficile ?

Non, cela fait longtemps que je m’entraine seule. J’ai commencé après le bac, quand je suis partie étudier à Reims. À cette époque, je rentrais tous les week-ends chez mes parents, mais depuis que je suis partie à Lille pour mon master (en mathématiques et statistiques, dont elle est sortie major de promo, NDLR), je ne rentre plus qu’une fois par mois. C’est devenu une habitude. J’ai aussi un ami qui prépare des marathons, donc cela peut nous arriver de caler quelques séances ensemble. Et sur les grosses séances à allure marathon, j’arrive toujours à avoir de l’aide, ne serait-ce qu’en vélo pour m’accompagner, car c’est quand même là que c’est le plus compliqué. Mais le reste du temps cela ne me dérange pas d’aller courir seule, ça m’a forgé un caractère. Et puis, j’ai aussi le club de Villeneuve-d’Ascq où mon copain s’entraine sur 800 m et où je vais faire mes séances sur piste.

Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?

Le temps passe vite et cela va déjà faire deux ans que les Jeux sont passés. Donc, très clairement, je me remets en route pour les prochains à Los Angeles. Pour Paris, je ne vise pas un chrono en particulier, ni un record, surtout sur ce parcours qui n’est pas très évident. Si je fais 2h25’ ou 2h26’, je serai déjà contente. En revanche, à Valence, si tout va bien, j’aimerais aller chercher mon record, et plus si affinité. Pourquoi ne pas essayer de rentrer dans les minimas directement ? En tous cas, l’idée sera de faire un bon chrono pour être déjà bien placée pour les Jeux, car l’année 2027 sera décisive. Les Jeux de Paris ont attisé les envies et il devrait y avoir beaucoup de concurrence pour Los Angeles. Rien qu’en 2024, on était déjà cinq pour trois places, et on est toujours là. Sauf que depuis, d’autres jeunes sont montées sur marathon. Il va donc y avoir beaucoup de monde, et c’est bien ainsi, car ça nous pousse vers le haut.